Collaborer à l’international

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Ginette Michaud
Photo: Valérie Lebrun Ginette Michaud

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ginette Michaud, professeure titulaire au Département des littératures de langue française à l’Université de Montréal, est devenue au fil de sa carrière une spécialiste de l’oeuvre du philosophe français Jacques Derrida. Mais pourquoi donc une littéraire s’intéresserait-elle à un philosophe ?

« J’ai toujours été fascinée par le rapport entre la littérature et la philosophie, répond-elle, et j’ai découvert dans l’oeuvre de Jacques Derrida exactement ce point de jonction. » Sa profonde connaissance de l’oeuvre de Jacques Derrida n’est pas seulement intellectuelle, car Ginette Michaud a eu l’occasion de rencontrer l’homme et de demeurer en contact avec lui jusqu’à son décès, en 2004.

Cette connaissance plus intime de l’oeuvre du philosophe l’amène aujourd’hui à coéditer, aux éditions Galilée, les séminaires de Jacques Derrida. « En plus d’avoir écrit une oeuvre abondante, Jacques Derrida a enseigné pendant quarante ans, et ce sont ces séminaires que nous publions aujourd’hui, précise-t-elle. Il est fascinant de voir comment ses idées se mettent en place. »

Mais se pencher ainsi sur l’oeuvre d’un philosophe de cette envergure oblige à collaborer avec des chercheurs venus d’autres cieux, notamment de France, avec lesquels Ginette Michaud a établi de nombreuses et fructueuses collaborations. « Il est important pour moi de me frotter à d’autres chercheurs, dont l’approche et la façon de traiter les questions sont différentes des miennes, explique-t-elle. Évidemment, cela peut amener des tensions, mais cela suscite aussi d’intéressantes discussions. Et le succès de telles collaborations repose toujours sur un travail exigeant et rigoureux. »

C’est pour ce rayonnement à l’international, en particulier sa collaboration avec la France, que l’Acfas lui remet cette année le prix Adrien-Pouliot. « Je suis particulièrement fière de recevoir ce prix, avoue-t-elle, car je crois être la première en littérature à recevoir cet honneur. Et c’est aussi à mes yeux une marque d’appréciation de l’importance des humanités dans le champ du savoir. »