Prix André-Laurendeau — Science humaines: l’art du roman

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Isabelle Daunais
Photo: Pascal Brissette Isabelle Daunais

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Professeure titulaire au Département de langue et littérature françaises à l’Université McGill, Isabelle Daunais s’intéresse au roman. Rien d’unique en cela, mais ce qui la distingue, c’est sa conception du roman. Selon elle, celui-ci n’est pas un genre littéraire, comme le théâtre ou la poésie, mais plutôt une forme d’art en soi.

« Historiquement, le roman a toujours occupé une place à part, explique la lauréate du prix Acfas André-Laurendeau en sciences humaines. Il s’est développé en marge des codes et des genres littéraires de façon libre et autonome. En fait, il n’a jamais été vraiment codifié. Un roman est ce que l’on veut qu’un roman soit. »

De son imposant corpus de textes et d’essais critiques, trois titres sortent du lot et illustrent sa démarche. Le premier s’intitule Frontière du roman, le personnage réaliste et ses fictions. Ici, Isabelle Daunais avance l’idée que le personnage d’un roman, créé de façon réaliste par l’auteur afin qu’il soit crédible aux yeux du lecteur, entretient, dans la narration qui est la sienne, ses propres fictions. Par exemple, Don Quichotte, imaginé par Cervantès, poursuit sa propre chimère et prend les moulins à vent pour ses ennemis.

Deuxième ouvrage, Les grandes disparitions. Essai sur la mémoire du roman. « J’y avance l’idée que le roman se situe souvent à cheval entre deux mondes, soit celui des valeurs disparues et celui des valeurs présentes, note-t-elle. Proust écrit à propos d’une aristocratie qui n’existe plus au moment où il écrit et Mme Bovary rêve d’un dénouement impossible dans le temps présent. »

Le roman sans aventure, son 3e ouvrage important, porte sur la littérature québécoise et sur l’une de ses spécificités. « Dans le roman québécois, souligne-t-elle, le personnage ne vit pas d’aventure. Par aventure, j’entends une transformation profonde du personnage et de son monde. Peu importe les péripéties vécues, à la fin du roman, il demeure relativement stable. »

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 11 novembre 2017 10 h 03

    Si elle dit vrai

    Le Québécois serait incapable de se changer lui-même ou de changer le monde, éternel résigné. Réjouissant!