La sécurité des passagers Uber inquiète les taxis

L'entreprise Uber s’est défendue de retenir «les renseignements relativement à des incidents».
Photo: Seth Wenig Associated Press L'entreprise Uber s’est défendue de retenir «les renseignements relativement à des incidents».

L’agression présumée d’une cliente d’Uber par un conducteur dont l’identité est protégée par le service de transport donne des munitions à l’industrie du taxi : elle a dénoncé jeudi « l’abaissement » des exigences de sécurité imposées aux chauffeurs québécois de la multinationale.

Le Devoir révélait mercredi qu’une Montréalaise a intenté une poursuite civile de 100 000 $ en dommages punitifs, moraux et corporels contre Uber. Jessica Cherry Goldberg affirme, photos et vidéos à l’appui, que le conducteur de la voiture dans laquelle elle se trouvait le 7 septembre dernier l’a agressée si sévèrement qu’elle en est tombée inconsciente.

Elle dit avoir été ruée de coups de pied et de coups de poing par un conducteur dont elle ignore toujours le nom.

Uber s’est défendue de retenir « les renseignements relativement à des incidents ». « Nous le faisons en respect avec nos différentes obligations légales, dont la Loi sur la protection des renseignements personnels », a fait savoir le porte-parole de l’entreprise, Jean-Christophe de le Rue.

Identité protégée

Les chauffeurs de taxi traditionnels sont tenus d’afficher leur carte d’identité dans leur voiture. Ce n’est pas le cas des conducteurs d’Uber, qui ne révèlent que leur prénom. Chacune de leurs courses est cependant suivie par GPS, de manière à assurer une traçabilité électronique de leur véhicule.

Mais pour le Regroupement des intermédiaires de taxi de Québec, cela n’assure en rien la sécurité des passagers, puisque les plus récentes exigences du ministère des Transports permettent aux conducteurs actuels d’Uber d’attendre deux ans avant d’obtenir une vérification d’antécédents judiciaires auprès d’un corps policier. « Cela signifie qu’un “criminel-partenaire” peut transporter des passagers vulnérables des milliers de fois avant qu’il ne doive montrer patte blanche à la police », s’est inquiété le regroupement. « On a compromis la sécurité des Québécois uniquement pour être certain qu’Uber ne manque pas de chauffeurs, parce qu’Uber faisait son chantage habituel », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Fortin rassurant

Le nouveau ministre des Transports du Québec, André Fortin, s’en est défendu. « Ils [les chauffeurs] ont des habilitations sécuritaires qui sont plus strictes que ce qui avait été demandé par la compagnie », a-t-il fait valoir. Uber obtenait auparavant les vérifications d’antécédents judiciaires auprès de firmes privées. Québec a exigé la fin de cette pratique. « Ce qu’on veut, c’est assurer la sécurité des passagers », a assuré André Fortin. Cette assurance de sécurité passe-t-elle par l’identification des conducteurs ? « C’est un enjeu légal, je vais m’abstenir de commenter », a répondu le ministre. Le porte-parole en matière de justice de la Coalition avenir Québec, qui a maintes fois défendu la présence d’Uber au Québec, a plaidé pour le renvoi du chauffeur mis en cause. « Les règles entourant la sécurité doivent être appliquées », a affirmé Simon Jolin-Barrette. « Une chose qui est sûre, c’est que, pour les victimes qui ont été battues, comme dans ce cas-là, il faut que le processus judiciaire suive son cours, et puis il faut qu’on puisse identifier l’agresseur », a-t-il ajouté.

2 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 20 octobre 2017 07 h 02

    Comparaison...

    Dans les années 1980, 1990 nous avions le terme "faire du pouce", les personnes qui voulaient se transporter d'une ville à l'autre et qui n'avaient pas d'auto s'installaient sur le bord de la route (en direction de la ville où ils voulaient se rendre) et montaient dans l'auto qui s'arrêtait. Aujourd'hui c'est Uber. Celles qui prennent le risque d'y monter (comme on nous disait à l'époque) doivent assumer ce que cela peut comporter en terme de danger. C'est ridicule de vouloir sauver quelques dollars pour mettre sa sécurité en danger.

    • Nadia Alexan - Abonnée 20 octobre 2017 12 h 43

      À madame Veilleux: C'est le gouvernement qui est supposé de protéger les consommateurs qui a failli à sa responsabilité de règlementer cette multinationale délinquante. C'est une société qui ne respecte pas nos lois et qui se comporte comme un voyou.