Le Conference Board pour une hausse des seuils d’immigration au Canada

Ottawa devrait toutefois «améliorer la situation professionnelle des immigrants», qui sont nombreux à occuper des emplois à faible revenu, croit le Conference Board.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ottawa devrait toutefois «améliorer la situation professionnelle des immigrants», qui sont nombreux à occuper des emplois à faible revenu, croit le Conference Board.

Le Canada aurait tout à gagner à augmenter le nombre d’immigrants accueillis chaque année, conclut un nouveau rapport du Conference Board. Non seulement cela contribuerait à la croissance économique, mais cet apport de nouveaux citoyens canadiens pourrait réduire les pressions budgétaires qui s’exercent sur le réseau de la santé.

Le rapport publié ce lundi analyse ainsi trois scénarios en matière d’immigration pour les années à venir, soit jusqu’en 2040. Ceux-ci varient entre la cible actuelle du gouvernement fédéral, fixée à 300 000 immigrants par année, et un scénario d’immigration « élevée », soit 450 000 personnes. Ce dernier scénario avait d’ailleurs été recommandé l’an dernier par le Conseil consultatif en matière de croissance économique.

Dans tous les cas, les immigrants contribuent à une « hausse » du produit intérieur brut par habitant, à un niveau toutefois légèrement plus élevé dans le cas de la cible canadienne actuelle.

Cependant, les scénarios qui miseraient sur une cible pouvant aller jusqu’à 450 000 immigrants par année « atténueraient davantage les pressions économiques et budgétaires engendrées par le vieillissement de la population et le faible taux de natalité », selon l’analyse du Conference Board.

Soins de santé

 

Qui plus est, ces scénarios « réduiraient la part de la population âgée de 65 ans et plus, ainsi que les coûts des soins de santé par rapport aux recettes provinciales », ajoutent les auteurs du rapport. Cela, tout en améliorant « légèrement » le ratio de travailleurs pour chaque retraité. « Les immigrants auraient aussi probablement moins recours aux soins de santé, car ils sont environ 12 ans plus jeunes que la population moyenne. »

« Cela signifie donc que les scénarios moyen et élevé pourraient aider à réduire les pressions budgétaires qui s’exercent sur le réseau des soins de santé », conclut l’organisme spécialisé dans l’analyse économique. Cette question est d’autant plus cruciale que le vieillissement de la population fait craindre le pire en ce qui a trait à la hausse des dépenses en santé. Au Québec, par exemple, le budget du ministère de la Santé accapare déjà une part importante des dépenses gouvernementales.

La hausse annuelle des seuils d’immigration pourrait en outre faire croître les revenus des gouvernements, qui dégageraient par la même occasion des ressources pour des priorités autres que les investissements en santé. « En théorie, cela profiterait à plus de gens, comparé au scénario de statu quo dans lequel une plus grande part des dépenses est destinée aux soins de santé », note le Conference Board.

Intégration

 

L’augmentation du nombre d’immigrants pourrait néanmoins avoir des incidences économiques et budgétaires « négatives », à moins que le Canada ne s’attaque au problème de la « lente intégration » des nouveaux arrivants au marché du travail.

Selon les conclusions du Conference Board, Ottawa devrait d’abord « améliorer la situation professionnelle des immigrants », de façon à bonifier leur apport économique, mais aussi « renforcer sa capacité d’absorption pour permettre aux nouveaux arrivants de s’intégrer efficacement sur les plans économique et social ».

Au moment où certains remettent en question l’accueil de nouveaux arrivants au pays, l’organisme souligne enfin que l’« appui du public » à l’égard de l’immigration est prioritaire. « Ce soutien est lié dans le futur à l’accès des Canadiens à des offres d’emploi de qualité, ainsi qu’à des programmes d’aide sociale et à une contribution constante des immigrants à l’économie », note l’organisme. Il suggère d’ailleurs de tenir « un débat public éclairé afin d’améliorer le régime d’immigration et d’accroître la confiance du public envers ce même régime ».

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