Outremont pluriel

Martine Letarte Collaboration spéciale
Une terrasse de la rue Bernard
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Une terrasse de la rue Bernard

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Entre les commerçants qui s’y sont établis il y a plusieurs décennies et les jeunes entreprises branchées fraîchement inaugurées, l’arrondissement d’Outremont voit toutes sortes de gens venir — ou revenir ! — s’installer. Tour d’horizon.

Dès qu’on met le pied rue Bernard, dans Outremont, on est charmé par son animation. Dans ce secteur de la ville où l’automobile n’a pas pris toute la place, par ce vendredi midi où le soleil est plutôt timide, les gens n’hésitent pas à se précipiter sur les terrasses. Et il faut bien ouvrir les yeux, parce que la proportion de personnalités publiques, des lecteurs de nouvelles, aux politiciens, en passant par les artistes, est très élevée ici.

La réputation du bistrot-brasserie Les Enfants terribles, ouvert il y a bientôt 10 ans, n’est plus à faire. Sa terrasse chauffée ne désemplit d’ailleurs pratiquement jamais. On trouve aussi plusieurs institutions, comme Le Bilboquet, glacier artisanal maintenant bien connu dans la province, qui a ouvert ses portes rue Bernard il y a près de 35 ans. La queue y est toujours aussi longue sur le trottoir par les beaux soirs d’été.

Puis, il y a le Lester’s Deli, ouvert en 1951, qui a su conserver son look d’époque. Toujours fidèle au poste, le propriétaire, Billy Lester, a littéralement grandi dans le restaurant qu’il a repris de son père, Eddy. Le menu a été diversifié depuis — il présente même un végé-burger maintenant, signe que les temps changent ! —, mais il n’en demeure pas moins que c’est d’abord pour les sandwichs au smoked meat que les gens accourent chez Lester’s. Et pour la root beer, servie dans un bock gelé ! « On parle de nous dans plusieurs guides, nous sommes devenus une destination, raconte Billy, attrapé au vol alors que le restaurant était bondé. Environ 85 % de notre clientèle maintenant est composée de gens de l’extérieur du quartier, dont plusieurs touristes internationaux. »

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Billy Lester, propriétaire du restaurant Lester’s Deli, connu pour ses sandwichs au smoked meat

Quartier tissé serré

Outremont, c’est aussi une vie de quartier tissée serrée. Julie Foisy, 50 ans, y habite depuis toujours, dont 45 ans dans la même rue ! « Dès que je sors de chez moi, je suis certaine de rencontrer quelqu’un que je connais, raconte-t-elle. Faire mes courses rue Bernard, c’est pratiquement une activité sociale ! On a un peu l’impression de vivre dans un quartier d’antan. On peut tout faire à pied aussi, alors la qualité de vie est vraiment incroyable. Il y a aussi beaucoup de verdure. »

On oublie d’ailleurs qu’Outremont offre un accès au mont Royal beaucoup plus confidentiel que l’entrée sur l’avenue du Parc. Sur le boulevard du Mont-Royal, entre les avenues Pagnuelo et Courcelette, on emprunte un sentier en forêt qui mène tout droit au belvédère Outremont. On peut ensuite continuer sa promenade à travers les nombreuses allées paisibles du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Julie Foisy se réjouit également d’habiter encore tout près de plusieurs amis avec qui elle a grandi. Elle en a vu aussi plusieurs partir d’Outremont dans la vingtaine, puis revenir pour fonder une famille. « C’est un quartier vraiment paisible, sécuritaire avec de nombreux parcs et activités, que ce soit à la bibliothèque ou au Théâtre Outremont, sans oublier les nombreuses écoles. Outremont est vraiment un bel environnement où grandir », affirme-t-elle.

Deborah Levy, rédactrice en chef du magazine Premières en affaires, a aussi une histoire d’amour avec Outremont. Alors qu’elle y a habité étudiante, elle y est revenue il y a quelques années. « Ça n’a pas changé, affirme-t-elle. Outremont, contrairement à ce qu’on peut penser, c’est un quartier où on trouve des gens de toutes les classes sociales et origines. »

Alors qu’elle vient d’avoir une fille, elle découvre les nombreux parcs du quartier sous un nouvel angle et la vie sociale qui s’y déroule. « Les parents se retrouvent toujours au parc, on y organise même des fêtes d’enfants », raconte-t-elle.

 

Rencontre de plusieurs cultures

Une promenade dans les rues résidentielles du quartier permet aussi de découvrir la vie familiale animée des juifs hassidiques. « Ils ont toute une économie bien à eux, mais certains établissements, comme la boulangerie Cheskies [dans le Mile- End, à la frontière avec Outremont], attirent autant l’homme avec ses papillotes que la fille en minijupe, note Deborah Levy. Il y a toujours une file pour leurs croissants au chocolat. »

« Outremont est un quartier très multiculturel, ajoute Julie Foisy. Maintenant, j’ai des voisins d’origine grecque et portugaise. On voit aussi beaucoup de Français s’installer, ce qui ajoute une petite saveur européenne au quartier. »La rue Laurier Ouest accueille d’ailleurs deux grandes brasseries françaises, soit Chez Lévêque, qui célèbre cette année son 45e anniversaire et Leméac, ouverte en 2001 et devenue depuis un classique de la restauration à Montréal.

Van Horne branchée et bigarrée

Envie d’un bon croissant ? Direction Le Paltoquet sur l’avenue Van Horne, à deux pas de la station de métro Outremont. « Les croissants y sont aussi bons qu’à Paris ! s’exclame Deborah Levy. Et les prix sont vraiment abordables. »

Le mélange des cultures est frappant avenue Van Horne. À quelques pas de la pâtisserie, on trouve le petit restaurant vietnamien Doan. « Je m’y arrête chaque vendredi après le travail, quand je n’ai pas envie de cuisiner, indique Julie Foisy. On a souvent l’idée préconçue que tout est cher à Outremont, mais ce n’est pas vrai. Doan en est un bel exemple. »

Le réputé restaurant syrien Damas a aussi quitté l’avenue du Parc pour s’installer avenue Van Horne il y a quelques années.

Puis, de nouveaux joueurs branchés s’ajoutent à l’offre. Comme le bistro Boxermans, ouvert au début de l’été où l’on peut boire un verre, un café et manger un repas léger. La mère d’Eric Berlin, l’un des jeunes copropriétaires, est québécoise et son père (présent lors de notre passage) est juif. « Sa conjointe, aussi copropriétaire, est d’origine québécoise, affirme Déborah, déjà une habituée des lieux. C’est un super bel exemple du mélange de cultures et de générations qu’on retrouve dans Outremont aujourd’hui et qui fait sa richesse. »