Lac-Mégantic n'est pas à l'abri d'un nouvel accident ferroviaire

Une coalition citoyenne émet des recommandations pour éviter un nouveau drame.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Une coalition citoyenne émet des recommandations pour éviter un nouveau drame.

Quatre ans après la tragédie de Lac-Mégantic qui a coûté la vie à 47 personnes, « les conditions sont encore en place » pour qu’un tel événement se reproduise, déplore la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic (CCOESF). De passage devant la Commission d’examen sur la sécurité ferroviaire lundi, la coalition a déposé dans un mémoire ses recommandations pour éviter un nouveau drame.

Au bout du fil, le porte-parole de la CCOESF, Robert Bellefleur, est catégorique : « On joue un peu avec le feu », dit-il. Selon lui, quatre facteurs de risques sont encore bien présents, malgré les mesures mises en place depuis la tragédie.

D’abord, il y a toujours cette « forte pente » entre le village de Nantes et la ville de Lac-Mégantic. Dans son mémoire, la coalition souligne qu’un représentant du Bureau de la sécurité des transports du Canada considère cette section de rails comme « l’une des plus à risque au Canada ».

Ensuite, la tristement célèbre « courbe de la mort », située en bas de la pente, a été reconstruite après la tragédie du 6 juillet 2013 avec une courbure horizontale à 8 degrés, alors que la précédente était à 4,25 degrés. « Il est évident qu’un éventuel troisième train parti à la dérive en provenance de Nantes y déraillerait encore plus facilement que celui du 6 juillet 2013 », écrit la CCOESF.

Troisième train, dit-elle, car un convoi à la dérive avait provoqué un accident ferroviaire en avril 1918, souligne M. Bellefleur. « Le train, parti de Nantes, était entré en collision avec un second convoi au même endroit. Ce n’est pas un hasard à notre avis. »

Le triage de wagons sur des voies de desserte en haut des pentes de Nantes et le transport de matières dangereuses, telles que le gaz propane et l’acide sulfurique, constituent d’autres facteurs de risque, avance la coalition.

Les Méganticois inquiets

« Il n’y a pas de quoi rassurer les Méganticois », indique le mémoire. La peur est d’ailleurs encore bien présente chez les résidents, atteste M. Bellefleur.

Le porte-parole de la CCOESF souhaite que la Commission d’examen sur la sécurité ferroviaire incite le ministère des Transports à construire une voie de contournement dans les plus brefs délais. « Lac-Mégantic ne peut plus attendre. »

La coalition déplore par ailleurs « la perte progressive de pouvoirs et de capacités d’intervention de Transports Canada », qui s’est faite au profit d'« une industrie qui s’auto-régule ». C’est pourquoi elle propose de restreindre les pouvoirs d’autogestion des compagnies de chemins de fer et d’augmenter ceux de réglementation de Transports Canada.

Parmi les autres recommandations de la CCOESF, on trouve la mise en place de formations sur la sécurité ferroviaire par des organismes indépendants et l’augmentation de l’assurance responsabilité à 500 millions, actuellement établie à 75 millions, « un montant insuffisant considérant que la décontamination du centre-ville de Lac-Mégantic approche le milliard de dollars », souligne Robert Bellefleur.

La Commission d’examen sur la sécurité ferroviaire a été mise sur pied au printemps dernier par le ministère fédéral des Transports et est chargée de réviser la Loi sur la sécurité ferroviaire. Elle doit soumettre ses recommandations en mai 2018.

3 commentaires
  • Jacques de Guise - Abonné 19 septembre 2017 11 h 02

    Et malgré toutes ces données....

    notre brillant système judiciaire continue de s'acharner sur les trois supposés responsables de cet accident alors que quand on y regarde bien on s'aperçoit qu'ils sont également victimes d'un système qui les dépasse et sur lequel ils n'ont aucun contrôle.

    Bref, le système judiciaire ne s'attaque toujours qu'au plus petit que lui, car il ne dispose pas des ressources, notamment intellectuelles, pour s'attaquer au plus grand. On responsabilise les petits et on déresponsabilise les grands. C'est ainsi qu'est né le droit pénal et c'est ainsi qu'il se continue grâce à la honteuse complaisance des tâcherons du système judiciaire!!!!

  • André Blais - Inscrit 19 septembre 2017 12 h 21

    Un cinquième facteur de risques

    En fait, il est sous-entendu dans les derniers paragraphes: le piètre entretien du réseau ferroviaire dans certaines régions.

    À Lac-Mégantic seulement, les convois passent sur des rails de catégorie 1 alors que la Coalition exige de rehausser au moins au niveau 2.

    Même si ces derniers circulent à basse vitesse, des bruits suspects au passage des trains nous inquiètent.

    Et que dire de ce ponceau en béton datant du XIXe siècle dans lequel on retrouve des fissures où l'on peut passer notre main au travers?

    Si un convoi venait à se renverser à cet endroit, ce serait évidemment encore une autre tragédie humaine et environnementale car la pente y est très abrupte. Tout un quartier habité s'y trouve à proximité ainsi que le lac et la populaire Baie-des-Sables et son camping.

    Tragégies à répétition en plus d'un autre désastre économique en perspective, non merci!

    Donnez-nous la chance de nous relever barons du rail et du pétrole et politiciens de pacotille!!! Q'attendez-vous de faire vos devoirs? Faudrait-il qu'on barricade les traverses à niveau?

    AB, membre de la CCOESF

  • Michel Lebel - Abonné 19 septembre 2017 15 h 56

    Pourquoi?


    Le minimum me semble être d'avoir rapidement construit une voie de contournement. Pourquoi ce refus? Les personnes de Lac-Mégantic méritent au moins cela!

    M.L.