Le Conseil du statut de la femme serait rebaptisé

Il est temps de réfléchir à la possibilité de doter le CSF d’un nouveau nom, selon sa présidente Louise Cordeau.
Photo: iStock Il est temps de réfléchir à la possibilité de doter le CSF d’un nouveau nom, selon sa présidente Louise Cordeau.

Il est temps de réfléchir à la possibilité de renforcer la Loi sur l’équité salariale, plus de 20 ans après son adoption par l’Assemblée nationale, fait valoir la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Louise Cordeau.

« La loi a 20 ans. Qu’est-ce qui se passe ? Comment est-ce qu’on la bonifie ? Comment est-ce qu’on s’assure qu’elle soit mise en vigueur ? » demande Mme Cordeau dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

La Loi sur l’équité salariale visait à « corriger les écarts salariaux dus à la discrimination systémique fondée sur le sexe à l’égard des personnes qui occupent des emplois dans des catégories d’emplois à prédominance féminine ».

Or, un écart de 2,93 $ séparait toujours la rémunération horaire moyenne des femmes (22,74 $) et des hommes (25,67 $) en 2016, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Il s’agit de l’une des nombreuses inégalités de fait qui persistent dans la société québécoise, et ce, plus de quatre décennies après la consécration du « droit à l’égalité » dans la Charte des droits et libertés de la personne, souligne Mme Cordeau, tout en mentionnant que le CSF participera à une « journée de réflexion sur le revenu minimum garanti » prochainement.

Cela dit, « l’ensemble des conditions salariales ne dépend pas que du gouvernement », poursuit-elle à l’autre bout du fil. « On s’entend ! »

Il est aussi temps de réfléchir à la possibilité de doter le CSF d’un nouveau nom, selon Mme Cordeau. Elle a d’ailleurs trouvé lundi une alliée de taille pour l’appuyer dans ses efforts : la ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault. « L’important pour moi, c’est d’arriver à [l’]égalité de fait, qui sera possible par la mise en place d’actions concrètes, et si cela nécessite un changement de nom, il est pertinent d’y réfléchir », a affirmé l’élue libérale par courriel.

Le CSF étudiera la possibilité de se doter d’un nouveau nom qui se « rapprocher[ait] des mots qui sont utilisés dans les discussions sur l’égalité de sexes et de genres ». « On doit faire en sorte que le maximum de personnes dans la population se sente interpellé. [Qui plus est, l’expression] “de la femme” : ça fait des années que ce n’est plus utilisé comme vocable. […] C’est comme si “la femme” était toutes les femmes », fait remarquer Louise Cordeau. « Les mots ont évolué. Les réalités ont évolué. » La France a un « Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes », tandis que la Belgique dispose d’un « Institut pour l’égalité des femmes et des hommes », illustre-t-elle.

Au pouvoir

D’autre part, Mme Cordeau invite la population québécoise à s’interroger sur les façons d’encourager les femmes à accéder aux « postes décisionnels » au sein des directions ou encore des conseils d’administration des organismes publics et privés. À l’approche des élections municipales, elle rappelle que moins d’une municipalité sur cinq est dirigée par une mairesse (17,3 %) en raison notamment des grandes réticences de plusieurs femmes à sauter dans l’arène politique, craignant d’être incapable de concilier travail et famille.

Par ailleurs, la numéro un du CSF ne balaie pas l’idée de réfléchir une nouvelle fois au port de signes religieux ostentatoires, notamment par les employés de l’État, alors que l’Assemblée nationale reprend l’étude du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État. « Je n’exclus rien. Je n’exclus rien », a-t-elle répété, avant de préciser que le CSF s’affaire à élaborer une nouvelle planification stratégique 2019-2024. Mais, pour l’instant, la recommandation d’une interdiction du port de signes religieux « considérablement plus élargie que ce que recommandait le rapport Bouchard-Taylor » faite par le CSF en 2014 est « toujours valable », d’autant plus qu’elle a été « réitérée » à l’automne 2016, conclut-elle.

En affirmant qu’il y a « lieu de réfléchir à un nouveau nom pour le Conseil et que ce dernier devrait aussi s’adresser aux hommes » puisque « l’égalité est presque acquise » entre les femmes et les hommes, Mme Cordeau « prouve avec brio qu’elle ne connaît rien aux enjeux de la condition féminine », soutient la Fédération des femmes du Québec.

3 commentaires
  • Diane Guilbault - Abonnée 19 septembre 2017 07 h 40

    L’égalité de sexes et de genres?

    Pour atteindre l’égalité, il ne faut pas viser l’égalité des genres mais bien faire disparaitre le genre, cet ensemble de stéréotypes qui contribue à justifier et maintenir l’infériorisation des femmes. C’est ce que préconise d’ailleurs l’article 5 de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.
    Le Conseil du statut de la femme est décidément en danger et ce n'est pas en changeant son nom, si suranné soit-il, qu'on va améliorer la situation alors qu'on constate que la situation des femmes stagne dans beaucoup de domaines et qu’elle recule dans d’autres. Pensons notamment à la persistances des violences sexuelles et au retour en force des stéréotypes sexuels, comme dans les manuels scolaires pour le cours ECR ou l’adoption de lois qui consacrent ces stéréotypes.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 19 septembre 2017 10 h 42

      Faire disparaitre le genre ?

      C'est pourtant une réalité aussi basique que la distinction du pieds de la main. Frauder la perception de la réalité n'est pas une évolution, c'est jute le confort du mesonge.

    • Diane Guilbault - Abonnée 19 septembre 2017 11 h 49

      Le genre n'est pas le sexe, c'est une socialisation basée sur des idées reçues selon lesquelles les femmes doivent agir ou se vêtir comme ceci et les hommes comme cela. On sait pourtant que les femmes ne sont pas nées avec des talons hauts et que si elles le veulent, elles peuvent être des astronautes comme les hommes. Tout comme les hommes pourraient bien décider de porter des jupes ou travailler dans des secteurs plus traditionnellement féminins. Cela n'enlèvera rien au fait qu'ils sont des hommes tout comme les femmes dans les métiers dits masculins restent des femmes.