L’UPA demande l’appui des gouvernements

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
L’UPA aimerait que ses membres ne soient pas les seuls à faire les frais des mesures qu’ils prennent pour protéger l’environnement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’UPA aimerait que ses membres ne soient pas les seuls à faire les frais des mesures qu’ils prennent pour protéger l’environnement.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lors d’une récente rencontre marquant la Rentrée syndicale agricole, l’Union des producteurs agricoles (UPA), les fédérations régionales et ses groupes spécialisés ont envoyé un message clair aux gouvernements du Québec et du Canada. Le monde agricole a besoin de leur appui pour assurer la pérennité de l’agriculture québécoise. Plusieurs enjeux sont en cause et exigent des interventions.

L’agriculture québécoise pourrait connaître une croissance importante d’ici 2025 et créer 21 000 emplois, selon une étude commandée par l’UPA. Le syndicat craint toutefois qu’il soit difficile d’y arriver si on ne règle pas divers enjeux menaçant la viabilité de l’agriculture québécoise.

Des terres livrées au plus offrant

Il y a d’abord le projet de loi 85, qui vise à implanter le long de l’autoroute 30 deux pôles logistiques et un corridor de développement économique, ainsi que des zones industrialo-portuaires dans la région de Montréal. Pour ce faire, on soustrairait 600 hectares assujettis à la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. L’UPA s’insurge contre cette façon de faire qui réduirait la superficie de bonnes terres agricoles et pourrait ouvrir la porte à d’autres dézonages.

L’UPA, la Fondation Suzuki et la Fédération de la relève agricole s’inquiètent aussi de l’achat de terres agricoles par des fonds d’investissement à des fins spéculatives. IIs dénoncent aussi les initiatives prises par l'entreprise PANGEA qui a acquis depuis 2012  près de 5000 hectares de terres, soit l’équivalent de 50 fermes. « Ces transactions créent une surenchère sur la valeur des terres, rendent plus difficiles la relève agricole et le transfert des fermes d’une génération à l’autre », déplore Marcel Groleau, président de l’UPA.

Photo: UPA Marcel Groleau

L’UPA et les groupes qui la soutiennent proposent donc de limiter les achats à 100 hectares par année pour les trois prochaines années, le temps de réfléchir à des solutions et d’analyser la situation. M. Groleau rappelle que la Saskatchewan a déjà interdit l’achat de terres agricoles par des fonds de pension.

L’intérêt des fonds d’investissement pour les terres agricoles est en outre attribuable à la croissance importante de leur valeur (800 % de hausse en 20 ans). Un phénomène qui crée un fardeau fiscal supplémentaire pour les agriculteurs. L’UPA aimerait donc que le gouvernement réunisse les intervenants impliqués dans ce dossier (UPA, Fédération québécoise des municipalités et ministères concernés) pour trouver des solutions durables à la fiscalité foncière agricole.

Pour une meilleure protection de l’environnement

Un autre enjeu important concerne l’agroenvironnement. L’UPA est consciente que les consommateurs sont de plus en plus exigeants à propos de la qualité des produits agricoles et de la protection de l’environnement. Le syndicat demande donc l’adoption d’un Plan concerté sur l’agroenvironnement. « Ce plan devrait encourager la recherche de solutions de rechange aux pesticides, le développement de méthodes de lutte contre les espèces envahissantes et d’outils pour répondre aux enjeux que posent les changements climatiques », propose M. Groleau.

L’UPA aimerait aussi que ses membres ne soient pas les seuls à faire les frais des mesures qu’ils prennent pour protéger l’environnement. Par exemple, un agriculteur qui accepte de laisser en friche une bande riveraine pour protéger un cours d’eau devra subir une perte de revenu. À ce chapitre, M. Groleau croit que l’on devrait prendre exemple sur l’Europe. « Sur ce continent, les agriculteurs sont subventionnés pour modifier leurs pratiques agricoles, note-t-il. En Suisse, les producteurs sont rémunérés pour ne pas cultiver certaines surfaces. »

Hausse possible du salaire minimum

Côté fiscalité, la hausse possible du salaire minimum à 15 dollars l’heure préoccupe aussi l’UPA. Selon une étude commandée par l’UPA, une hausse trop brutale du salaire minimum aurait un impact majeur, notamment sur la rentabilité du secteur horticole (légumes, fruits, etc.). « Ce sont des coûts que les agriculteurs seraient incapables de transférer au marché », déplore M. Groleau.

Importation de fromages européens

Dans le cadre de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, le Canada a accepté l’importation accrue de fromages européens. Or, l’entrée en vigueur de cet accord risque d’entraîner des pertes considérables pour les fromagers québécois (qui produisent plus de la moitié des fromages canadiens et 60 % des fromages fins et artisanaux), selon l’UPA.

À l’époque, le gouvernement Harper avait annoncé un programme d’indemnisation d’un milliard de dollars destinés aux producteurs laitiers. Or, ce programme a été abandonné par les libéraux, une fois au pouvoir, et remplacé par un programme d’investissement de 250 millions sur cinq ans pour les fermes laitières. « En plus d’y perdre au change, les fonds de ce programme sont déjà épuisés, déplore François Dumontier, directeur adjoint, relations publiques et gouvernementales chez Les producteurs de lait du Québec. Bien des producteurs n’y auront donc pas droit. De plus, les producteurs qui n’étaient pas prêts à investir dans leurs installations ne recevront pas un sou. »

Marcel Groleau déplore aussi l’absence d’aide pour les producteurs de fromages de chèvre et de brebis. « C’est une injustice pour ce secteur jeune et encore fragile. »

Renégociation de l’ALENA

Dernier enjeu important, la renégociation, en cours, de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). L’UPA croit que le Canada ne devrait faire aucune concession. Les producteurs de lait du Québec ont même demandé au gouvernement fédéral d’exclure des négociations le secteur laitier et la gestion de l’offre. Ils ont un argument de taille : le Canada importe déjà 8 % de sa consommation de produits laitiers alors que les États-Unis en importent moins de 2 %.

La plupart de ces enjeux seront discutés lors du Sommet sur l’alimentation qui aura lieu cet automne. L’exercice devrait aboutir à une nouvelle politique bioalimentaire québécoise en 2018.