Terminus: Longueuil-UdeS, point de départ d’un centre-ville

Une petite ville, avec ses tours d’habitation, ses commerces et ses institutions, s’est bâtie autour de la station Longueuil-Université de Sherbrooke depuis son ouverture dans les années 1960.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une petite ville, avec ses tours d’habitation, ses commerces et ses institutions, s’est bâtie autour de la station Longueuil-Université de Sherbrooke depuis son ouverture dans les années 1960.

Entre le départ et l’arrivée, ici ou là-bas, Le Devoir a eu envie de vous écrire des cartes postales qui fleurent bon le bitume. Une invitation au voyage vers des destinations inattendues, au coin de la rue. Aujourd’hui : le premier terminus de la Rive-Sud en importance, en pleine mutation.

Il n’y a pas si longtemps, le terminus de Longueuil était un endroit moche, beige et gris où l’on ne faisait que passer. Le plus rapidement possible. Le bâtiment était au milieu de nulle part, isolé du reste du monde par une bretelle d’autoroute.

En débarquant au bout de la ligne jaune du métro, à la station Longueuil-Université de Sherbrooke, on constate que l’endroit a été complètement transformé. Une marée humaine circule dans les vastes couloirs du terminus, illuminés par de grandes fenêtres et bordés de commerces.

On se trouve dans la station de métro qui se classe au 5e rang en matière d’achalandage dans la région de Montréal, qui emmène 7,7 millions de personnes chaque année. Il faut ajouter à cela les passagers de 70 lignes d’autobus qui passent par les 42 quais du terminus. En tout, 76 000 personnes transitent chaque jour par ici — l’équivalent de la population de Saint-Jérôme ou de Drummondville.

« Je ne reconnais plus la place ! » dit Sylvie Girard, caissière au marché Omni situé dans la plus ancienne partie du terminus. Elle habite sur la Rive-Sud depuis 47 ans. Elle n’en revient pas de la transformation radicale du terminus — et de tout le quartier.

Photo: Jacques Grenier Le Devoir Implantée depuis 1989 à Longueuil, l’Université de Sherbrooke a choisi de construire son campus à proximité de la station au début des années 2000.

On sort du bâtiment avec Sylvie Girard, qui prend sa pause-café. Les édifices ont poussé tout autour au cours des dernières années : les campus longueuillois de l’Université de Sherbrooke, de l’Université de Montréal, de l’UQAM, la tour SSQ, des tours de condos… D’autres tours sont planifiées au-dessus de la station de métro vieille d’un demi-siècle.

Bref, la place Charles-Lemoyne — c’est le nom de l’endroit — devient tranquillement le coeur d’un centre-ville. Plus de 5000 personnes vivent dans les 3450 logements situés dans le secteur. Et ce n’est qu’un début : la Ville de Longueuil a mis en place un plan ambitieux visant à changer le visage du quartier en ajoutant 8500 logements, 100 000 pieds carrés de commerces et 1,5 million de pieds carrés de bureaux.

L’objectif est de doter Longueuil (qui est la cinquième ville du Québec) d’un « vrai » centre-ville d’ici 2035. Le premier jalon de ce nouveau centre-ville, un centre culturel doté de deux salles de spectacles, doit voir le jour dans les prochaines années. Les grues sont attendues durant l’année 2020.

Barcelone et Brooklyn


Le directeur du développement de Longueuil, Mario Verville, voit grand. « Avant, la ville était connue pour la coupe Longueuil. Les gens étaient gênés de dire qu’ils venaient de Longueuil. Plus maintenant ! On a un des plus beaux sites du monde, comparable à Barcelone — la plage, la joie de vivre, la qualité de vie, la culture, la proximité des services et des transports publics », dit-il.

« La Ville sait où elle s’en va. On donne une direction aux promoteurs », ajoute Mario Verville. Certains disent que Longueuil cherche à devenir le Brooklyn de Montréal : la banlieue jeune, branchée, peuplée de hipsters à vélo.

La Ville cherche entre autres à créer un grand parc le long du fleuve. Le Saint-Laurent est à deux pas, mais on se sent loin de l’eau.

Pour Caroline St-Hilaire, mairesse sortante de Longueuil, le plan centre-ville 2035 est son héritage politique. Dès son arrivée à la mairie en 2009, elle s’est attelée à la tâche de peupler les environs du terminus.

« Le défi a été de transformer ce lieu, qui a longtemps été une voie de passage, en une destination. On a voulu créer une atmosphère, que les gens aient le goût d’y vivre », dit Caroline St-Hilaire au Devoir. Elle a annoncé qu’elle tirera sa révérence de la politique municipale à la fin de son mandat, cet automne. Elle commentera l’actualité à LCN.

En parlant avec la mairesse, on a l’impression que la Rive-Sud s’affranchit de Montréal et devient autosuffisante. Les nids-de-poule et la multiplication des chantiers à Montréal seraient-ils une occasion d’affaires pour la Rive-Sud ?

« On n’est pas en compétition avec Montréal, on est complémentaires. Des banlieues fortes, c’est bon pour Montréal, dit Caroline St-Hilaire. Il y a eu tellement de conflits autour des fusions et défusions sur la Rive-Sud, maintenant la région a envie de se développer. »

Cette ancienne députée du Bloc québécois a croisé le fer avec Denis Coderre du temps où il était député libéral à Ottawa. Cette époque est révolue. Elle a de la sympathie pour le maire Coderre, qui « a le courage d’investir » pour restaurer les infrastructures de Montréal.

« On cumule tous des déficits d’entretien. Ça paraît moins, mais on a les mêmes problèmes à Longueuil. Avant, ce n’était pas populaire d’investir pour entretenir les égouts et les aqueducs. Les gens voulaient d’abord un gel de taxes. »

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 31 août 2017 01 h 21

    toujours géographiques et géostatiques

    les centres ne sont-ils pas ceux que les investisseurs envahissent, même s'ils ont déjà appartenus aux armées, il est stupéfiant de voir comment les pouvoirs se subtituts facilement peut etre, qu'au point de départ les centres, sont toujours géographiques et géostatiques,

  • Jean Richard - Abonné 31 août 2017 10 h 24

    Jaune ou bleue ?

    Chose peu probable mais pas impossible, il suffirait d'une mairesse ou d'un maire agressif à Longueuil pour que le gouvernement du Québec annonce que ce sera la ligne jaune et non la ligne bleue qu'on prolongera. C'est d'autant plus une chose possible du fait que le maire Coderre préfère les courses de chars à batteries aux transports en commun.

    Et pour la ville ouverte sur le fleuve, n'y a-t-il pas un obstacle à surmonter : cette immense autoroute, héritage du culte voué à l'automobile au siècle dernier. Le lien d'amour et de dépendance qui s'est tissé entre les banlieusards et la voiture individuelle ne permettrait jamais à un maire ou une mairesse de se faire élire en promettant la destruction de cette autoroute et la restauration des lieux pour donner l'accès au fleuve. Dans cinquante ans peut-être, mais sûrement pas en 2017. De toutes façons, le gouvernement du Québec, devenu vendeur de chars, ne permettrait jamais une telle chose.

  • Bernard Terreault - Abonné 31 août 2017 13 h 12

    Vision en rose

    Ce coin souffre toujours du piètre accès à pied ou en vélo, à travers un spaghetti de bretelles d'autoroutes, du manque de verdure, et d'être coupé du fleuve par la 132.