Après les affrontements, La Meute défile à Québec

Plusieurs militants antiracisme s’étaient rassemblés à Québec pour empêcher la manifestation des membres de La Meute. 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Plusieurs militants antiracisme s’étaient rassemblés à Québec pour empêcher la manifestation des membres de La Meute. 

Après des accrochages avec des policiers et du grabuge, les manifestants antiracisme ont cru avoir réussi à dissuader les membres de La Meute de manifester pour dénoncer « l’immigration illégale » dimanche. Mais après quatre heures de confinement dans un stationnement intérieur de la rue Louis-Alexandre-Taschereau, le groupe a défilé dans les rues de Québec.

Ce n’est qu’une fois leurs opposants repartis que les centaines de membres de La Meute ont marché, en silence, près du parlement de Québec.

« On demande au gouvernement d’agir en gestionnaire responsable dans le dossier des demandeurs d’asile. C’est illégal de sauter une frontière. On n’est pas racistes », a fait valoir un des responsables de La Meute, Sylvain Brouillette.

La Meute s’oppose à l’arrivée de milliers de demandeurs d’asile, dont la majorité est formée d’Haïtiens. Depuis quelques semaines, ils sont plus de 3200 à avoir franchi la frontière canado-américaine de façon irrégulière, obligeant le gouvernement à les héberger temporairement le temps que leur demande d’asile soit traitée.

Les larmes aux yeux, Marili Brindamour a été déçue de « tomber par hasard » sur la marche silencieuse de La Meute. « On pensait avoir gagné, mais visiblement ils ont pu passer leur message. Je ne comprends pas, on aurait dû rester plus longtemps », a-t-elle confié.

Le rassemblement de La Meute, dont plusieurs des positions sont hostiles à l’immigration, était initialement prévu pour 14 h, mais dès midi, des contremanifestants s’étaient divisés en deux groupes pour empêcher ses membres de sortir de leur lieu de rencontre.

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Après quelques heures de confinement dans un stationnement sous-terrain, les membres de La Meute ont marché dans les rues de Québec.

Un des groupes antifascistes montait la garde devant le stationnement du Complexe G, tandis que l’autre se trouvait sur la place d’Youville.

« Ça ne fait même pas sept mois, depuis l’attentat à la mosquée de Québec, on ne peut pas laisser un groupe comme La Meute répandre la haine », a fait valoir l’activiste Jaggi Singh, qui s’est finalement fait arrêter quelques heures plus tard par les policiers.

Près du stationnement de l’immeuble, l’accueil réservé à certains membres de La Meute a été brutal. Une dame s’est fait vider une bouteille d’eau sur la tête, tandis que d’autres sympathisants du groupe se sont fait asperger d’encre.

Des contremanifestants complètement vêtus de noir et cagoulés n’hésitaient pas à encercler ceux qu’ils soupçonnaient être membres de La Meute.

Ils ont à plusieurs reprises fait référence aux événements de la semaine dernière à Charlottesville, en Virginie, où une femme a été tuée lors d’une manifestation contre des groupes d’extrême droite.

« Êtes-vous folle ? Bande de racistes, vous êtes des fascistes », lançaient des contremanifestants à Christine Boily, une résidante du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui se disait encore plus motivée à rester sur place pour tenir son point.

« C’est ça qui me motive, je me dis que c’est encore plus nécessaire de se tenir debout », a-t-elle lâché alors que d’autres membres de La Meute sont venus la chercher pour l’amener à l’abri.

Manifestation illégale

Tout l’après-midi, la tension était à son comble dans les rues de Québec. Des affrontements ont éclaté lorsqu’une partie du groupe de contremanifestants s’est déplacée pour s’assurer de bloquer toutes les sorties à La Meute.

Des manifestants masqués ont lancé des fumigènes vers des policiers. Ceux-ci, en tenue antiémeute, ont alors avancé vers eux. Les manifestants ont reculé, mais les tensions sont demeurées vives jusqu’à ce que sur Grande Allée, des manifestants lancent à nouveau des pétards, puis des chaises et des tables en direction des policiers.

Vers 14 h 15, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a indiqué sur son compte Twitter que cette manifestation avait été déclarée illégale. Ils ont alors averti les manifestants qu’ils pourraient les interpeller pour attroupement illégal.

   

Jusqu’à environ 17 h, les contremanifestants, dont plusieurs provenaient de Montréal, étaient convaincus d’avoir réussi à dissuader le groupe d’extrême droite de défiler dans les rues de Québec.

« Ce qui est dommage, c’est que notre manifestation soit réduite au grabuge, alors qu’une majorité de gens était là de façon pacifique. Je leur en veux d’utiliser la violence pour faire passer notre message », a confié Marili Brindamour, qui craint qu’avec la tournure des événements, La Meute « se victimise ».

En fin de journée, le SPVQ a fait le point sur cette longue journée de rassemblements.

« Pour le moment, nous dénombrons une arrestation et trois policiers incommodés par un irritant chimique projeté par les manifestants », a indiqué le service de police dans un communiqué.

Les policiers ont souligné avoir en leur possession des images, des vidéos et du renseignement sur les individus qui ont participé activement aux manifestations déclarées illégales. Une enquête est en cours et des arrestations sont à prévoir, a averti la police.

Ce qui est dommage, c’est que notre manifestation soit réduite au grabuge. [...] Je leur en veux d’utiliser la violence pour faire passer notre message.

 

Quant à la manifestation de La Meute, les policiers ont indiqué qu’elle s’est « déroulée dans l’ordre ».

Les politiciens n’ont pas perdu de temps à réagir aux affrontements entre contremanifestants et policiers. « Nous condamnons la violence et l’intimidation. Nous vivons dans une démocratie où le respect doit être la norme et non pas l’exception », a écrit le premier ministre Philippe Couillard sur son compte Twitter.

Plus tôt, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, avait utilisé le même canal pour exprimer son indignation : « Les manifs à Québec : la violence, les masques, c’est pas une façon de s’exprimer. Peu importe son opinion. Point final. »

Même son de cloche chez leur collègue de la Coalition avenir Québec, François Legault : « Les Québécois sont capables de débattre sereinement. Non à la violence. »

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 21 août 2017 06 h 21

    Non au jovialisme!


    Un fait demeure: la politique jovialiste du premier mnistre Trudeau face à cette ''crise'' des demandeurs d'asile est rejetée par bien des personnes au Québec et dans le reste du Canada. La Meute a plus de sympathisants que certains peuvent le croire.
    Il ne faut pas oublier que cette ''crise'' a comme origine une décision annoncée de l'administration américaine quant à la fin probable d'un programme humanitaire destiné aux Haïtiens victimes du tremblement de terre de 2010. Nous sommes devant une ''crise'' imposée par les États-Unis, une ''crise'' donc politique. C'est à ce niveau qu'elle doit se régler et non dans un jovialisme simpliste, faux et faiblard. Le gouvernement du Québec n'a pas à applaudir devant pareil aplaventrisme et faiblesse.

    Quant au gouvernemenrt canadien, il doit dans l'immédiat faire ce que doit, soit suivre sa propre loi, et dire que les demandeurs d'asile doivent se présenter aux seuls postes-frontières existants. Les choses devraient alors changer, notamment avec les Américains. Faut-il le répéter, le jovialisme n'est pas une politique, et en particulier avec nos voisns du Sud. Et encore plus que jamais au temps de Donald Trump!


    Michel Lebel

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 21 août 2017 20 h 06

      Je vous ai lu et relu ...3 fois.

      Je suis tout à fait d'accord avec le fond de votre commentaire .
      Un problème politique...qui émane des ÉU et des politiques nébuleuses canadiennes. Paraît-il que ce serait un oubli (sic) des autorités canadien-nes qui serait à l'origine de cette invasion.

      Oubli (sic) d'inclure dans la procédure : "...que quiconque tente d'entrer illégalement, à pied ou en véhicule, sur le territoire canadien, soit par les bois, soit par les terrains vagues ou tout autre endroit décrété territoire canadien, sera refoulé à la frontière illico..."

      Pas fort les politiciens d'Ottawa et de même que leurs sbires de la fonction publique. À moins que ce fut voulu ainsi...

      Bizarre que les deux États qui ont le plus "subi" cette invasion (dont on a eu écho dans les médias ) sont le Manitoba et le Québec!

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 21 août 2017 07 h 35

    Célébrer aussi la non-violence pour avoir le plus de monde possible

    Il va falloir que les manifestants antiracisme et antifascistes préparent mieux leurs manifestations.

    D'abord, adopter un trajet ne permettant pas d'entrer en contact avec une manifestation tenue par des personnes ou groupes d'opinion contraire et en avertir la police, ou mieux se faire conseiller par celle-ci sur les mesures de sécurité à prendre: il n'est pas nécessaire de manifester au même moment et au même endroit. Cela écrit, certains peuvent vouloir faire dérailler une manifestation pacifique...Il faut donc mieux prévoir.

    Ensuite, avoir son propre service de sécurité: ce service doit être efficace et insister sur les règles de sécurité à suivre, par exemple proscrire le port de cagoules et bâtons.

    Enfin, insister pour que les manifestants pacifistes s'assoient par terre lorsque des manifestants violents ou non respectueux des règlements s'insèrent en leurs rangs, permettant ainsi à la police de les identifier rapidement et de les arrêter. Il semble que l'on procède ailleurs ainsi et ceci avec succès.

  • Jean Richard - Abonné 21 août 2017 10 h 08

    Une crainte justifiée

    « qui craint qu’avec la tournure des événements, La Meute « se victimise ». »

    C'est une crainte justifiée car jouer les victimes, c'est souvent payant.

    Et il y a plus, il y a ce risque que l'extrême-droite québécoise se soit attiré la sympathie d'un certain public. Ce matin, à la radio publique fédérale, section régionale de Montréal, L'animateur de l'émission encensait La Meute avec insistance, sans rien connaître (ou sinon en le taisant) de l'identité et de l'option politique des gens qui ont perturbé la manifestation. Le message a fini par être clair : à la radio publique fédérale régionale, la violence était associée à la gauche alors que la discipline et le courage l'étaient à l'extrême droite. Et à entendre les propos de l'animateur, on avait l'impression que des bombes avaient explosé aux quatre coins de la vieille capitale. La réalité semble différente.

    • David Cormier - Abonné 21 août 2017 10 h 44

      Je n'ai pas entendu Monsieur Gravel encenser La Meute ce matin. Par contre, j'ai entendu le leader de la contre-manifestation refuser de condamner la violence. Où avez-vous vu La Meute se "victimiser"? Ils veulent manifester contre l'immigration illégale et ils sont accueillis par des groupuscules violents d'extême gauche. C'est la réalité, un point c'est tout.

  • Daniel Bérubé - Abonné 21 août 2017 10 h 44

    Tant et aussi longemps...

    que sera "toléré" le masquage, il faut s'attendre à des situation du genre...

    Il faut ici remarquer que La Meute semblait avoir ses gardes de sécurité, et nous ne voyons aucun masquage dans leur groupe... ce qui semble "ralentir" de beaucoup la violence dans de tel évènements.

    Je considère le masquage comme ayant dès le départ de mauvaises intentions, et ainsi pouvoir poser des gestes disgracieux, voir violents, et ce sans pouvoir être identifié.

    Et comment a-t-on entendu parler souvent, dans des manifestations, que certains étant masqué étaient de ceux du groupement opposé ayant décidé d'accompagner l'autre groupe afin d'y semer la discorde ? Je ne pose ici aucune accusation, mais tout simplement y voir la possibilité, et je précise ici, peut-être même sans l'accord du groupement qu'ils défendent, en posant ces gestes...

    Il faut s'attendre fortement à ce quant tant et aussi longtemps que ces masques seront acceptés ou tolérés, les manifestations ne seront plus crédibles au yeux du peuple.

    Il serait nécessaire que dorénavant, tout groupe voulant manifester ou contre-manifester soit suivi ou accompagné d'agent de sécurité voyant à ce qu'aucun participant ne porte de masques, et sache ainsi répondre à chacun de ses gestes posés. Je ne me souviens pas d'avoir vu une manif. où l'on y retrouvait des gens masqués et où il n'y a pas eu de violence.

    J'ai de la difficulté a comprendre, parfois, pourquoi un visage "cachée" ne devrait pouvoir se faire (en religion) mais aurait toute sa place dans de tels évènements...

    • Jean-Sébastien Garceau - Abonné 21 août 2017 14 h 09

      Cette possibilité est réalité : il y avait bien des agents de provocation qui ont infiltrés la contremanif pour pouvoir faire mousser la répression.
      Plusieurs de mes collègues et témoins pourraient vous le confirmer. Mais ce genre d'information, similaire à différentes manifestations étudiantes peine souvent à pénétrer les médias et être autre chose qu'une vague rumeur.
      Pourquoi ?
      Ce qu'on ne veut pas chercher, on ne le trouve pas.

  • Serge Lamarche - Abonné 21 août 2017 14 h 18

    Trop abusif

    Une manif contre quelque chose d'illégal ne devrait pas se faire assaillir, peu importe si leur position est immorale.
    De la même manière, une manif contre quelque chose d'immoral devrait pouvoir procéder en paix, peu importe si la position appuie quelque chose d'illégal.

    Les supposés contre-manifestants masqués doivent être considérés les fauteurs de troubles ici. 1- les contre-manifestants étaient haineux et certains violents. 2- certains contre-manifestants étaient masqués, ce qui suppose qu'ils se voulaient abusifs ou même criminels.

    C'est décevant d'apprendre que les québécois au Québec et à Québec en plus, se laissent prendre par des histoires haineuses des deux côtés de la question à ce point là, et dans la rue.