L’industrie du taxi réclame un régime équitable

Depuis l’arrivée d’Uber, on estime que la valeur des permis à Montréal a plongé à quelque 80 000 $, après avoir frôlé les 200 000 $.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Depuis l’arrivée d’Uber, on estime que la valeur des permis à Montréal a plongé à quelque 80 000 $, après avoir frôlé les 200 000 $.

Près de cinq mois après ses débuts, le Comité sur la modernisation de l’industrie du taxi a terminé ses consultations jeudi, après le dépôt de deux seuls mémoires.

Le ministère des Transports avait mis en place cette série de rencontres dans le but d’améliorer le service de taxi, bousculé par l’arrivée d’Uber sur le marché québécois.

Trois entités disant représenter 90 % de l’industrie, soit l’entreprise privée Taxelco, le Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT) et le Regroupement des propriétaires de taxis de Montréal (RPTM), signent un document dont les propositions concernent tous les acteurs du secteur, y compris Uber.

« L’enjeu aujourd’hui, c’est un enjeu d’équité, dit Alexandre Taillefer, associé principal et fondateur de Taxelco. On veut s’assurer que le marché soit réglementé de façon identique d’un [service] à l’autre. On ne cherche pas à faire fuir Uber. Notre proposition lui permettra de continuer à opérer avec ses permis virtuels. »

D’autre part, le mémoire du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ), soutenu par les régions, estime que le renouvellement de l’industrie passe par une équité absolue des règles. Dans l’état actuel et selon les propositions du groupe Taxelco-CPCDIT-RPTM, le service de taxi en est et en sera un à deux vitesses, avec des chauffeurs professionnels d’un côté et des chauffeurs dits amateurs de l’autre.

« Tout le monde est d’accord pour dire qu’Uber dans sa forme actuelle est néfaste pour l’industrie. Il faut que le gouvernement décide d’appliquer ses propres lois et règlements pour faire entrer Uber dans le cadre, comme en Allemagne », commente Abdallah Homsy, du RITQ.

Rappelons que les voitures Uber roulent actuellement, et pour quelques mois encore, sous l’égide d’un projet pilote. Il est attendu que les recommandations du président du Comité sur la modernisation, le député de Mégantic, Ghislain Bolduc, parviendront au ministre des Transports, Laurent Lessard, au moment où le gouvernement devra décider de renouveler, ou pas, l’expérience Uber.

La gestion de l’offre, la valeur des permis de propriété, les conditions de travail des chauffeurs et le financement d’applications mobiles sont les principaux points analysés par le comité qui a survécu à un mois de juin houleux. Guy Chevrette, le porte-parole du CPCDIT, s’était dissocié de l’exercice en le qualifiant de farce.

Depuis l’arrivée d’Uber, on estime que la valeur des permis à Montréal a plongé à quelque 80 000 $, après avoir frôlé les 200 000 $. Les activités de l’entreprise californienne, qui opère avec des chauffeurs amateurs, engagés après une formation de courte durée et à faible coût, ont fait exploser le nombre de voitures.

Pour le consortium dont fait partie Alexandre Taillefer, Uber a bénéficié d’une « absence de cap » qui a créé une « situation de suroffre ». La situation est bénéfique seulement pour Uber, déplore le propriétaire de Téo-Taxi.

Le mémoire présenté par Taxelco-CPCDIT-RPTM propose de réévaluer la distribution des permis et de la rendre plus dynamique, selon le principe qu’il ne peut y avoir plus de permis que de voitures et pas plus de voitures que de chauffeurs.

« Les permis dynamiques pourraient être loués à M. et Mme Tout-le-Monde qui utilisent un véhicule personnel. Qui gérera ça ? Selon les documents de ce mémoire, ce sera le Bureau de taxi de Montréal (BTM). Le BTM ne gère pas Québec, ne gère pas les régions. Il y a déjà une faille », donne en exemple Abdallah Homsy.

Notons que la compagnie Uber n’a pas été invitée à siéger au Comité sur la modernisation du taxi et qu’elle n’y a pas déposé de mémoire.