Une nouvelle épreuve pour les pensionnaires du centre Mélaric

Le directeur général du centre Robert Piché-Elphège Roussel, Robert Gauthier, a dû annoncer à ses patients la fermeture du centre situé à Saint-André-d’Argenteuil. 
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le directeur général du centre Robert Piché-Elphège Roussel, Robert Gauthier, a dû annoncer à ses patients la fermeture du centre situé à Saint-André-d’Argenteuil. 

Début juillet, un an à peine après sa réouverture, le centre de thérapie pour toxicomanes Mélaric annonçait qu’il mettrait de nouveau la clé sous la porte. Il avait entre-temps été rebaptisé centre Robert Piché-Elphège Roussel, du nom du célèbre commandant qui avait volé à son secours. Le Devoir a rencontré trois de ses 38 résidents, en majorité judiciarisés, alors qu’ils se trouvent dans une phase charnière de leur vie.

« Quand ils ont annoncé que ça allait fermer, je me suis mis à pleurer, car ça faisait à peine trois jours que j’avais réussi à me persuader que je voulais vraiment changer ma vie. J’étais triste et en colère, car c’est dans cette place que j’avais appris à vivre mes émotions », se souvient Joshua Annanack-Pommerleau, 20 ans.

Ce géant inuit de six pieds et 200 livres réside au centre de thérapie, situé à Saint-André-d’Argenteuil. Outre la possibilité de guérir de ses dépendances, cette thérapie lui permet de réduire une peine de prison qui aurait pu aller jusqu’à dix ans.

Or, après une relance de quelques mois, la direction du centre a dû se résigner une nouvelle fois à fermer ses portes. Devant l’inéluctable, son directeur général, Robert Gauthier, a d’abord annoncé la nouvelle à quatre « leaders positifs », avant de réunir tous les résidents dans l’ancienne chapelle, la salle la plus lumineuse du centre.

« On leur a tout de suite mentionné qu’on n’était pas dans une situation d’urgence, qu’ils allaient pouvoir terminer leurs démarches et qu’il n’y aurait pas de non-respect de conditions judiciaires », explique Émy Cloutier, coordonnatrice des services en dépendance au centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides.

 
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Mathieu Demers-Lebeau et Joshua Annanack-Pomerleau poursuivent désormais leur thérapie au Pavillon Hamford, à Lachute. 

Du côté des résidents cependant, la nouvelle a tout d’abord eu un peu de mal à passer. « Moi, je capotais. Je regardais par la fenêtre pour voir s’il y avait des fourgons de police pour me ramener en prison », avoue Joshua Annanack-Pommerleau.

Son colocataire, Mathieu Demers-Lebeau, 30 ans, qui est déjà passé par Mélaric en 2003 et en 2005, venait d’arriver à peine deux semaines avant. « Ça m’a brisé le coeur. Je voulais faire ma thérapie là, car j’avais un lien d’appartenance. J’avais déjà créé des liens forts dans la maison, et avec mon intervenant… Ça m’a détruit. »

Aujourd’hui, tous deux poursuivent leur thérapie au Pavillon Hamford, à Lachute, à 15 km de Saint-André-d’Argenteuil, en compagnie de neuf autres anciens résidents de Mélaric. « On s’est passé le mot qu’il y avait un centre à 15 minutes. On s’est dit que, si on se tenait tous ensemble à la même place, ça serait moins dur. »

Espace

Pour autant, sa transition de Mélaric, vaste bâtiment de pierres entouré d’un étang et d’une forêt, à Hamford, demeure trois fois plus petite implantée dans un quartier résidentiel de Lachute, n’a pas tout de suite été facile.

« Mélaric, c’est un château entouré de nature, mais ici, disons que c’est un peu plus ghetto. Les deux premiers jours, je ne voulais absolument pas rester, mais finalement, on est bien ici. C’est vivant, ça bouge, on fait des feux tous les soirs. Je me sens chez moi. C’est ça qui fait qu’une thérapie fonctionne, c’est la communauté. »

Photo: Valerian Mazataud Le Devoir

Pour le professeur Jacob Amnon Suissa, spécialiste de la toxicomanie à École de travail social de l’UQAM, le lien social mais aussi les repères dans l’environnement spatial sont tous deux essentiels à la réussite d’une thérapie, et plus encore dans le cas d’un changement de centre. « Les gens croient que l’espace est passif, mais c’est faux. L’espace a une dimension cachée, symbolique. »

Yannick Benoît, directeur général du Pavillon Hamford, estime de son côté que « l’épreuve la plus difficile, c’est d’accepter d’arrêter de consommer », pas de changer de centre. La thérapie reste avant tout un processus personnel, rappelle-t-il. « C’est à toi de faire ton propre travail sur toi-même. »

Derniers jours

Pendant ce temps, Mélaric ressemble à une école à quelques jours des vacances d’été. Ses couloirs vides n’abritent plus que neuf résidents, et le temps s’y écoule au ralenti.

Sébastien Reason, arrêté pour trafic de drogue et d’autres méfaits, a décidé d’y terminer ses dernières semaines de thérapie après plus de six mois de résidence. « Certains ont profité de la situation pour rentrer chez eux [sans terminer la thérapie], mais j’ai pas choisi cette voie-là. J’ai quand même changé, j’ai fait mon bout de chemin, même s’il me reste encore beaucoup de travail. »

Le 17 août, il sera parmi les derniers à quitter les lieux vers une nouvelle vie, des études à Mont-Laurier et puis, pourquoi pas, l’ouverture d’une pourvoirie.


Une histoire de fermeture qui se répète

En janvier 2016, le centre de thérapie situé à Saint-André-d’Argenteuil dans les Laurentides annonce sa fermeture quelques mois après la réduction des prestations d’aide sociale par le ministère du Travail.

À l’époque cependant, plusieurs personnes mettent plutôt en cause les conséquences d’une mauvaise gestion du centre ouvert depuis 32 ans. Ses 75 patients, alors en pleine thérapie, se retrouvent sans résidence, et la majorité d’entre eux sont renvoyés en prison.

Quelques mois plus tard, en mai 2016, le centre rouvre ses portes grâce au soutien du commandant Piché et de sa fondation, un projet que caressait le pilote depuis sa propre thérapie avec les Alcooliques anonymes. « C’est là que j’ai réalisé que tu peux tout perdre et ça m’a décidé à utiliser ma notoriété pour créer une fondation, puis peut être un centre. […] Là, ça fait à peu près huit ans qu’on parcourt le Québec pour trouver un endroit. »

Cependant, malgré une enveloppe de 6 millions débloquée par le ministère de la Santé pour aider les ressources certifiées en dépendance, la renaissance de Mélaric aura été de courte durée.

Aujourd’hui, Robert Piché reconnaît que son plan de relance était probablement trop « agressif et optimiste ». Il fallait maintenir le nombre de résidents à 80 pour compenser les dépenses liées à la vétusté des lieux et aux mises aux normes, confirme l’actuel directeur général du centre, Robert Gauthier. « Pour moi, dès le départ, ça ne pouvait pas marcher avec ces charges-là. […] Dès mon arrivée, je n’avais aucun doute que le centre allait, à terme, fermer. »
1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 7 août 2017 08 h 48

    Rions un peu.... Même si c'est pas drôle....
    Les patients de Mélaric, seraient bien mieux s'ils étaient ...réfugiés!
    Ils seraient logés, nourris dans le parc olympique....
    Pas vrai? Et en plus ils auraient le gros Coderre à l'accueil
    Et ils auraient une manifestation de bonnes gens pour les accueillir, avec des pancartes bilingues!