Des sinistrés revivent un cauchemar

Mebarak Hichem vit à l'hôtel avec son bébé de neuf mois.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mebarak Hichem vit à l'hôtel avec son bébé de neuf mois.

Au lendemain d’un orage violent qui a provoqué un refoulement d’égout dans leur rue et jusque dans leur résidence, des sinistrés d’Ahuntsic-Cartierville à bout de nerfs ont lancé un cri du coeur aux élus municipaux mardi afin que des réparations d’urgence soient entreprises sur leur rue.

L’exaspération de Mebarek Hichem et de Juan Ramírez est flagrante. Encore très ébranlés par les inondations du printemps dernier, les deux résidants de la rue Cousineau ont l’impression de revivre un cauchemar depuis lundi.

Pourtant, les refoulements dans leur rue ont lieu régulièrement depuis des années. « La rue est inondée environ quatre fois par année. Ça fait dix ans que j’habite ici, c’est toujours comme ça », regrette M. Ramírez. Son voisin d’en face confirme ses propos : « À chaque pluie forte ou orage, il y a un refoulement d’égout. »

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Juan Ramírez a reçu environ 30 centimètres d’eau dans son sous-sol lors de l’orage de lundi.

Des traces de boue séchée causées par le débordement étaient bien visibles sur la rue lors du passage du Devoir. « Ça cause des odeurs et c’est dangereux pour les enfants qui jouent dehors », souligne M. Ramírez.

Un contremaître a nettoyé la rue mardi matin, mais cela ne suffit pas, clament les résidants, qui demandent à la Ville de Montréal d’entreprendre des travaux afin d’éviter de futurs refoulements. « Je ne comprends pas comment ça se fait que ça dure depuis tant d’années », soupire M. Ramírez.

La rue est inondée environ quatre fois par année

 

Détresse psychologique

Les résidants prennent leur mal en patience depuis des années, mais depuis les inondations au printemps, ils n’en peuvent plus. « La Ville a mis des dizaines de millions cet été pour des travaux sur le boulevard Gouin, mais elle laisse les sinistrés à deux pas de là souffrir », déplore M. Hachim.

Depuis trois mois, le locataire vit dans un hôtel avec sa conjointe et son bébé de neuf mois. En arrêt de travail, il est suivi par un psychiatre.

« Moi aussi, je suis stressé », déclare M. Ramírez d’une voix tremblotante. Ce serait le cas de la majorité des résidants de la rue Cousineau, avancent les deux hommes. « Un voisin a même eu une crise cardiaque », déplorent-ils.

Les deux hommes reprochent principalement aux élus de leur manquer de respect alors qu’ils vivent de la détresse psychologique depuis des mois. « Ils sont occupés par les jeux de lumière du pont et par les voitures électriques de la Formule E, pendant ce temps ils laissent tomber les citoyens », laisse tomber Mebarek Hachim.

Ils dénoncent aussi la lenteur des procédures pour recevoir leurs indemnités ainsi que le manque de communication de la part des instances publiques. « Qu’est-ce que la Ville et le ministère ont fait pour nous ? C’est la Croix-Rouge qui nous a pris en charge grâce aux dons des Québécois », déclare M. Hachim au sujet de sa famille.

Clapet de renvoi

En plus du refoulement dans la rue, Juan Ramírez a reçu à peu près 30 centimètres d’eau dans son sous-sol lors de l’orage de lundi. « Venez, venez ! » nous dit-il en nous montrant l’état des lieux.

« Ce matin, la Ville nous a dit que c’est de notre faute, parce qu’on n’a pas de clapet antiretour. Pourquoi ne nous a-t-elle pas avertis avant qu’il nous en faille un ? » demande le propriétaire, dont le sous-sol n’a pas été rénové depuis les inondations de mai.

«Si le gouvernement nous avait remboursé nos indemnités et qu’on venait de faire des rénovations, on aurait fait quoi ? » poursuit-il.

À la Ville, on affirme qu’« un ouvrage majeur de rétention au réservoir Lavigne » doit faire l’objet d’un contrat en septembre, a indiqué par courriel la relationniste Anik de Repentigny.

Ces travaux devraient durer un peu plus de deux ans. « Cet ouvrage améliorera la desserte de drainage dans ce secteur », ajoute la relationniste.

Elle précise que les pluies de lundi auraient été « d’une rare intensité ».

« Lors de telles conditions extrêmes, le ruissellement est tellement important que les drains de toit et les puisards ne suffisent pas à la tâche et un excédent d’eau s’accumule temporairement dans les points bas en surface. Il peut aussi y avoir refoulement dans les résidences s’il n’y a pas de clapet antiretour ou si celui-ci est inopérant », a expliqué Mme de Repentigny, ajoutant que la responsabilité d’installer un clapet antiretour incombe aux résidants.

1 commentaire
  • Nicole Delisle - Abonné 2 août 2017 12 h 30

    Le maire Coderre soigne plus son image que ses citoyens!

    Ainsi donc, ces citoyens vivent l'enfer chaque année et la ville n'a pas trouvé le temps et l'argent pour rendre le tout conforme à la normale. Non mais, les montréalais ne sont pas gâtés avec un tel maire! Son vrai rôle, il ne le joue pas mais quand il s'agit de se vanter, de se mettre sur la carte, là il est présent! Réparer des rues et des systèmes d'égout, ce n'est pas trop gagnant et pas assez public. Lui, il lui faut des événements dont on parle à travers le monde même si sa population souffre parce qu'il ne fait pas le travail qu'il devrait faire. La gloire, la visibilité et le jet-set sont plus
    ce qu'il recherche. Un maire qui n'est pas à l'écoute ne peut pas rester maire bien longtemps! On souhaite aux citoyens un prochain maire qui joue vraiment son rôle de
    magistrat!