Les quatre migrants retrouvés dans un conteneur sont libérés

Les quatre hommes auraient passé plus d’une dizaine de jours dans un conteneur à bord du «OOCL Montréal».
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les quatre hommes auraient passé plus d’une dizaine de jours dans un conteneur à bord du «OOCL Montréal».

Les quatre migrants retrouvés la semaine passée dans un conteneur au port de Montréal ont été libérés sous conditions vendredi, le temps que leur demande d’asile soit étudiée.

Âgés d’une trentaine d’années, les quatre hommes originaires de Géorgie sont partis de Hambourg, en Allemagne. Ils auraient passé plus d’une dizaine de jours dans la caisse métallique avant d’être retrouvés par les autorités du port de Montréal dans un état de grave déshydratation.

La Commission de l’Immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR) a confirmé vendredi que leur demande d’asile au Canada est recevable puisqu’ils détiennent des passeports authentiques et n’ont aucun antécédent judiciaire.

Leur détention n’a pas été jugée nécessaire, a indiqué le commissaire François Milo, après analyse de leur risque de fuite. Les quatre hommes retrouvent ainsi leur liberté, mais sous certaines conditions usuelles, notamment de fournir une adresse de résidence. Ils doivent justement être dirigés vers un hébergement temporaire en attendant la réponse officielle.

Leur identité et les motifs de leur demande n’ont pu être dévoilés, l’audience étant frappée d’une ordonnance de non-publication.

« C’est un bon dénouement pour eux, c’est le même processus qu’on applique à tous les demandeurs d’asile, c’est-à-dire que s’il n’y a aucun problème de sécurité et que leur santé le permet, ils sont libérés », a souligné Me Vincent Desbiens, qui les représentait, soulignant qu’ils étaient tous en bonne santé.

« Méthode draconienne »

Aux yeux de l’avocat spécialisé en droit de l’immigration, Stéphane Handfield, le groupe a eu recours à une « méthode draconienne pour chercher la protection ».

« Heureusement, ça n’arrive pas souvent au Canada, surtout ces dernières années, ça reste exceptionnel », ajoute-t-il, soulignant que les mesures de sécurité et de contrôle se sont renforcées.

Les cas dont il se souvient remontent déjà à plusieurs années ; notamment un groupe de Marocains qui avaient été interceptés en 2010 au port de Montréal, et d’autres avant eux qui n’avaient pas eu la chance de survivre.

« Pourquoi mettre ainsi sa vie en danger ? C’est difficile pour nous qui sommes en sécurité ici de comprendre », soutient de son côté la directrice du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench.

Sans connaître les motifs exacts des quatre Géorgiens, elle estime que pour prendre de tels risques il faut vraiment « être dans une situation désespérée et ne plus rien avoir à perdre ».

Barrières migratoires

Pour le directeur général de l’organisme Action Réfugiés Montréal, cet événement met en avant les barrières migratoires imposées par le gouvernement fédéral.

« Les gens sont prêts à risquer leur vie parce qu’ils ne sont pas capables de venir au Canada avec un visa normal », déplore-t-il, estimant les procédures trop lourdes pour certains pays. « Sommes-nous vraiment accueillants au Canada ? Le discours du premier ministre Justin Trudeau se veut déjà plus accueillant que celui de Donald Trump », note-t-il.

Et la situation sur le terrain en témoigne, selon Me Handfield. Depuis plusieurs mois, des milliers de migrants passent la frontière américaine illégalement pour se rendre au Canada. « Beaucoup de nos clients actuels nous disent que leur famille ou leurs compatriotes aux États-Unis se font arrêter et expulser avant même de se faire entendre sur leur demande d’asile », raconte-t-il.

L’avocat confie aussi recevoir de plus en plus de migrants haïtiens dans son bureau. Il rappelle que, depuis le tremblement de terre qui a ravagé leur pays en 2010, les Haïtiens bénéficient d’un statut de protection temporaire leur permettant de travailler légalement aux États-Unis. Du moins sous le gouvernement Obama, puisque le président Donald Trump a récemment menacé de retirer ce statut dès janvier 2018.

« Ils sont 58 000 à craindre d’être renvoyés dans leur pays, alors certains se tournent vers le Canada », affirme Me Handfield.

Selon lui, les Canadiens ne devraient pas s’inquiéter de ce soudain afflux de réfugiés. Il explique que le nombre de demandes d’asile il y a une vingtaine d’années dépassait les 35 000 annuellement. « En ce moment, on en reçoit 20 000, c’est loin de ce qu’on a connu. On est capable de gérer. »