«Vive le Québec libre!»: un René Lévesque estomaqué

L'ex-premier ministre du Québec René Lévesque
Photo: Jerry Donati Le Devoir L'ex-premier ministre du Québec René Lévesque

René Lévesque est là lorsque le général de Gaulle prononce, le 24 juillet 1967, son célèbre « Vive le Québec libre ! ». Quelle est sa réaction ?

Gaulliste durant la Seconde Guerre mondiale — un des rares, dira-t-il —, Lévesque s’est montré plusieurs fois sensible au sens de l’État et de l’histoire du président français.

Curieux de voir ce monument vivant, il attend avec intérêt l’arrivée du général de Gaulle au Québec, comme le souligne le politologue Guy Bouthillier, spécialiste du gaullisme. Dans sa chronique du journal Dimanche-Matin publiée le 23 juillet 1967, la veille du fameux événement, Lévesque écrit : « La France n’a pas besoin de nous. Lui non plus… C’est nous qui avons besoin de la France. N’ayons pas peur de le dire. De Gaulle ne le dira pas, il le prouve avec une discrète efficacité. » Discret, de Gaulle ?

Sous le choc

Installé de l’autre côté de l’hôtel de ville au soir du 24 juillet, Lévesque regarde sur un écran de télévision, en marge d’une réception, l’allocution du général au balcon.

Première réaction : étonnement total. Lévesque est alors membre du Parti libéral. Il est entouré à l’occasion de cette visite par des collègues. Son ami le député Yves Michaud est là. Le 8 septembre 2013, l’animatrice Denise Bombardier interroge Michaud à ce sujet pour Radio-Canada. « Vous, vous étiez très, très content, non ? » demande l’animatrice. Michaud hésite, puis la corrige avec un bémol : « Moi, je suis resté sidéré. » Au journaliste André Duchesne, auteur de La traversée du Colbert, le même Yves Michaud explique à quel point il était alors tétanisé, médusé, « plus capable d’analyser ». Et Lévesque ? Selon le souvenir de Michaud, le député de Gouin dit à peu près ceci : « Baptème qu’il va vite. »

J’étais tellement en maudit contre lui à ce moment-là. Aucun sens historique. Incapable d’analyser quoi que ce soit. Comme si le général de Gaulle venait nous dire quoi faire.

Le Devoir du 25 juillet reproduit les impressions de Lévesque, en marge de la réception de cette soirée. René Lévesque qualifie le discours du général de « chef-d’oeuvre du brinkmanship intercanadien ». Brinkmanship est une expression employée dans la langue des relations internationales pour désigner une action dangereuse. De Gaulle, ajoute Lévesque, a réussi à souligner en quelques phrases « toute l’ambiguïté de notre situation de francophone au Canada ». Mais est-il enthousiaste, comme il le dira après coup ? Fidèle à sa manière, il montre en tout cas beaucoup de mesure et de prudence dans sa déclaration à chaud. Lévesque ajoute d’ailleurs, sans vouloir nommer qui que ce soit, que le propos du général devant les notables réunis après son discours « a provoqué des grimaces chez certains convives ». L’univers de Lévesque n’est pas, en tout cas, celui des indépendantistes qui clament haut et fort leur joie, hors de l’hôtel de ville de Montréal.

Robert Bourassa était là lui aussi au moment du discours du balcon. Le biographe Pierre Godin rapporte le sentiment que Bourassa semble alors percevoir chez Lévesque : pas de réaction de franche hostilité, « mais un effet de surprise le paralyse quelques secondes ». Dans une autre narration du même événement, Godin rapporte qu’« Yves Michaud et Robert Bourassa paraissent aussi perplexes que lui devant les envolées oratoires du président ».

Pierre Bourgault, le président du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), se trouvait du côté de la foule. Il a raconté à sa manière enflammée l’événement : « Comment René Lévesque a réagi à ça ? Il a dit : “ C’est un vieux fou. Il n’a pas à nous dire ça. On est capable de le faire tout seul. ” Maudit épais. J’étais tellement en maudit contre lui à ce moment-là. Aucun sens historique. Incapable d’analyser quoi que ce soit. Comme si le général de Gaulle venait nous dire quoi faire. »

Il est bien vrai que le président du RIN en a alors beaucoup contre les atermoiements de Lévesque au sein du Parti libéral. Mais il est faux en revanche de prétendre que Lévesque a été, comme l’affirme Bourgault, si loin dans une appréciation négative du général de Gaulle en ce 24 juillet 1967.

Hésitation ?

Lévesque a-t-il hésité quant au sens et à la portée à donner au discours brûlant du général de Gaulle ? Dans sa chronique du Dimanche-Matin datée du 30 juillet, écrite après le coup de tonnerre du discours du 24, Lévesque écrit : « Un homme […] méritait ce triomphe, qui le mérite encore, qui continue d’avoir droit, pour bien des choses essentielles, à notre reconnaissance comme à notre admiration. C’est pourquoi je ne vois aucune raison de ne pas terminer ma chronique à peu près comme dimanche dernier : vive de Gaulle — et d’abord pour nous-mêmes. »

Reste que Lévesque n’a pas encore quitté le parti dirigé par Jean Lesage pour lancer le Mouvement souveraineté-association, duquel naîtra le Parti québécois, en 1968. Politicien aguerri, il perçoit certainement les ennuis diplomatiques que peut causer cette sortie quelque peu intempestive d’un chef d’État étranger à l’heure du centenaire de la Confédération. En date du 2 août 1967, dans une lettre privée que pointe Guy Bouthillier, Lévesque écrit à son chef Jean Lesage que ce discours a constitué une « formidable injection de fierté », bien que « dans la forme, [de Gaulle] a sans soute franchi les bornes des bonnes manières ». Comme toujours, Lévesque pèse le pour et le contre, mettant les choses dans la balance jusqu’à mettre un certain temps à incliner résolument d’un côté.

Peut-être la réaction initiale de Lévesque, quelque peu médusée, tenait-elle à l’impression de s’être fait voler l’événement par ses adversaires politiques du RIN ? Dans les explications de cette journée marquante, la thèse voulant que de Gaulle ait été inspiré ou à tout le moins soutenu par les militants du RIN brandissant à bout de bras, tout le long du Chemin du Roy, des affiches en appelant au « Québec libre » n’est certainement pas à rejeter complètement. Reste que le chef d’État français n’était pas un homme susceptible de voir son jugement facilement infléchi. La thèse d’un acte dûment réfléchi et parfaitement délibéré de la part du général de Gaulle ne cesse d’ailleurs d’être accréditée par les historiens.

En 1978, en guise de préface à un livre de Pierre-Louis Mallen, Lévesque résume pour ainsi dire son rapport personnel à l’événement : « Son "Vive le Québec libre !" ? Rappelons-nous notre stupeur accompagnée d’une brusque et ardente chaleur montant du fond de notre coeur… »

22 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 24 juillet 2017 04 h 30

    Estomaqué ?

    Texte très révélateur sur René Lévesque et le « Vive le Québec libre » du Général, mais a-t-il été « estomaqué » comme le signale le titre, lui qui s'est dit stupéfait et avoir ressenti « une brusque et ardente chaleur montant du fond du cœur ».

    Nombre de Québécois et de Québécoises -et j'en suis- ont ressenti cette chaleur en eux. Une chaleur qui anime tellement elle brûle tout ce qui retient l'élan. Le Général a fait écho a ce qui a rejoint au fond du cœur ceux et celles qui vivent au Québec et entendent faire en sorte que leur patrie devienne leur pays.

    Ils ne pouvaient pas être estomaqués. Stupéfaits, peut-être, s’ils ne prônaient pas cette idée et n’étaient pas au courant des plans du Général. Mais l’important est plutôt que ceux qui reçurent ce « vive le Québec libre » aient ressenti une chaleur ardente les envahir.

    Cette chaleur n'est pas celle de la nostalgie. Elle est celle de la liberté et du rejet de tout ce qui la contre. Elle n'a pas sa source dans le passé, mais dans le présent et se ressent chez ceux et celles qui, au Québec, pensaient fonder un pays libre du Canada.

    C'est une chaleur qui trace une ligne entre un « nous » politique et un « autre » aussi politique. Le « Vive le Québec libre » traçait cette ligne.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 24 juillet 2017 18 h 44

      «Cette chaleur n'est pas celle de la nostalgie. Elle est celle de la liberté et du rejet de tout ce qui la contre.» (C. Bariteau)

      Quoi de mieux que de citer Bourgault ce fameux soir du 24 juillet 1967:
      «Quand il a crié 'Vive le Québec libre', les bras m'en sont tombés. Oui, voyez-vous, ça fait sept ans que je crie ce slogan au Québec. Mais peu de gens m'écoutent. Il suffit que de Gaulle vienne ici, le dise, une fois seulement pour que le monde entier l'entende. C'est que lui, de Gaulle, est un homme libre. Moi, je ne le suis pas...». (Bourgault cité in Paris-Match)

      «Puis la foule se dispersa à travers le vieux Montréal. Je partis à pied avec quelques amis. Nous nous arrêtâmes quelque part pour prendre une bière. Nous étions si étonnés et ravis que tout ce que nous arrivions à dire c'est: 'Il l'a dit, il l'a dit'. Cette phase d'un seul coup venait de projeter le Québec sur la carte du monde.

      Ce geste spectaculaire me fit dès lors comprendre une chose fort importante. C'était là en effet le geste d'un contestataire. Un geste qui ébranlait tout un régime, tout un système. Je venais de comprendre que de Gaulle avait attendu deux choses pour poser son geste: d'abord que les circonstances s'y prêtent et deuxièmement qu'il puisse frapper fort à partir d'une position de force.

      C'est ce qui se passa ce soir là. Un soir historique.

      Le lendemain, les notables ['l’agitation insignifiante' dira de Gaulle] avaient l'air de petits notaires de province. Le Général, dans sa fierté hautaine, ne daigna même pas répondre aux propos indignes et mesquins de ce petit homme, Jean Drapeau, qui crut sauver 'l’honneur de la race' en se faisant applaudir par les Anglais. Il crut sans doute 'avoir mis le Général a sa place'. Il avait sûrement raison. Mais il ne se doutait pas qu'il faut une foule de petits hommes, comme lui, pour donner leur véritable stature aux plus grands. C'est ça 'remettre le Général à sa place'».
      C'est ça du Grand Bourgault
      In Écrits polémiques, 1960

    • Pierre Fortin - Abonné 24 juillet 2017 19 h 24

      Monsieur Bariteau, il faut tenir compte des semaines qui suivirent ce discours.

      Les libéraux se sont déchirés en août de la même année sur l'enjeu du " Maîtres chez nous " qu'ils avaient allumé dans le cœur des Québécois et qui, dans son abandon lors de leur congrès, a mené au schisme que l'on connaît.

      René Lévesque était en profonde réflexion : « C’est là-dessus que je m’étais promis de réfléchir à tête reposée pendant ces quelques jours. Il faut avouer que je n’y suis pas arrivé comme je le voulais. » Cette phrase était adressée à Jean Lesage dans une lettre du 2 août, une semaine après la venue de Charles de Gaulle et tout juste avant la tenue du Congrès du Parti libéral qui poussait René lévesque dans ses retranchements.

      Il faut connaître son état d'esprit, tel qu'il l'exprime lui-même, dans cette lettre qu'on retrouve à la fondation René Lévesque : " Projet de lettre adressée à Jean Lesage (2 août 1967) ", http://fondationrene-levesque.org/rene-levesque/ec

      On remarque aussi que, depuis ce temps, les libéraux n'ont changé en rien.

    • Pierre Fortin - Abonné 25 juillet 2017 09 h 53

      Et tant qu'à y être Monsieur Bariteau, pourquoi ne pas citer quelques mots tirés de cette lettre de René Lévesque au sujet du Général :

      « Enfin, il y a le fait indiscutable que de Gaulle, sachant ce qu’il faisait et le faisant pour des motifs qui, en grande partie, dépassent probablement nos frontières, n’a tout de même pas su jusqu’où il pouvait aller trop loin. Qu’il ait eu tort ou raison sur le fond, c’est une autre affaire – en fait c’est notre affaire, que nous seuls avons à régler. Mais, dans la forme, il a sans aucun doute franchi les bornes des " bonnes manières ".

      « Il n’en demeure pas moins qu’à mon avis, sa visite a été, dans l’ensemble, une formidable injection de fierté et, surtout, la plus belle occasion que nous ayons jamais eue de briser notre isole­ment, de sentir que notre langue et sa culture, bien loin d’être des vieilleries déclinantes, font partie d’un grand ensemble qui, même s’il n’est pas le plus gros, a autant de vie et de santé que tous les autres dans le monde d’aujourd’hui. Ces quelques jours nous auront permis de nous sentir moins seuls, mieux connus, donc plus forts et plus prêts à croire que ça vaut la peine de ne pas lâcher. Rien que pour ça, et mal­gré les accrocs, ça restera l’un des événements les plus " ravigotants " qu’on ait vécus.

      « C’est bien ainsi que l’ont compris tous ceux qui ne nous aiment pas. Il y en a un grand nombre au Canada, même parmi nous, de ces gens qui endurent les Canadiens français à condition qu’ils soient bien sages, qu’ils ne se prennent pas pour " d’autres " et qu’ils confirment périodiquement l’image rassurante qu’on s’acharne à se faire d’eux : la pittoresque survivance indigène appelée tôt ou tard à se perdre genti­ment dans le paysage.

      « Trop de ces gens, dans les journaux anglais comme dans la rue, et jusqu’aux bureaucrates fédéraux – qui avaient fini par l’admettre — ont fait de leur mieux pour gâter le climat bien avant l’arrivée du général [...] »

  • Michel Lebel - Abonné 24 juillet 2017 05 h 52

    Le ''nous'' versus ''l'autre''


    Je ne carbure pas à cette distinction, entre ce dualisme entre ''nous'' et ''l'autre''. Je ne crois pas d'ailleurs que c'est ainsi que le démocrate Lévesque voyait les choses. Cela me fait hélas penser à un certain discours de Jacques Parizeau... Toujours considérer comme un ennemi celui qui ne pense pas comme soi! Je ne marche pas dans cette parade. Elle ne peut que produire le conflit perpétuel.


    M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 24 juillet 2017 09 h 12

      Il y a un « nous » politique et un « autre nous » politique entre le Canada et les États-Unis. En fait entre tous les pays reconnus par les Nations Unies.

      Ça n'a rien à voir avec la vision de René Lévesque ni celle de Jacques Parizeau. Ça relève de choix politiques.

      Le choix recherché par Lévesque en est un de « souveraineté-association » qui impliquait une révision de l'organisation politique interne au Canada.

      Celui de Parizeau, présenté en 1995, minimisait l'association avec le Canada, car dans le cadre de l'ALÉNA, en vigueur en 1994 après l'ALE de 1988, l'association économique passant par les États-Unis, le Canada puis le Mexique, ce qui changeait le cadre de 1980.

      Avec Parizeau, le « nous » politique devenait celui du Québec et les autres nous, ceux du Canada, des États-Unis et du Mexique avec lesquels il entendait s'associer économiquement.

      Dans les deux cas, l'autre n'était pas un ennemi, mais un « nous » politique autre. Parade il n'y avait pas, quoi que vous avancez. Pas plus d'ailleurs qu'un perpétuel conflit parce que un conflit n'était pas recherché, ni envisagé comme perpétuel.

      Je note que ce n'est pas le cas pour vous, peut-être que vous imaginez que les « autres nous », dont celui du Canada, n'en démorderaient pas. C'est un point de vue, rien d'autre, qui ne tient pas la route lorsqu'on fait référence à des cas d'indépendance à l'échelle internationale.

    • René Bourgouin - Inscrit 24 juillet 2017 10 h 54

      "Toujours considérer comme un ennemi celui qui ne pense pas comme soi!"

      C'était pourtant la mentalité de personnages comme Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien. Vous ne marchez pas dans cette parade non plus j'espère? Considérez vous la "parade" avec autant d'aversion lorsqu'elle provient de fédéralistes que lorsqu'elle provient de souverainistes?

      En passant, aucun rapport entre votre commentaire et l'article.

  • Pierre Schneider - Abonné 24 juillet 2017 05 h 59

    François Aquin

    Il ne faudait pas évacuer de l'histoire le député libéral François Aquin qui a eu le grand courage de quitter son parti pour siéger comme indépendant à la suite de ces événements marquants.

    • André Joyal - Inscrit 24 juillet 2017 09 h 27

      C,est vrai. Mais, coment expliquer que l'on n'en ait plus entendu parler dans l'année qui a suivi?

    • André Joyal - Inscrit 24 juillet 2017 21 h 44

      @ Robineault: je savais que François Aquin n'était pas décédé en 1968. Ce que j'aimerais savoir c'est pourquoi ceci:
      « Adhéra au Mouvement souveraineté-association en décembre 1967 et le quitta à l'été 1968. Démissionna de son poste de député le 20 novembre 1968.»

      Pourquoi ces 2 décisions?

      Je me souviens que P. Bourgeault a dit que F. Aqauin avait la classe d'un député français.C'est vrai qu'à cette époque les députés français avaient une certaine classe. Aujourd'hui? Bof!

  • Gilles Bonin - Inscrit 24 juillet 2017 06 h 42

    «Ben quoi?»

    Puisque tu ne savais pas, toi-même, quoi faire... Et le reste de l'aventure du PQ a été à l'avenant...

  • Jean Lapointe - Abonné 24 juillet 2017 07 h 40

    De Gaulle a peut-être nui à la cause de l'indépendance.

    «La thèse d’un acte dûment réfléchi et parfaitement délibéré de la part du général de Gaulle ne cesse d’ailleurs d’être accréditée par les historiens.» (Jean-François Nadeau)

    Réfléchi ou pas moi je suis bien content qu'il l'ait fait mais ce que je déplore c'est que ça n'a pas donné le résultat espéré.

    Finalement ça nous a peut-être nui parce que ça a peut-être renforcé la volonté de nos adversaires d'écraser le mouvement.

    Ça a peut-être joué contre nous parce que nous sommes en 2017 et nous ne sommes pas plus avancés.

    De Gaulle a peut-être fait prendre conscience aux fédéralistes que la menace étant plus grande qu'ils le pensaient et ils en ont pris acte.

    C'est aussi peut-être ce que René Lévesque a craint.

    Mais on ne le saura jamais avec certitude.Ce qu'on sait avec certitude par contre c'est que nous ne sommes pas sortis du bois avec Couillard et Trudeau au pouvoir.