Une autre cycliste frappée mortellement par un camion dans Rosemont

Le tragique accident est survenu sur la rue Bélanger, à l’intersection de la 6e Avenue.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le tragique accident est survenu sur la rue Bélanger, à l’intersection de la 6e Avenue.

Une cycliste de 41 ans a perdu la vie vendredi après avoir été frappée par un camion à benne basculante de 12 roues, dans le quartier Rosemont, à Montréal. Ce deuxième accident mortel de l’année impliquant un cycliste dans la métropole ravive le débat sur la place des véhicules lourds en ville.

Le drame est survenu vers 9 h 25, lorsque le camion, qui circulait en direction est sur la rue Bélanger, a fait un virage vers le sud pour emprunter la 6e Avenue. La cycliste circulait parallèlement au camion sur la rue Bélanger. « Elle était possiblement dans l’angle mort du camionneur », a indiqué le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Jean-Pierre Brabant.

Le décès de la victime a été constaté dès l’arrivée des services d’urgence. Le chauffeur du véhicule, un homme de 49 ans, a été transporté à l’hôpital pour choc nerveux. Il devait être interrogé par les enquêteurs en soirée, a avisé M. Brabant.

Une enquête a été ouverte afin de connaître les causes de ce tragique accident. « Il semble que rien d’illégal n’aurait été commis, il s’agirait plutôt d’un malheureux concours de circonstances », a déclaré le porte-parole du SPVM.

Le camion n’avait aucune défectuosité et sa visibilité interne était « très bonne », rapporte le porte-parole de Contrôle routier Québec, Félix Santerre. On ne sait pas si le véhicule était muni de miroirs convexes.

Si la famille de la victime le permet, un vélo fantôme — entièrement peint en blanc — sera installé au cours des prochains jours sur les lieux du drame à la mémoire de la cycliste, a fait savoir Vélo fantôme Montréal.

Les camions remis en question

« C’est alarmant de voir qu’un poids lourd est impliqué dans quasiment chaque décès de cycliste à Montréal », déplore la porte-parole de Vélo Québec, Magali Bebronne.

Ce drame ravive le débat sur la cohabitation entre les usagers de la route à Montréal. Selon Vélo Québec, il faut remettre en question la place des camions en ville. « Il semble que l’industrie du camionnage ne veut pas faire partie de la solution », avance Mme Bebronne.

Un reproche que n’en peut plus d’entendre le président de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux, qui assure collaborer pleinement pour une meilleure cohabitation.

« L’industrie s’ajuste. Un très fort pourcentage de nos camions ont des miroirs convexes et on fait de la sensibilisation sur les angles morts », indique M. Cadieux, précisant que le véhicule impliqué vendredi n’est pas représenté par son association.

À son avis, il serait irréaliste d’interdire la circulation des camions en ville, comme le proposent certains groupes de défense de cyclistes. Il ajoute que des mesures suggérées par ces associations ne feraient qu’entraîner d’autres problèmes. « On nous a demandé de circuler la nuit, mais les gens ne veulent pas se faire réveiller par des camions dans leur ruelle », cite en exemple M. Cadieux.

L’Association du camionnage prône plutôt une meilleure cohabitation routière. Tout comme Vélo Québec, elle recommande d’améliorer les aménagements cyclables de Montréal.

Vision Zéro

Tous les yeux sont désormais tournés vers la Ville de Montréal, dont le plan d’action Vision Zéro est attendu d’ici la fin de l’été. En septembre 2016, elle a adhéré aux principes de Vision Zéro, une approche inspirée de la Suède qui signifie qu’une ville ne tolère aucun décès sur la route.

La Commission des transports de la Ville a formulé 30 recommandations au printemps, après avoir mené des consultations publiques. Elle suggère de prioriser les usagers les plus vulnérables de la route.

« Nous sommes en train d’étudier la faisabilité des recommandations », affirme l’élu responsable des transports au comité exécutif de la Ville de Montréal, Aref Salem, qui promet de déposer le plan d’action d’ici la fin de l’été.

Par ailleurs, la réforme du Code la sécurité routière du Québec, promise en 2014, est toujours attendue. « Le dépôt des documents finaux se fera au début de la prochaine session parlementaire », a fait savoir une porte-parole du ministère des Transports vendredi.

9 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 14 juillet 2017 12 h 43

    Partager le risque des angles morts


    À ma connaissance, il n’y pas de piste cyclable sur la rue Bélanger. On espère que le chauffeur du camion avait bien signalé à l’avance son intention de tourner à droite en allumant son clignotant. S’il a bien respecté son code de la route, cet autre accident démontre combien il est risqué pour les cyclistes de ne pas suivre le flot de la circulation et de circuler dans une 2ième voie qu’ils se sont créés, mais qui n’existe pas nécessairement pour tous les autres. Le risque partagé par les automobilistes et les cyclistes est bien celui de l’angle mort qui peut devenir mortel.

    Marc Therrien

    • Carole Gamache - Abonnée 14 juillet 2017 16 h 28

      Tout à fait! S'il y a piste cyclable sans stop ni feu, le cycliste a la voie libre de poursuivre et l'automobiliste doit attendre. Du moins je le crois. Toutefois, s'il n'y a pas piste cyclable et que le véhicule moteur "signale", le vélo qui est alors en zone grise ne peut pas couper le véhicule par la droite. Du moins encore une fois, je le crois. Qu'en est-il vraiment?

  • Gilles Chaumel - Abonné 14 juillet 2017 15 h 56

    Les angles morts...

    Cette vidéo qui explique tout. https://www.dailymotion.com/video/x2blcgq

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 14 juillet 2017 16 h 12

      Vidéo très instructive en effet. Une vidéo semblable devrait être diffusée ici. Ce serait peut-être plus efficace que les commentaires venimeux qui ont cours tant dans les médias que sur les routes.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 14 juillet 2017 18 h 31

    La faute incombe toujours à celui qui est le plus lourd

    En Belgique, c'est ce que dit en substance le code de la route en cas d'accident. Pour ma part, cycliste et piéton à Montréal depuis des décennies, je croise trop souvent des conducteurs de véhicules qui passent sur des feus devenus rouges, qui tournent de jour à gauche à des intersections où cette manoeuvre est interdite jusqu'à 22h, qui s'arrêtent à une intersection en plein milieu de la traverse pour piétons, qui ne respectent pas la priorité donnée aux piétons pour le passages piétonniers, roulent le cellulaire à la main et je pourrais continuer encore longtemps. Certains vont me rétorquer que les piétons et les cyclistes ne respectent pas eux aussi souvent le code. D'accord, mais ils ne sont pas assis sur 2 tonnes de métal, juchés dans un VUS, circulant à plus de 50 km/h dans la ville, ne reconnaissant même pas les limites imposées près des écoles ou des parcs. Ils ne risquent pas ou beaucoup moins d'estropier ou de tuer. Alors quand j'entends parler qu'un(e) cycliste ou un piéton vient d'être fauché par un plus lourd que lui, je pense à la logique belge qui a "civilisé" la conduite de certains. J'en vois trop qui croient que la rue leur appartient, mais qui le camoufflent bien quand, par malheur, ils frappent des plus frèles qu'eux.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 15 juillet 2017 08 h 12

      Je suis aussi une cycliste expérimentée et je constate la même chose que vous. Ce qui est désolant est que la Ville de Montréal ne semble pas avoir la volonté politique de s'attaquer à bras-le-corps au traffic urbain. Récemment je voyais que 500 000 véhicules supplémentaires circulaient sur l'île de Montréal.

  • Martin Desruisseaux - Abonné 14 juillet 2017 20 h 19

    Une autre façon de voir le partage de la route

    J'habites en France depuis maintenant 15 ans, où j'utilise la bicyclette une heure par jour pour me rendre au travail. Ici, les cyclistes n'hésitent pas à monter sur le troitoir quand ils jugent trop dangeureux le partage de la route avec les véhicules. C'est en principe interdit, mais largement toléré. Je n'ai pas encore vu la mairie de Montpellier réagir d'une manière qui repousserait les cyclistes vers les voitures. Elle réagit plutôt par la création de plus de pistes cyclabes, parfois en rognant très largement sur certaines routes. J'ai vu au moins une route devenir à sens unique afin d'en libérer une moitiée pour les vélos. On pourrait objecter que monter sur les trotoirs (en attendant les pistes cyclabes) pose un risque pour les piétons, mais dans les endroits habitués à la cohabitation cyclistes-piétons ça me semble bien se passer. Les cyclistes ralentissent et font attention (en retour, des piétons utilisent les pistes cyclables pour leur promenade sans être gênants pour autant). Quand il y a une collision sérieuse (je n'en ai vu que 2 en 15 ans), elles ne sont pas mortelles, contrairement aux collisions impliquant une voiture ou un camion. Au Canada il y a une politique plus stricte du respect de certaines rêgles, mais il me semble que ça aboutit parfois au résultat inverse comme lors de la mort d'une cycliste sous le viaduc Saint-Denis en 2014 (avant que Montréal n'autorise le partage des troitoirs dans ce genre de situations). Et surtout, j'ai l'impression qu'il y a une plus forte opposition à réduire l'espace accordée aux voitures pour en redonner aux cyclistes et piétons.

  • Jean Richard - Abonné 16 juillet 2017 11 h 16

    Le SPVM fait partie du problème, pas de la solution

    M. Coderre peut toujours tenter de nous séduire avec ses beaux discours portant sur la Vision Zéro, ses discours seront vains s'il ne réussit pas à changer la vieille culture qui perdure au SPVM, culture qui place ce corps policier aux antipodes des résultats recherchés.

    « Elle était possiblement dans l’angle mort du camionneur »

    « Il semble que rien d’illégal n’aurait été commis, »

    « il s’agirait plutôt d’un malheureux concours de circonstances »

    L'angle mort ? Pourrait-on trouver mieux pour excuser la négligence ? S'il existe cet angle mort, on devrait le définir ainsi : le secteur où on ne dirige pas un véhicule car on ne sait pas ce qui s'y trouve.

    Rien d'illégal ? D'accord, le code de la sécurité routière autorise les conducteurs de véhicules motorisés à tuer quelqu'un d'autre sans que des poursuites criminelles ne puissent être intentées (car après tout, ce code repose sur un principe de non-responsabilité, le sans égard à la faute). Mais le CSR est-il le seul code à régir le comportement humain en société ?

    Et un malheureux concours de circonstances ? Mais oui, mais oui ! Pour banaliser la négligence, peut-on trouver mieux ?

    La légèreté, voire la vacuité avec laquelle les porte-parole du SPVM livrent leur jugement aux médias alors que les corps des victimes sont encore chauds a quelque chose de déconcertant.

    M. Coderre, se pourrait-il que le SPVM soit dans l'angle mort de votre vision zéro ? Dans ce cas, il ne reste qu'à souhaiter que par un malheureux concours de circonstances, vous vous retrouviez dans l'angle mort des électeurs qui, en novembre prochain, vous rappelleront que vos gestes n'ont pas très bien suivi votre discours.