Inondations: au sec, mais toujours dans le noir

Martin Coiteux ne reculera pas sur l’interdiction de reconstruire les habitations trop gravement endommagées et situées dans une zone inondable 0-20 ans.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Martin Coiteux ne reculera pas sur l’interdiction de reconstruire les habitations trop gravement endommagées et situées dans une zone inondable 0-20 ans.

Tandis que la veille des sinistrés ont déploré les délais pour recevoir le rapport d’inspection de leur propriété à la suite des inondations printanières, Québec a assuré mardi faire son « maximum » pour les terminer et les remettre tous d’ici cinq semaines.

« Il y a 92 % des personnes qui ont fait une demande au gouvernement qui ont déjà reçu la visite d’un inspecteur et 400 rapports ont déjà été remis et, au rythme où on va, d’ici cinq semaines, toutes ces personnes auront en main le rapport qui indiquera si les dommages à leur résidence sont mineurs, majeurs ou si leur maison sera une perte totale », a fait valoir le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT), Martin Coiteux.

Le ministre a fait le point mardi au lendemain des consultations publiques sur la reconstruction en zone inondable menées simultanément dans 17 municipalités du Québec.

« Les consultations sont là pour améliorer le décret. On va prendre les prochains jours pour analyser ce qui a été dit et voir quelles sont les modifications qu’on peut y apporter, et il va y en avoir », a assuré M. Coiteux.

Québec entend adopter d’ici le prochain mois un décret qui prévoit un cadre plus strict pour les zones inondables. Le gouvernement veut interdire la reconstruction d’une résidence considérée comme une perte totale, c’est-à-dire dont les coûts des travaux représentent de 50 à 65 % de la valeur de la maison, si celle-ci se trouve dans une zone inondable 0-20 ans.

Les rencontres de lundi se sont transformées en exutoire pour les 2000 participants. Plusieurs y ont dénoncé les délais pour connaître le sort qui sera réservé à leur résidence.

M. Coiteux mentionne que le gouvernement « met les bouchées doubles ». Québec a notamment engagé 90 personnes supplémentaires dans les dernières semaines pour accélérer le traitement des demandes. D’autres bureaux permanents seront ouverts à Montréal, Rigaud et Gatineau, qui sont les villes ayant été les plus touchées par les inondations.

Se disant conscient de la difficile épreuve qui a touché des milliers de Québécois, le ministre a insisté sur le caractère exceptionnel et historique des crues du printemps. Au total, 278 municipalités ont été touchées par les inondations, 5000 résidences inondées et plus de 4000 personnes évacuées.

Selon le ministre, on ne peut « faire semblant » et « ignorer » les impacts des changements climatiques.

« On ne peut pas se permettre de faire comme si ce n’était pas des zones inondables et de reconstruire tel quel. C’est quelque chose qu’on ne peut pas envisager parce qu’on ne mettra pas en jeu la sécurité des personnes », a insisté M. Coiteux.

Même s’il s’est dit ouvert à « améliorer » le décret, le ministre n’a pas l’intention de plier aux demandes de villes qui espèrent être exemptées. Il a d’ailleurs rappelé que les restrictions de reconstruction sont déjà prévues à la loi. « Les principes sont les mêmes pour tous », a dit M. Coiteux.

Le maire de la Ville de Gatineau lui avait notamment fait parvenir une lettre pour lui demander de reconsidérer l’application de ce décret qu’il n’hésite pas à qualifier « d’erreur ».

Entre-temps, la Ville de Gatineau délivre des permis de rénovations aux sinistrés « conformément à la loi ».

« La politique actuelle permet aux municipalités de délivrer des permis de rénovation ; ce qu’elle interdit, c’est une reconstruction. La loi ne définit pas actuellement ce qu’est une perte totale, et pour nous c’est une erreur de dire que la perte d’une maison sera évaluée en fonction du coût que représentent les travaux par rapport à la valeur foncière », explique Catherine Marchand, directrice de l’aménagement du territoire à la Ville de Gatineau.

Choc post-traumatique

La soirée de lundi est également venue confirmer que plusieurs sinistrés vivent une détresse. Plusieurs se sentent abandonnés et accusent le gouvernement de ne rien faire pour eux.

« On va se le dire, il y a un choc post-traumatique. Plusieurs ont tenté de sauver leur résidence, ont finalement dû évacuer. Souvent, l’après est plus difficile que le pendant », souligne Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Santé publique et responsable de la région de la Montérégie.

Elle insiste sur les ressources psychosociales mises en place par le gouvernement.

« Le mot peut faire peur, mais les gens doivent parler, doivent se sentir écoutés. En ce moment, s’ils ont besoin d’évacuer, il faut qu’ils sachent que des gens sont là pour eux », insiste-t-elle.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 12 juillet 2017 08 h 04

    Délais

    Si ça prend tant de temps à examiner les dossiers c'est peut-être que les critères sont trop compliqués, comme on fait souvent au Québec, de peur de la critique.

  • Nicole Delisle - Abonné 12 juillet 2017 08 h 09

    Ce n'est pas avec cette réponse que la détresse s'envolera!

    M. Coiteux a beau essayer de se faire rassurant, mais il vient d'augmenter d'un cran
    la détresse éprouvée par tous les sinistrés. Une belle réponse bureaucratique et politique, mais sans aucune humanité! Les faire attendre encore cinq semaines, cela amène à la fin du mois d'août, c'est inconcevable! Et je suppose que la reconstruction des maisons ou les réparations devront se faire en automne ou même en hiver si le reste du processus suit le cours du gouvernement? Passeront-ils même Noël dans leur
    nouveau chez-soi? Il y a lieu d'en douter! Le ministre lui pourra se permettre de fêter, mais pas les nombreux sinistrés qui sont soumis à cet horaire absurde! Un autre cafouillage s'ajoute à la liste du gouvernement! À l'approche des élections, cela leur fera un beau bilan!