Le Canada devra accueillir plus de réfugiés, dit le nouveau représentant canadien du HCR

Un réfugié prioritaire sur deux est un enfant.
Photo: Delil Souleiman Agence France-Presse Un réfugié prioritaire sur deux est un enfant.

Accueillir plus de réfugiés et hausser le financement qu’il accorde à la cause : malgré sa réputation mondiale d’élève modèle, le Canada devra faire plus, estime le nouveau représentant canadien du Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), en entrevue au Devoir.

« Considérant que le Canada a besoin de 300 000 nouveaux arrivants par an pour renouveler sa population, maintenir une présence en milieu rural et faire en sorte que les cégeps et les collèges restent ouverts, il faut voir comment il peut créer plus de place pour les personnes ciblées par le HCR », soutient Jean-Nicolas Beuze, qui est en tournée de sensibilisation des différents ministères de l’Immigration. « On ne veut pas créer une source de tension, mais le Canada est vraiment dans une position unique pour apporter une solution à des gens qui n’ont justement pas de solution dans le pays d’accueil où ils sont. »

Car les besoins sont « énormes », insiste-t-il. Sur un total de 22,5 millions de réfugiés, 1,2 million sont classés comme prioritaires par le HCR : ce sont des personnes dont la survie est hautement à risque dans le pays où elles se sont réfugiées. Des journalistes et militants qui risquent d’être à nouveau torturés ou tués dans leur pays d’accueil, des femmes seules avec enfants obligées de se prostituer parce qu’elles n’ont pas d’emploi, des victimes de viols ou des malades chroniques qui ont besoin de soins médicaux… Les Africains sont particulièrement touchés, car ils constituent 40 % de cette liste des cas prioritaires. À peine 18 000 trouvent des places dans les principaux pays d’accueil, comme les États-Unis, le Canada, l’Australie et quelques pays scandinaves et d’Europe. « Ça veut dire que tous les autres, qui sont pris en Tanzanie ou au Kenya par exemple, on va devoir les soutenir et assurer leur survie… avec beaucoup moins de financement. »

Apporter sa contribution

L’État canadien apporte certes sa contribution, mais ne parraine que 9000 réfugiés en 2017, soit moins de 1 % de la liste. Les autres réfugiés accueillis le sont à travers des parrainages privés, qui ne puisent pas dans cette liste du HCR. Et le Québec ? À peine 1700 personnes seront prises en charge par l’État cette année. Encore une fois, la grande majorité des parrainages sont surtout privés (4500 réfugiés) et ne permettent pas de soulager la liste d’attente des cas urgents. « On ne demande pas au Québec et au Canada de prendre en charge les 1,2 million de réfugiés, mais de chercher à en augmenter le pourcentage », plaide encore M. Beuze, qui oeuvre depuis 20 ans pour l’ONU en Afrique et au Moyen-Orient.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-Nicolas Beuze, représentant canadien du Haut-commissariat aux réfugiés

Les États-Unis accueillent dix fois plus de réfugiés que le Canada, en plus des demandeurs d’asile qui arrivent spontanément à la frontière sud et par bateau. L’Allemagne a reçu un million de réfugiés syriens. La Turquie, 3,5 millions. La semaine dernière, l’Italie a secouru 12 000 migrants et réfugiés sur ses rives. C’est sans compter tous les pays d’Afrique qui font des efforts même s’ils n’en ont pas la capacité ni les ressources. « L’argument du Canada qui dit qu’on ne peut pas forcément faire plus résonne non pas faussement, mais… disons que c’est difficile à accepter », note M. Beuze. D’autant que des mécanismes sont déjà mis en place pour absorber cette augmentation, ajoute-t-il. « On comprend les pressions sur le système, et le but est que ces personnes puissent être intégrées. Mais la société canadienne a prouvé des milliers de fois qu’elle en est capable », dit-il encore, soulignant le cas des boat people.

Il craint que l’effort sans précédent de 2015-2016 — le Canada a alors accueilli plus de 45 000 réfugiés, surtout syriens — soit vu comme une mission accomplie, sans suite. Et quant aux freins mis par Immigration Canada et le ministère québécois de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) aux programmes de parrainage privé, il souhaite que cela ne soit pas le signe d’un désengagement. « La ministre [Kathleen Weil] s’est engagée de manière très personnelle sur la question et a assurément envie de faire des choses, mais maintenant, il faut avoir le soutien de la population québécoise pour que cette vision puisse se concrétiser », dit M. Beuze.

Élève modèle

N’empêche, le Canada fait figure d’élève modèle partout dans le monde pour son ouverture aux réfugiés, n’hésite pas à reconnaître le représentant du HCR au Canada. « Le gouvernement et le premier ministre Trudeau ont souvent été des catalyseurs de bonne volonté et ont montré l’exemple sur ce qu’un pays riche, développé et en paix pouvait faire pour aider les populations réfugiées. »

Le Canada est aussi l’un des plus gros bailleurs de fonds du HCR. « Mais on a un souci à savoir si l’enveloppe va être aussi grande que par le passé », s’inquiète-t-il. Cette agence onusienne a besoin de 7,5 milliards et elle en reçoit, bon an mal an, environ la moitié. Principal contributeur, les États-Unis ont donné 1,5 milliard l’an dernier. Le Canada ? Quelque 150 millions. Le pays est certes moins peuplé, mais l’écart apparaît immense, croit M. Beuze.

Pourquoi est-ce si difficile d’en faire plus ? « Il y a un coût financier à accueillir ces personnes. Tous les responsables du traitement des visas, ceux qui font les enquêtes de sécurité et de santé. Il y a aussi un coût à les faire venir et ensuite, ce sont les provinces en ont la charge financière », reconnaît-il. « Mais après cinq ou dix ans, ces gens qui ont été réinstallés et qui n’auraient pas survécu dans leur premier pays d’accueil deviennent des citoyens à part entière et contribuent de multiples façons. »

Dans un contexte de déficit budgétaire, à l’heure où le Canada revoit ses cibles d’accueil pour 2018, tout est une question de « priorités ». « C’est une question politique qui demande le soutien de la population canadienne. Elle doit être prête à tendre la main. »

Liste prioritaire

La liste prioritaire du HCR (1,2 million de réfugiés) est composée de :

50 % d’enfants

75 % de femmes et enfants

40 % d’Africains

25 % de Syriens et d’Irakiens

70 % de cas de protection (militant, journaliste, LGBT)

10 % de cas médicaux
13 commentaires
  • Eric Vallée - Inscrit 7 juillet 2017 00 h 41

    La source est intarissable

    Voilà le gros problème des réfugiés, la source est intarissable. Il y aura toujours de bonnes raisons d'en accepter toujours plus. Si plusieurs pays n'étaient pas en chaos perpétuel, nous aurions pas besoin d'en prendre autant. On doit s'arrêter où?? Qui osera répondre à cette question?

    • Danielle Houle - Inscrite 7 juillet 2017 11 h 37

      Vous dites tout haut ce que je pense tout bas, mais là, on me traiter de...

    • Pierre-Yves Beauchemin - Inscrit 7 juillet 2017 13 h 17

      Salut Éric, très humblement je dirais que notre confort est essentiellement basé sur l'inconfort de millions / milliards d'humains. Cela fait quelques années que je suis humanitaire (j'écris ces lignes depuis Mossoul), et tout ce que me demandent les milliers de gens que j'ai rencontré à travers l'Afrique, les Caraïbes ou le Moyen Orient, c'est un boulot apportant un minimum de dignité à leur famille. Tous ces réfugiés irakiens fuyant ISIS, peut-on vraiment leur en vouloir lorsque l'Occident même a fortement contribué à la création du groupe? Tous ces Africains n'en pouvant plus de voir les Alcan de ce monde saigner leurs terres et empocher des fortunes tout en les laissant dans une misère abjecte? À mon avis, et uniquement pour répondre à ta question, où s'arrêter en matière d'immigration dépendra de notre volonté à changer les règles du jeu mondial pour plus d'équité, de justice et de solidarité, ultimement. Quand on pense que les 62 personnes les plus riches de ce monde détiennent autant que la moitié de la population mondiale... ça fait réfléchir. Bien à toi.

  • Micheline Dionne - Inscrite 7 juillet 2017 06 h 39

    une chance - pas de chance

    Pour nombreux d'entre nous, ce fut une ''chance'', ou le fruit du hasard que nous soyons nés dans un pays riche et en paix. Même si nous ne sommes pas tous riches, tout est relatif, nous sommes nombreux à manger un peu plus qu'à notre faim. Tout nous est disponible: surabondance d'aliments (même que, je le répète, nous dépensons des millions en régimes amaigrissants!) D'autres, trop nombreux, des êtres humains, comme nous, avec toute la dignité (que nous reconnaissons philosophiquement à tout être humain dans son essence même) sont nés dans des pays en guerre ou /et en famine. Le climat ajoute aux problèmes pour certains. Nous avons des millions de potentiels réfugiés climatiques. Comment faire? Que faire? Nous dire que la vie est courte et que l'égoïsme rend plus malheureux que le partage. Penser aux gestes qui comptent: les actions bénévoles, les banques alimentaires, les centres d'accueil, les associations qui oeuvrent dans nos quartiers, la Croix Rouge, les Médecins sans frontières: Donnons et participons; essayons de nous engager. Ouvrons nos coeurs et notre portefeuille et comme disait notre avant-dernier pape: N'ayons pas peur. En espérant que je saurai appliquer mes propres idées, je vous souhaite une excellente journée.

  • Denis Paquette - Abonné 7 juillet 2017 07 h 06

    hé, oui, qu'elles sont nos seuils de tolérance

    Acceuillir des refugiés est une chose leur offrir les service qu'ils nécessitent est autre chose, ne pas en tenir compte est la pire des erreurs, car ca permettrait l'émergence d'institutions incompatibles avec la société canadienne, des traditions qui ne sont pas nécessairement les notres, chaque société a ses seuils de tolérance

  • Élaine Bissonnette - Abonnée 7 juillet 2017 07 h 30

    Réfugiés

    Le parrainnage fonctionne ici ! Ce serait normal que ça continue parce qu'on intègre bien mieux les gens de cette manière.
    D'autre part, le Canada compte une population 10X moindre que celle des États-unis.. donc normal qu'on recueille 10X moins qu'eux.. quoique avec le président actuel, je suis certaine qu'ils pourraient faire plus... !!??? et nous, augmenter en conséquence, un avant l'autre.. On ne veut pas être seulement des suiveux..

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 7 juillet 2017 08 h 03

    Capacité d'accueil

    Au Québec, il faudrait non seulement tenir compte de notre capacité d'accueil, mais aussi de la volonté d'intégration de ces immigrants dans un environnement francophone,égalitaire entre homme et femme et laïque.