Les cyclistes surveillés de près

Le SPVM admet avoir exercé une surveillance plus soutenue l’an dernier après avoir remarqué une hausse de cyclistes morts, blessés gravement ou légèrement entre 2014 et 2015 .
Photo: David Afriat Le Devoir Le SPVM admet avoir exercé une surveillance plus soutenue l’an dernier après avoir remarqué une hausse de cyclistes morts, blessés gravement ou légèrement entre 2014 et 2015 .

La surveillance des cyclistes et des piétons se resserre. Le nombre de contraventions distribuées aux cyclistes par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a bondi de 26 % l’an dernier.

Ce sont ainsi 2459 infractions en plus qui ont été sanctionnées en 2016 par rapport à 2015. Les piétons ont aussi reçu 9 % plus de constats d’infraction dans la métropole.

Le SPVM a également distribué plus de contraventions aux automobilistes, mais l’augmentation, de 5,8 %, n’est pas aussi marquée. « On a travaillé un peu plus envers les cyclistes », expose Marianne Rivest, porte-parole de ce corps de police.

Une surveillance plus soutenue a été exercée après avoir remarqué une hausse de cyclistes morts, blessés gravement ou légèrement entre 2014 et 2015 : « On a vu une augmentation dans toutes les catégories. C’est sûr que, face à ça, notre but est de baisser le bilan routier le plus possible », explique Mme Rivest.

Une augmentation qui peut faire partie des mesures pour discipliner les cyclistes, admet Jean-François Pronovost de Vélo Québec. « On ne peut pas être contre les constats [d’infraction], mais on aimerait que le SPVM mette la priorité sur certains comportements et renvoie la balle aux automobilistes », dit-il.

Son organisme souhaiterait notamment connaître les infractions des automobilistes qui concernent les piétons et les cyclistes, une donnée qui n’est pas systématiquement compilée.

Si on voit qu’une intersection est plus accidentogène, il y aura un travail de prévention ou de répression effectué

 

Protéger les plus vulnérables

La hausse des morts et des blessés graves, qui justifie une plus grande répression policière selon le SPVM, ne s’est pas observée pour les piétons. Ils ont tout de même reçu 22 304 contraventions en 2016, contre 20 461 en 2015.

Miser sur la répression de leurs comportements, c’est « prendre le problème par le petit bout de la lorgnette », pour Jeanne Robin, co-porte-parole de Piétons Québec. « C’est une tentation assez courante de demander en priorité aux piétons de se protéger du danger représenté par la circulation motorisée », dit-elle.

Les piétons ne peuvent être tenus responsables que de 10 % des collisions avec une voiture au cours des cinq dernières années, quand ils circulaient à l’encontre de la signalisation, selon la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

« Oui, on milite pour la prudence et le respect des règles, mais on ne peut pas considérer que donner des constats d’infraction améliore la sécurité des piétons. Il faut aussi des aménagements plus sécuritaires », insiste Mme Robin. Elle cite l’exemple de personnes âgées qui ne feront pas les détours parfois imposés par la conception du réseau routier pour se rendre jusqu’à une intersection sécuritaire. Son groupe met donc en avant le principe de protection de l’usager le plus vulnérable, c’est-à-dire le piéton.

Vélo Québec appelle aussi à davantage de courtoisie, de la part de tous, mais surtout des automobilistes, qui « dans un véhicule de deux tonnes peuvent tuer quelqu’un en quelques secondes », illustre M. Pronovost.

D’une année à l’autre, les infractions relevées par les policiers demeurent sensiblement les mêmes, ajoute la porte-parole du SPVM.

Parmi les plus fréquentes figurent le non-respect de la signalisation, des arrêts, des feux rouges ou le port d’écouteurs, toutes des situations interdites par le Code de la sécurité routière.

Les cyclistes circulant en sens inverse, ainsi que ceux qui roulaient sur le trottoir, ont en comparaison été plus nombreux à être interpellés par des policiers. Des « opérations de vigilance » sont aujourd’hui déclenchées après des collisions mortelles ou qui ont fait des blessés graves. « Si on voit qu’une intersection est plus accidentogène, il y aura un travail de prévention ou de répression effectué », explique Marianne Rivest.

9 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 6 juillet 2017 07 h 15

    Un exemple, les arrêts

    On verbalise les cyclistes qui ne font pas un arrêt complet, mais avez-vous déjà vu UN automobiliste faisant un arrêt complet, à moins d'y être forcé par de la circulation? Moi, non. Regardez leurs roues: c'est comme ça que l'on sait si une automobilse s'est immobilisée.

    • Maxim Bernard - Abonné 6 juillet 2017 21 h 12

      Toute la question des «arrêts complets» doit être revue. Autant pour les automobilistes que les cyclistes, il n'est presque jamais nécessaire de s'arrêter complètement, à moins d'attendre que quelqu'un traverse l'intersection. Ralentir suffisamment – disons à 10 km/h – est suffisant pour s'arrêter si un autre usager de la route a priorité.

      Partout dans le Code de la sécurité routière, il y a des cas semblables. Parfois, des dispositions sont juste superfules et inefficaces ; d'autres fois, elles augmentent le risque ou alors ceux qui les suivent sont susceptibles de gêner la circulation.

      Demander aux piétons de ne traverser qu'aux intersections ou passages pour piétons ? C'est souvent plus sécuritaire de traverser ailleurs quand il n'y a personne à l'horizon plutôt que de passer près des véhicules à une intersection, en plus de parfois faire un détour inutile qui multiplie par 10 la distance parcourue quand notre destination n'est que de l'autre côté de la rue. (En même temps, je peux comprendre qu'il y ait des exceptions, comme certaines rues très passantes du centre-ville.)

      Il y a d'autres exemples moins dramatiques mais néanmoins parlants : l'article qui oblige tout automobiliste qui effectue un virage à tourner dans la première voie disponible. Quiconque a écrit ceci n'a jamais été au volant d'un véhicule.

      Et par-dessus ça, il y a notre système de droit pénal archaïque et les policiers qui sont en réalités des percepteurs de taxes qui se donnent bonne conscience en invoquant la sécurité routière.

      Un beau melting-pot d'aburdités et de non-sens : c'est, en résumé, ce qui régit la circulation.

  • Jean Richard - Abonné 6 juillet 2017 09 h 30

    La machine à piastres

    Toute personne qui choisit la marche ou le vélo pour se déplacer aura tôt fait d'apprendre une première chose : le code de la sécurité routière a été écrit par des automobilistes pour les automobilistes. Changer les choses implique un effort de remise en question que le Québec ne semble pas prêt à faire.

    Face à ce code qui en fait des enfants pauvres, face à ce code qui donne pratiquement tous les droits à l'automobiliste, y compris celui de tuer, les piétons et cyclistes seront portés, et souvent par instinct de survie, à enfreindre ce code qui leur complique la vie sans le moindrement du monde augmenter le niveau de sécurité. Au nom de la fluidité automobile, on ralentit ou on écarte les piétons, les cyclistes et même les transports en commun. N'a jamais marché en ville celui ou celle qui ignore que passer sur un feu rouge pour un piéton ou un cycliste est trop souvent plus sécuritaire que d'attendre le feu vert.

    Quant au vertueux SPVM qui prétend distribuer des contraventions pour assurer la sécurité des piétons et cyclistes, on lui dit : « wo ! » : il faut cesser de croire que les gens vont gober un tel mensonge. Le SPVM aura sans doute découvert que les piétons et cyclistes ne sont plus seulement des pauvres qui n'ont pas les moyens d'avoir un char, mais de plus en plus des gens qui, renonçant en partie à l'automobile, ont un pouvoir d'achat plus élevé que la moyenne. Alors, voilà une clientèle toute désignée pour contribuer à la machine à piastres que sont les contraventions.

    L'agent de police qui se fera dire au début de sa journée de travail que son objectif de la journée est recueillir quelques milliers de dollars auprès des piétons et cyclistes, cet agent ne se servira pas de son jugement mais il ira au plus facile.

    Désolé, mais des contraventions pour diminuer les risques d'accident, c'est de la foutaise, du moins quand on tient compte de la façon de les distribuer, le jugement étant évacué au profit de la facilité.

    • Luc Fortin - Inscrit 6 juillet 2017 12 h 22

      Je partage votre point de vue. Dans mon autre ciommentaire je suggère des alternatives qui elles peuvent vraiment diminuer les risques d'accident. L'expérience de New York permet de le démontrer académiquement.

    • Christiane Dupont - Abonnée 6 juillet 2017 16 h 07

      Je partage aussi entièrement votre point de vue. Moi qui suis cycliste par l'entremise de ma grande fille et de mon conjoint et qui tremble souvent quand je les vois partir tenant leur guidon sur leur fier coursier...

    • Maxim Bernard - Abonné 6 juillet 2017 21 h 24

      N'exagérez-vous pas un peu, «code qui donne pratiquement tous les droits à l'automobiliste, y compris celui de tuer» ?

      Céder le passage aux piétons aux intersections et aux passages pour piétons est obligatoire selon le CSR. Certes, il y a peut-être un problème de mentalités, d'application de la loi ou encore de signalisation ; de nombreux automobilistes se fichent complètement des passages pour piétons, qu'ils voient comme une simple décoration.

      Les problèmes sont nombreux à ce sujet : passages mal identifiés, peu fréquents, etc.

      Et les cyclistes ne sont pas en reste : qu'il leur soit en tout temps interdit de circuler sur les trottoirs (sauf aux endroits où une signalisation le permet ; j'en ai déjà vus mais très peu) est une absurdité. À moins de faire de la vitesse à vélo, ceux qui circulent à 10-15 km/h devraient avoir le droit d'emprunter le trottoir pour éviter la chaussée, chose qui réduirait grandement leurs risques d'être heurtés (et de surcroît, simplifierait la vie aux automobilistes).

      Mais les automobilistes sont eux aussi touchés par la sur-réglementation routière. Je pourrais vous faire une très longue liste de dispositions superflues du CSR qui n'améliorent en rien la sécurité des usagers.

      Il faut régir la circulation routière, mais ce qu'on a présentement, bien que nécessaire, est souvent inadapté à la réalité.

      En clair, le CSR a été écrit par des bureaucrates qui n'ont jamais mis le pied à l'extérieur une seule fois dans leur vie.

  • Luc Fortin - Inscrit 6 juillet 2017 12 h 17

    Protéger les plus vulnérables, vraiment?

    Si on a vraiment à coeur la sécurité des piétons, Montréal devrait s'inspirer de ce qu'a fait le DOT de New York pour les piétons.

    http://www.nyc.gov/html/dot/html/pedestrians/pedes

    Ils ont comme objectif d'améliorer la sécurité des piétons, l'accessibilité et du même coup l'environnement.

    Et tant qu'à y être pourquoi ne pas s'inspirer de Bogotà?

    « Prenant le problème par l'autre bout de la lorgnette, le nouveau maire a préféré utiliser la stratégie de la carotte et du bâton pour désengorger les rues de la ville et convaincre les habitants de Bogotá de voyager en autobus, en vélo et à pied. «Développer le réseau routier ne règle pas le problème, contrairement à ce qu'on peut penser intuitivement. Les gens vont s'installer plus loin du centre et le problème revient», explique le politicien. »

    http://www.ledevoir.com/non-classe/113870/l-entrev

  • Yvon Bureau - Abonné 6 juillet 2017 21 h 23

    VISIBLE+++

    La photo nous montre encore un cycliste dans la trafic. Avec couleurs ternes, aux couleurs des trottoirs et de l'asphalte.

    À quand des contrenventions positves pour les cyclistes visibles+++ avec couleurs fluo, lumières, bandes réfléchissantes ... Une remise en $$$ serait remise par la SAAQ !

  • Sylvain Patenaude - Abonné 7 juillet 2017 10 h 51

    Bravo!

    Les interventions sont essentielles pour assurer un partage de la rue respectueux. Plusieurs cyclistes sont téméraires et manquent de civisme à leur risque et au péril des piétons. Il faut les discipliner et à redonner les trottoirs aux piétons!