Amor Ftouhi voulait acheter une arme à feu

L’aéroport Bishop de Flint a augmenté ses effectifs de sécurité après la tentative de meurtre de lundi.
Photo: Shannon Millard Associated press L’aéroport Bishop de Flint a augmenté ses effectifs de sécurité après la tentative de meurtre de lundi.

Le Montréalais Amor Ftouhi, unique suspect dans l’attaque au couteau perpétrée mercredi dans un aéroport des États-Unis, a tenté en vain de se procurer une arme à feu pendant son trajet vers le Michigan, a confirmé en point de presse jeudi le FBI. L’achat lui aurait été refusé parce qu’il ne détient pas la citoyenneté américaine.

Qualifiant de « bonne nouvelle » cette information, l’enquêteur spécial de la police fédérale, David Gelios, a aussi révélé que l’arme du crime — un couteau d’une trentaine de centimètres — a été achetée en sol américain, sans fournir davantage de détails puisque « l’enquête est toujours en cours ».

Les autorités ont en outre sollicité l’aide du public afin de lever le voile sur le séjour du quinquagénaire aux États-Unis, lequel, selon leurs informations, a traversé la frontière le 16 juin avant de se trouver deux jours après au Michigan, puisque, pour le reste, le mystère reste entier.

« Aucune information obtenue jusqu’à maintenant ne pourrait nous faire croire que l’attaque était intégrée à un réseau plus large » et que l’accusé a eu des « complices » pour commettre son geste, a également pris soin d’indiquer M. Gelios. La piste du « loup solitaire » est donc toujours considérée.

Comparution

Amor Ftouhi a comparu au palais de justice de Detroit jeudi matin. L’homme est soupçonné d’avoir commis un acte de violence dans un aéroport international. À noter toutefois que la liste des accusations pourrait s’allonger. Il restera détenu jusqu’à son enquête pour remise en liberté, fixée au 28 juin prochain. S’il est reconnu coupable, il risque une peine de 20 ans de prison.

Par ailleurs, la perquisition à son domicile, situé dans le quartier Saint-Michel à Montréal, s’est terminée jeudi en fin d’après-midi. Des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’y activaient depuis la veille. Aucun détail n’a filtré au terme de l’opération, la GRC restant muette sur les informations possiblement récoltées.

Sécurité renforcée ?

Camionneur, M. Ftouhi était détenteur d’une carte EXPRES (acronyme pour Expéditions rapides et sécuritaires), selon des informations obtenues par La Presse. Conjointement délivré par les services douaniers canadiens et américains, ce permis réservé aux transporteurs et aux importateurs permet d’accélérer le passage à la frontière. Au lendemain de l’acte terroriste, peut-on s’attendre à un renforcement prochain de la sécurité ?

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a affirmé jeudi qu’il ne croyait pas que les mesures de sécurité à la frontière entre le Québec et les États-Unis allaient être renforcées, qualifiant d’« efficaces » les systèmes de contrôle actuels.

La veille, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a tenu des propos similaires.

« Ne pas exagérer »

En entrevue au Devoir, le professeur de philosophie et spécialiste en systèmes de sécurité canadiens au Collège militaire royal de Saint-Jean, Marc Imbeault, juge qu’il est « possible » que les services frontaliers resserrent les modalités pour délivrer ce type de carte.

« Il suffit d’un seul événement malheureux pour que ça attire l’attention et qu’on soit plus vigilant », a-t-il dit. Il doute toutefois que cet événement « bouleverse toutes les procédures ». « Il ne faut pas exagérer l’impact », a-t-il laissé tomber.

« Le profilage des personnes susceptibles d’être musulmanes — qui existe déjà de manière plus ou moins officielle — va peut-être augmenter, a ajouté l’expert en contre-terrorisme. Et on va ajouter les personnes qui ont n’importe quel type de carte qui facilite l’accès aux États-Unis [incluant l’EXPRES]. »

De son côté, le p.-d.g. de l’Association de camionnage du Québec, Marc Cadieux, estime les systèmes de contrôle aux frontières « rigoureux ». « Qu’il se passe un cas parmi une centaine de milliers de cartes délivrées, je ne dis pas que c’est impossible. C’est regrettable, mais je pense que les critères sont déjà rigoureux de la part des [autorités canadiennes et américaines]. […] C’est clair et net que vous ne [faites pas la demande d’une carte EXPRES] si vous avez eu des problèmes avec la justice ou que vous avez un casier judiciaire. »

Les mesures de sécurité aux frontières américaines ont été rigoureusement renforcées depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Outre le mur que souhaite toujours construire le président aux portes du Mexique, son gouvernement a aussi revu le contrôle par la voie des airs, interdisant aux passagers de vols directs en provenance de huit pays, majoritairement du Moyen-Orient, de transporter en cabine leurs appareils électroniques.