Occasion manquée au marché Jean-Talon

De toutes les personnes sondées par Les Ami.e.s., 68 % privilégient la marche ou le vélo pour se rendre au marché Jean-Talon contre seulement 20 % la voiture.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir De toutes les personnes sondées par Les Ami.e.s., 68 % privilégient la marche ou le vélo pour se rendre au marché Jean-Talon contre seulement 20 % la voiture.

La Ville de Montréal a refait à l’identique les rues bordant le Marché Jean-Talon, une « occasion ratée » selon un groupe de citoyens. Un consensus se dégage sur la pertinence de revoir la place de l’automobile dans ce secteur principalement fréquenté par des usagers à pied ou à vélo.

Les Ami.e.s du Marché Jean-Talon ont consulté plus de 500 personnes l’an dernier sur leur vision de cet espace. À quelques jours du dépôt de leur mémoire, ils ont vu surgir des camions d’asphaltage.

Les deux rues baptisées place du Marché-du-Nord qui bordent le nord et le sud du marché ont été tout simplement réasphaltées. « Tout le monde comprend la nécessité pour les commerçants et restaurateurs d’assurer les livraisons. Nous sommes conscients que la circulation automobile occupera toujours une place, mais aurait-on pu prôner une reconfiguration à la place de tout refaire à l’identique ? », dit Jérémie Lévesque, membre du groupe Les Ami.e.s du Marché Jean-Talon. Il déplore un « manque de vision » et appelle à considérer une meilleure « recette de cohabitation des piétons, des vélos et des voitures ».

Le maire de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, François Croteau, se dit lui aussi déçu de voir que la ville centre n’en ait pas profité pour élargir ou pour abaisser les trottoirs : « Il me semble que c’était l’occasion parfaite pour revoir l’aménagement, mais à la place, la Ville opte pour un aménagement classique, sans se casser la tête. » Une fois les travaux de réasphaltage terminés, il lui apparaît que la reconfiguration de l’endroit sera remise à plus tard.

La Corporation des marchés publics dit quant à elle avoir appris la tenue des travaux en mars dernier. Considérant les désagréments engendrés par de tels travaux, pourquoi ne pas « mieux configurer les rues », demande également Patrizia Cusinato, porte-parole de cette entité de gestion.

« L’expérience piétonne »

De toutes les personnes sondées par Les Ami.e.s., 68 % privilégient la marche ou le vélo pour se rendre au marché contre seulement 20 % la voiture.

L’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie a d’ailleurs annoncé mercredi dernier que la période de piétonnisation du marché passait à quatre jours cette année, soit entre les jeudis et dimanches jusqu’au 15 octobre.

Mais pour Nicolas Fabien-Ouellet, « ce n’est pas une question d’empêcher les voitures, c’est plutôt l’expérience piétonne qui compte ». Lui aussi membre du regroupement, il suggère des interventions « d’urbanisme tactique » : « Ce qu’on dit, c’est expérimentons avant de dépenser beaucoup d’argent dans les travaux. »

La majorité des commerçants ont déclaré souhaiter que des aménagements soient faits pour que les usagers « puissent s’asseoir, manger et se reposer près de leur commerce ». Il n’est donc surtout pas question d’antagonisme entre les usagers et les commerçants, réitère M. Fabien-Ouellet.

Un service public

Autre aspect intéressant de ces consultations, les répondants considèrent à 78 % que le marché est un service public. Au même titre qu’une bibliothèque ou une école, il apparaît logique que les citoyens fassent partie des processus décisionnels.

Une des solutions préconisées par le groupe citoyen pour ne pas voir ce scénario se répéter est donc de voir s’ouvrir le conseil d’administration de la Corporation de gestion des marchés publics.

Les sièges de ce conseil sont présentement occupés à 100 % par des producteurs et des revendeurs. Une composition particulièrement exclusive puisque, partout ailleurs au Québec, des élus, des usagers, des organismes communautaires ou des commerces environnants forment au moins une partie du conseil d’administration des marchés publics semblables. « On voudrait aussi voir toutes les parties prenantes avoir une place au comité exécutif du marché Jean-Talon », ajoute M. Fabien-Ouellet.

En parlant avec les citoyens, ils ont aussi constaté que, dans leur tête, le marché Jean-Talon allait bien au-delà des bâtiments gérés par la Corporation. Le « territoire de rayonnement » du marché s’étend du boulevard Saint-Laurent à l’avenue Henri-Julien et de la rue Mozart à Jean-Talon Est. Il mériterait un programme particulier d’urbanisme, recommandent-ils, qui permettrait de réfléchir de façon plus intégrée au quadrilatère.

3 commentaires
  • Alain Gaudreault - Abonné 12 juin 2017 06 h 17

    Quelle est la valeur de cette consultation?

    Les Amis du marché se targuent de revendiquer au nom de résultats d'une consultation qui n'offre aucune garantie de représentativité. Oui, 500 personnes ont répondu à un questionnaire. Certains sur place, plusieurs autres par WEB et ce, sans aucune rigueur méthodologique visant à assurer la validité de cet échantillon ou du libellé des questions. Et que dire de la collecte des réponses...J'ai personnellement répondu plus de cinq fois au même questionnaire Web, disponible pendant près d'un an! Ce dépôt de mémoire et de recommandations prend malheureusement des allures de lobby partisan visant à faire la promotion d'idéaux en manipulant la communication et créant une fausse perception. Car il faut savoir que le seul nombre de répondants ne permet aucunement que ces résultats soient présentés comme le fruit d'un consensus citoyen rigoureux. Que les Amis du marché prônent une vision est tout à fait louable. Mais ils ne doivent le faire en leur nom propre, faire preuve d'humilité quant à leur véritable représentativité et expliquer trés clairement les limites de ces résultats car la manipulation est dangereuse pour la démocratie.

  • Jean Richard - Abonné 12 juin 2017 11 h 04

    Îlot de chaleur à micro-échelle

    En cette journée où le ciel est presque bleu et le soleil est à son plus haut, le beau revêtement bitumineux (oui, bitumineux comme sables bitumineux car l'asphalte, c'est un sous-produit du pétrole) plus noir que noir, le beau revêtement bitumineux à très faible albédo risque de transformer ces voies de circulation en milieu hostile pour les piétons, surtout si on y ajoute les rejets thermiques de la climatisation des grosses voitures qui y circulent.

    Le beau bitume neuf plus noir que noir risque donc de transformer les abords du marché en four à ciel ouvert. Et on continue à l'épandre sur tout le territoire habitable, comme si c'était une nécessité.

  • Hadrien David - Abonné 12 juin 2017 15 h 17

    Un cinquième lien

    Et si on mettait plutôt un 5ème lien pour que plus de gens puissent venir librement en auto au marché?