Un vétéran de la bataille de Normandie décoré de la Légion d’honneur française

Aujourd'hui âgé de 92 ans, Fred Turnbull était artilleur dans la Marine royale canadienne lors de la Seconde Guerre mondiale.
Photo: Stringer La Presse canadienne Aujourd'hui âgé de 92 ans, Fred Turnbull était artilleur dans la Marine royale canadienne lors de la Seconde Guerre mondiale.

Fred Turnbull avait seulement 19 ans quand son navire de débarquement s’est approché des plages de la Normandie, en France, pour mener l’une des plus grandes opérations amphibies de l’histoire militaire.

Maintenant âgé de 92 ans, M. Turnbull, qui était artilleur dans la Marine royale canadienne, dit avoir des souvenirs vivaces de la confusion qui régnait en ce fameux jour de débarquement, le 6 juin 1944.

« Des airs, ça avait probablement l’air d’un mélange de bateaux de débarquement qui allaient dans toutes les directions », a relaté vendredi le banquier à la retraite quelque temps après avoir reçu la plus haute distinction française, la Légion d’honneur, lors d’une cérémonie à la base militaire à Halifax.

« Et je crois que probablement que la pire chose, c’était le bruit. Le bruit était terrible parce que nous avions nos propres navires de guerre qui faisaient feu, et les Allemands tiraient aussi », a-t-il ajouté.

Né à Montréal, M. Turnbull n’avait que 17 ans quand il s’est enrôlé dans la marine à l’été 1942. À bord du bateau de débarquement, il participé à plusieurs opérations des Alliés, dont les débarquements en Sicile, en Normandie, en Provence et en Grèce.

Dans le cadre de son travail, il devait abaisser la passerelle du bateau et ensuite sauter par-dessus la proue pour aider à la stabiliser avec une corde alors que les soldats débarquaient sur les côtes.

C’était une tâche dangereuse avec peu de protection contre les tireurs d’élite de l’ennemi, les mortiers, les avions et les mines. Mais M. Turnbull dit qu’il n’avait pas le temps d’avoir peur.

« Tu as juste une chose à faire et tu la fais. C’est là que l’entraînement est utile. On s’entraîne tellement, tout est automatique », a-t-il soutenu.

M. Turnbull a reçu sa médaille des mains de Laurence Monmayrant, la consule générale de la France dans les provinces atlantiques.

Il est l’un des quelque 600 anciens combattants canadiens qui ont reçu la distinction créée par Napoléon Bonaparte en 1802.

« Vous êtes une page vivante de l’histoire de mon pays natal. Votre contribution à sa libération devait être reconnue », a déclaré Mme Monmayrant, qui dit avoir été « honorée » de pouvoir offrir cette distinction au vétéran.

« Je viens de Normandie et depuis notre tout jeune âge, on se fait parler du rôle des soldats qui sont venus des États-Unis et du Canada à la rescousse de la France et de l’Europe », a-t-elle affirmé après la cérémonie.

De son côté, Fred Turnbull a dédié cet honneur à ses compagnons d’armes. « Je ne croyais jamais que cela arriverait », a-t-il dit devant sa famille, ses amis et des dignitaires de l’armée.

À l’époque, M. Turnbull a parlé de son expérience de la guerre dans un journal, ce qui était interdit à l’époque. Ce journal a éventuellement été publié dans un livre appelé The Invasion Diaries, sorti en 2007.

Il dit qu’il cachait son journal dans son équipement et qu’il écrivait ses pensées quelques jours après les événements.

« Mais après cela, au début des années 1980, le gouvernement a dit que tous ceux qui avaient des journaux pouvaient les déposer aux archives nationales et avoir des crédits d’impôt, alors tout a changé », a-t-il indiqué en riant.

Après la guerre, M. Turnbull a étudié l’histoire et l’économie à l’Université McGill et a éventuellement travaillé pour la Montreal Trust.

« Je suis allé en affaires et on oublie, quotidiennement, ce qui s’est passé. La vie continue », a-t-il conclu.