Le Québec, égalitaire, pourrait faire mieux

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Le modèle québécois réussit bel et bien à réduire les inégalités, mais il ne favorise pas mieux qu’ailleurs au Canada l’ascension sociale, c’est-à-dire les chances pour un enfant d’un milieu pauvre d’espérer atteindre un plus haut niveau de revenu.

Telle est l’une des conclusions de l’étude Le Québec est-il égalitaire ? qui porte sur l’égalité du revenu et la mobilité sociale, réalisée par l’Institut du Québec. Cet institut est né d’un partenariat entre HEC Montréal et le Conference Board du Canada.

À la base, au Canada, le Québec est parmi les provinces où l’on trouve le plus d’inégalités de revenus, avant que le gouvernement redistribue ceux-ci. C’est grâce aux différentes politiques de redistribution des revenus, comme une fiscalité progressive, des crédits d’impôt et différentes prestations, que le Québec devient « l’une des provinces les plus égalitaires », a confirmé au cours d’une entrevue Jean-Guy Côté, directeur associé à l’Institut du Québec.

Toutefois, il souligne que les moyens choisis par le Québec pour redistribuer ces revenus n’ont qu’un effet à court terme. Ils réussissent bel et bien à combattre les inégalités de revenus, mais ils ne réussissent pas mieux que dans les autres provinces à offrir de meilleures perspectives d’ascension sociale aux citoyens en matière de revenus. « Les politiques redistributives mises en place au Québec n’aident pas davantage les ménages les plus pauvres à s’en sortir que dans les autres provinces canadiennes », écrit l’Institut dans son étude.

Pour aider les plus démunis à avoir plus de chances d’accéder à un plus haut niveau de revenu, les économistes prônent plus d’investissements sociaux. Il s’agit, par exemple, d’investissements dans le réseau public d’éducation primaire et secondaire, dans l’éducation postsecondaire, dans les politiques pour favoriser l’intégration des immigrants. « À long terme, pour un résultat similaire, il est moins cher de créer une société plus mobile, car l’inégalité du revenu se résorbe en partie du fait de la mobilité ascendante des plus pauvres et descendante des plus riches », écrit l’Institut dans son étude.

En matière d’investissement social, « la solution passe par la formulation de politiques publiques qui profiteraient aux enfants de tous les milieux, et particulièrement à ceux issus de ménages moins nantis, comme la politique des garderies accessibles et un système scolaire public de grande qualité », écrit l’Institut dans son étude.

M. Côté estime que la solution n’est pas monolithique. « Il y a un mix à avoir entre la redistribution et l’investissement social. Il faut trouver le point d’équilibre entre les deux. Est-ce qu’on redistribue beaucoup, donc on investit moins dans l’investissement social comme l’éducation, mais on redistribue plus les revenus ? Ou on va chercher beaucoup plus d’investissements sociaux et un peu moins de redistribution ? » résume-t-il.

2 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 1 juin 2017 12 h 30

    Redistribution et investissement social: un n'empêche pas l'autre, au contraire.

    "À la base, au Canada, le Québec est parmi les provinces qui ont le plus d’inégalités de revenus, avant que le gouvernement redistribue ces revenus.

    C’est grâce aux différentes politiques de redistribution des revenus, comme une fiscalité progressive, des crédits d’impôt et différentes prestations, que le Québec devient « l’une des provinces les plus égalitaires »"

    Donc, L'État est un facteur clef pour rééquilibrer la distribution des revenus. Le mot "néolibéral", qui pourrait s'appliquer au Tea Party et aux libertariens, n'est-il d'ailleurs pas une exagération relevant de l'inflation verbale lorsqu'on l'applique aux gouvernements du Québec?

    Pour l'égalité des chances, la manière de dépenser est un facteur important également: éducation, santé, etc. - L'ascension sociale est un facteur d'enrichissement collectif, n'oublions pas.

    La question ne se pose donc pas de la façon suivante: "redistribution OU investissement social?" - comme si plus de l'un impliquait moins de l'autre. Mener les deux de fronts fait que les deux éléments se stimulent l'un l'autre.

    L'investissement social, comme son nom le dit, est davantage un investissement qu'une pure dépense sèche.

  • François Beaulé - Abonné 3 juin 2017 08 h 23

    Une 3e approche pour réduire les inégalités

    Les inégalités ne se mesurent pas seulement en terme de revenus. Elles se constatent aussi dans l'habitat. Pour faire image, on peut évoquer l'écart entre les logements de Pointe-Saint-Charles et ceux de Westmount.

    Réduire les inégalités signifie donc aussi d'agir sur l'habitat. D'une part en agissant sur les nouvelles constructions, en s'assurant que les nouveaux quartiers intègrent différents types de bâtiments et de logements permettant la mixité sociale.

    D'autre part en améliorant les quartiers pauvres. Par exemple de nombreuses rues du quartier Saint-Michel sont dépourvues d'arbres, aussi incroyable cela puisse paraître. Il serait possible d'en planter en très grand nombre en réduisant un peu la largeur des rues, qui sont beaucoup plus larges que celles du Plateau Mont-Royal. Aussi en imposant aux propriétaires d'entretenir correctement les immeubles à appartements en les obligeant à revendre leur propriété si nécessaire. Et aussi en construisant davantage de logements à loyer modeste.