Un plaidoyer à Istanbul pour le parrainage privé au Canada

Enseignante en travail social au Cégep du Vieux Montréal, Rafaëlle Sinave a exposé les grandes lignes du programme canadien de parrainage privé.
Photo: Oscar Ocelotl Aguirre Enseignante en travail social au Cégep du Vieux Montréal, Rafaëlle Sinave a exposé les grandes lignes du programme canadien de parrainage privé.

Le programme de parrainage privé canadien a fait parler de lui jusqu’en Turquie, devant un auditoire attentif de Syriens, des centaines de représentants de la société civile de divers pays, surtout du monde arabe, et de l’Union européenne.

Alors que les efforts du Canada et du Québec pour accueillir les réfugiés ont été bien accueillis, certains ont plaidé pour davantage d’aide de la communauté internationale pour aider les Syriens qui sont restés au pays.

Invitée par l’organisme humanitaire Basamat for Development, c’est la militante et enseignante en travail social au Cégep du Vieux Montréal Rafaëlle Sinave qui a exposé les grandes lignes de ce programme unique de parrainage à partir de son expérience personnelle avec la famille Darwish, dont elle est une des marraines.

« Ça a créé un intérêt monstre, a-t-elle constaté.Les gens voulaient en savoir plus, surtout ceux qui travaillent directement avec des réfugiés qui pourraient en bénéficier. Ils m’ont tous dit de façon unanime que ce modèle d’accueil [privé] les touche, car leur crainte est que les réfugiés soient abandonnés une fois arrivés. »

Au total, plus de 40 000 réfugiés syriens ont été accueillis par le Canada depuis que le gouvernement Trudeau est au pouvoir, soit fin 2015.

Un accueil certes très généreux, mais le pays n’a pas de leçon à donner aux côtés de pays comme l’Allemagne — qui a accueilli plus d’un million de réfugiés syriens — et des pays voisins de la Syrie qui fournissent plus que leur part d’effort, a souligné Mme Sinave. « Plusieurs ne voient pas l’issue. J’ai l’impression de leur avoir donné espoir, en leur mentionnant que 13 pays à travers le monde réfléchissaient à instaurer ce modèle-là. »

Il est donc urgent que le Québec n’abandonne pas son programme puisque les besoins, tout comme l’engouement, sont grands.

« Le nombre de demandes a été si grand que le programme a été temporairement suspendu pour liquider un inventaire de près de 20 000 dossiers », a-t-elle rappelé. Même chose au Canada, pour lequel 45 000 Syriens attendent toujours de prendre l’avion.

Aider ceux qui restent

 

Ancien journaliste et militant syrien, Khatan Kershi salue l’effort canadien qui semble sans précédent. Mais il croit qu’il ne faut pas concentrer toutes les ressources et l’attention sur les réfugiés qui sont à l’extérieur, mais aussi et surtout sur ceux à l’intérieur du pays.

« Il n’y a pas d’organisation internationale ou canadienne sur le terrain. C’est un encouragement à ce que les Syriens partent », craint M. Kershi, qui travaille bénévolement pour de nombreuses organisations visant justement à aider à l’intérieur de la Syrie.

Selon lui, pour ne pas vider le pays, le partage des ressources — temps et argent — devrait se diviser : un quart pour ceux qui s’exilent et trois quarts pour ceux qui restent.

Dans les camps de la Bekaa où elle travaille au Liban, Doha Adi, de l’organisme Sawa for Development and Aid, aimerait bien que le gouvernement et la population soutiennent les réfugiés. « Au Liban, c’est très difficile d’avoir un permis de travail et de fréquenter une école publique. Il faut aussi avoir un parrain pour obtenir un visa, qui coûte très cher », dit-elle. Seulement 30 pays dans le monde ont un accord de réinstallation avec les Nations unies. Le Liban ne l’a pas ratifié, déplore-t-elle. « Tandis qu’au Canada, ils ont accès à un statut. Ils peuvent trouver un emploi et être physiquement en sécurité pour revenir en santé et retourner construire leur pays. »

Exode temporaire

 

Car oui, tous les Syriens veulent retourner dans leur pays, insiste-t-elle. L’identité des Syriens et leur attachement se sont effectivement avérés indéniables tout au long de cette conférence de deux jours. « La réinstallation, c’est une phase temporaire. C’est pour pouvoir suivre des formations débouchant sur l’emploi et envoyer leurs enfants à l’école », poursuit-elle.

Elle dit rencontrer tous les jours des gens qui n’attendent que le moment de retourner. « Je me rappelle avoir demandé à une dame si elle trouvait ça difficile de vivre au Liban, à la frontière de son pays. Elle m’a répondu que non, parce que ça lui ferait moins loin pour retourner chez elle une fois que la guerre sera finie ».

Notre journaliste séjourne en Turquie en partie à l’invitation de Basamat for Development.



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