L’histoire des Molson, intimement liée à la «ville qui a soif»

Andrew Molson présente son Montréal en compagnie de l’historien Martin Landry.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Andrew Molson présente son Montréal en compagnie de l’historien Martin Landry.

En 375 ans d’histoire de Montréal, peu d’adresses auront autant résisté au temps que la brasserie Molson.

Quand on entre dans la ville par le pont Jacques-Cartier, les grandes lettres blanches sur l’immeuble de briques font figure d’emblème, à l’endroit même où John Molson a établi sa brasserie en 1786.

Alors que la compagnie Molson Coors tergiverse encore sur l’avenir de son bâtiment, elle mène une entreprise de séduction dans un parcours thématique sur l’application mobile de Montréal en histoires. Le Devoir s’est baladé avec Andrew Molson, dans son Montréal et celui des sept générations qui l’ont précédé.

Devant l’Auberge Saint-Gabriel, l’un des trois héritiers Molson pointe la pierre qui a abrité le premier débit d’alcool au pays : « C’est aussi le compte 001 chez nous », précise-t-il.

Andrew Molson ne parle ni trop ni fort, mais comme « ce n’est pas discret de dire qu’on est discret », il ne le dit pas, il le démontre. L’humilité voulue par sa famille, il l’a sentie dans ses muscles quand son père maître brasseur Eric l’a envoyé livrer de la bière à Chicoutimi durant l’été 1987. « On vivait dans un sous-sol avec mon frère et on travaillait tous les jours », se souvient-il.

Peu d’hommes d’affaires ont pourtant marqué autant l’histoire de Montréal que son ancêtre John Molson. À 18 ans, orphelin, il s’embarque pour ce qui s’avérera une traversée épouvantable de l’Atlantique vers le « Nouveau Monde ».

« Beaucoup avaient failli mourir, mais, lui, il avait aimé l’aventure », relate Martin Landry, l’historien derrière le parcours techno-historique de l’application mobile Montréal en histoires.

Ville assoiffée

L’immigrant investisseur est ingénieux, persévérant, et attaché à sa nouvelle terre. Il retourne chercher des semences en Europe pour produire des grains de meilleure qualité et ramène aussi des plans d’alambics.

C’est une époque où « la ville a soif », illustre Andrew Molson. La production industrielle à grande échelle est inexistante, le fleuve offre la matière première de la bière en abondance et l’orge pousse sur ce qui est aujourd’hui devenu le centre-ville de la métropole.

La bière est moins chère que le rhum et le vin, deux boissons déjà bien intégrées aux moeurs, et plus sûre que l’eau, « dont on se méfie » à cause de l’hygiène déficiente, précise M. Landry.

Le premier Molson lègue plus qu’une brasserie : « Il avait ce désir, comme les autres ensuite, de faire croître la communauté », résume Andrew. Quand il a besoin de bateaux à vapeur pour transporter des marchandises entre Montréal et Québec, pas question de se tourner vers les Américains. Il fait produire de toutes pièces le premier moteur à vapeur aux Forges du Saint-Maurice, devenant ensuite un précurseur du transport de passagers sur la voie navigable, puis sur les premiers rails, plus tard convertis en chemin de fer Canadien National.

Le Théâtre Royal, ou Royal-Molson, première salle du Canada consacrée à l’interprétation, s’érige aussi grâce à lui durant près de 20 ans, entre 1825 et 1844, avant de faire place au Marché Bonsecours. John Molson participe aussi à la construction du premier hôpital laïque, l’Hôpital général de Montréal, alors que la forte croissance démographique de la ville fait déborder l’Hôtel-Dieu.

Son fils William crée la Banque Molson, plus tard fusionnée avec la Banque de Montréal. « On manquait d’argent sonnant dans la colonie. Et les gens aimaient le papier-monnaie des Molson, car il était crédible », expose Martin Landry.

À l’échelle humaine

Retour au présent. Arrêt à la marina du Vieux-Port de Montréal, au-dessus de laquelle l’enseigne « Molson » continue de flotter en point de repère.

Andrew Molson louange sa ville « à échelle humaine », « polyvalente », « dynamique », une métropole aux airs européens avec le confort nord-américain, mais au cerveau bilingue. Toujours actionnaire de Molson Coors et président de son conseil d’administration, il assure que l’entreprise s’est recentrée autour de la bière, pour le mieux.

En boira-t-on encore dans 375 ans ? « Bonne question ! J’espère que oui. »

1 commentaire
  • Robert Beauchamp - Abonné 24 mai 2017 09 h 22

    Une longue histoire

    Les relations entre les grandes familles tories (orangistes) dont Molson, McGill, McCord qui contrôlaient tout et faisant fi de la démicratie, n'ont pas toujours été harmonieuses avec les Canadiens-français persécutés. Autres temps autres moeurs on doit constater que ce soit par intérêt ou par affinité, les rapports avec la famille actuelle sont des plus souhaitables.