Montréal s'est dotée de noyaux de compétences majeurs

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En quelques années, la métropole est devenue une des villes incontournables dans la production d’effets spéciaux pour le cinéma.

Si Montréal fait parler d’elle à l’international, c’est parce que certains secteurs d’activité, comme le jeu vidéo, l’aérospatiale et les effets spéciaux, pour ne nommer que ceux-là, se sont particulièrement développés. Appuyés par une aide fiscale significative des gouvernements successifs, ils forment aujourd’hui des noyaux de compétences qui jouent un rôle majeur dans l’économie. Survol.

Le jeu vidéo

Quand Ubisoft débarque à Montréal en 1997, l’affaire cause une commotion : le crédit que doit recevoir la compagnie pour chaque emploi créé ne s’applique qu’à elle. Québec corrige le tir rapidement. Étendu à l’ensemble du secteur, l’appui fiscal a donné lieu à l’éclosion spectaculaire d’une industrie qui, 20 ans plus tard, compte pour plus de la moitié de la main-d’oeuvre canadienne dans le jeu vidéo.

Plusieurs autres grands noms ont posé leurs valises à Montréal, dont Electronic Arts, Eidos, Gameloft et Warner Bros. Sans oublier le développement de producteurs québécois comme Behaviour et l’émergence de dizaines de studios indépendants comme Red Barrels et Borealys.

« Certains disent qu’on est dans le top 3 ou le top 4 », dit Catherine Émond, qui dirige l’Alliance numérique, un regroupement d’une centaine de membres du secteur. Mais la place précise dans le classement importe peu, ajoute-t-elle. L’important, c’est qu’« on joue dans ces grandes ligues là ». Une ligue qui compte Londres, la Californie, le Japon…

La grappe québécoise, qui héberge 12 000 des 20 000 emplois de l’industrie, tire profit d’une combinaison de facteurs. Le généreux crédit d’impôt, qui peut couvrir jusqu’à 37,5 % des dépenses de main-d’oeuvre, est un gros morceau. Mais il y a le bassin de talents, créatifs et agiles, qui sortent des innombrables programmes de formation mis sur pied depuis une douzaine d’années. L’appétit est si fort, en fait, que même les universités se sont mises de la partie.

L’aérospatiale

Certains diront que c’est un des piliers de l’économie du Grand Montréal. Selon Aéro Montréal, l’organisme qui réunit toute la grappe québécoise aérospatiale, pas moins de 200 entreprises composent cette constellation industrielle.

200
C’est le nombre d’entreprises dans l’aéronautique à Montréal.

Les quatre maîtres d’oeuvre sont connus. Outre Bombardier, ce groupe sélect comprend le fabricant Bell Helicopter, le spécialiste des simulateurs de vol CAE et le motoriste Pratt Whitney. Un noyau autour duquel gravite un vaste réseau de fournisseurs employant des milliers de personnes. « On a une chaîne de valeurs parmi les plus complètes à l’échelle mondiale », dit Christian Bernard, vice-président stratégie et communications à Montréal international, un organisme de démarchage dont la mission est d’attirer des investissements étrangers.

La masse critique accumulée au fil des décennies est telle que le Québec se frotte aujourd’hui à des centres comme Seattle (domicile de Boeing) et Toulouse (Airbus). Au total, ce sont 42 000 Québécois — soit 55 % du total canadien — qui oeuvrent dans le secteur.

Mais les défis sont de taille, a prévenu Québec l’an dernier dans sa stratégie sur l’aérospatiale 2016-2026. « La concurrence avec les pays à faible coût de main-d’oeuvre est féroce, a indiqué le gouvernement. L’organisation de la chaîne d’approvisionnement mondiale se transforme. Au Québec, on constate plusieurs lacunes dans l’écosystème graduellement constitué des différentes entreprises du secteur. » Entre autres, on insistait sur la nécessité d’attirer de nouveaux maîtres d’oeuvre et des entreprises qui graviteraient autour de ceux-ci.

Photo: Jacques Grenier Le fabricant Bell Helicopter fait partie de la grappe québécoise aérospatiale.

Les effets visuels

C’est en quelque sorte le dernier-né. Le secteur des effets visuels cinématographiques explose depuis quelques années, nourri par la croissance d’entreprises québécoises comme Hybride, mais aussi par l’arrivée de sociétés européennes comme MPC (Technicolor) et ON Entertainment. Prenons la société britannique Cinesite, responsable des effets des films Harry Potter, qui s’est installée à Montréal en 2014. Elle a indiqué l’an dernier qu’elle veut embaucher 500 nouveaux employés d’ici 2020, s’ajoutant aux quelque 200 personnes déjà en place. La ville compte un impressionnant bassin de compétences transversales, dit Sophie Hunt, responsable des relations médias à Londres. « En plus, il y a de fantastiques crédits d’impôt. »

Le pouvoir d’attraction

Le pouvoir d’attraction d’une ville auprès des investisseurs étrangers et son rayonnement dans le monde reviennent souvent à la masse critique d’un secteur. Montréal compte aujourd’hui neuf grappes industrielles, dont l’aérospatiale, l’aluminium, le cinéma et la télévision, les services financiers.

Mais on a tendance à oublier le rôle joué par Gérald Tremblay. C’est en décembre 1991 que le ministre de l’Industrie présente son plan. Le but ? Combattre le chômage. L’amoncellement de 13 « grappes industrielles » permettra de stimuler l’emploi.

Le dévoilement en (très) grande pompe de la stratégie, saluée tant du côté patronal que du côté syndical, attire la présence de neuf ministres, en plus de celle du premier ministre Robert Bourassa. Si l’économie est susceptible de créer 328 000 emplois de 1991 à 2000, pour un taux de chômage de 12 %, le plan vise à en créer 200 000 de plus pour le ramener à 7 ou 8 %. En éditorial, Lise Bissonnette y voit plusieurs éléments positifs. « Incroyable mais vrai, c’est la première fois qu’un document économique majeur du gouvernement du Québec place l’éducation et la formation professionnelle au coeur de la politique industrielle. »


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