Montréal vue des régions

Photo: iStock Montréal est associée à toutes sortes de mythes, de malentendus et de rêves.

Quand on grandit en région ou au-delà, la métropole est associée à toutes sortes de mythes, de malentendus et de rêves. De la Côte-Nord à l’Abitibi, quatre natifs des régions et un du Labrador comparent leur Montréal fantasmé et leur Montréal vécu.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir

Virginie Blanchette-Doucet Auteure
Originaire de Val-d’Or
Vit dans le Centre-du-Québec

 

S’il est une chose que Virginie Blanchette-Doucet mesure bien, c’est la distance réelle et symbolique entre Montréal et l’Abitibi. Son premier roman, Route 117, décrit justement les allers-retours d’une jeune femme confuse entre les deux mondes.

Quand elle-même a débarqué à Montréal une fois adulte, le dépaysement fut grand. Installée dans le quartier autour de la station de métro Honoré-Beaugrand, elle croyait à tort que c’était l’un des coins « les plus actifs » de Montréal. L’anonymat de la grande ville la déstabilisait.

Quand même, elle n’a mis qu’un an à s’acclimater. Plus vite que son personnage. « Avec Internet, c’est plus facile. On ne se perd pas de la même façon dans une ville aujourd’hui qu’avant. » Il lui a fallu vite apprendre « à ne pas parler spontanément aux étrangers à l’arrêt d’autobus ». Mais en travaillant dans une animalerie à Place Versailles, elle a vite découvert que les gens étaient plus sociables qu’ils en avaient l’air. « C’est juste qu’il faut avoir une raison d’entrer en contact avec les gens. »

Quand elle était enfant, Montréal, c’était l’endroit où on allait magasiner. « On partait de Val-d’Or et on allait magasiner au Carrefour Laval. Sinon, on aurait été habillés comme tout le monde. »

Encore aujourd’hui, la diversité de l’offre commerciale à Montréal la fascine. « Je peux acheter des vinyles, un livre en particulier, la pièce manquante pour réparer ma machine à café. À Val-d’Or, on n’a pas ça. Quand quelque chose brise, il faut le commander. »

Ce qu’elle aime le plus : le passage des saisons. Quand l’été arrive, « toute la ville est soulagée en même temps ». On vit cette libération « tous en même temps ».

Ce qu’elle déteste : le manque d’espace. « C’est pour ça que je n’y vis pas. »

Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir

Erika Soucy Auteure
Originaire de Portneuf-sur-Mer, sur la Côte-Nord 
Vit à Québec

«Dans mon pays, pas de piscine, Montréal, c’est New York et New York, c’est l’éden »,
écrivait Erika Soucy dans son premier recueil de poésie. Enfant, elle rêvait d’une ville glamour, de Musique Plus dans la rue Sainte-Catherine. « Pour l’enfant que j’étais, Montréal, c’était l’accès à la culture. La culture télévisuelle surtout. »

C’est d’ailleurs pour participer à une émission de télé qu’elle s’est rendue à Montréal la première fois, à 12 ans.

« Je voulais devenir une artiste. J’étais allée passer des auditions pour une émission de chant de Nathalie Simard. » Elle se souvient de la rue Sherbrooke, qui lui avait semblé infinie. Et du fait que sa mère avait peur de la ville. « Je me rappelle qu’on avait attendu mon beau-père deux heures dans l’auto, sans sortir, parce que ma mère avait peur qu’on se fasse attaquer et qu’il était passé 4 h. »

Des souvenirs qui marquent l’imaginaire. « C’est terrible, mais je me souviens que je regardais les femmes dans la rue en cherchant les putes. Parce que je savais qu’il y avait des prostituées à Montréal. »

Une ignorance dont elle avait parlé dans sa réplique aux propos sexistes de Bernard Gauthier à Tout le monde en parle. « On investit comment dans l’avenir [des jeunes], Bernard ? écrivait-elle. Quand l’école compte 30 élèves pis qu’on s’intéresse à rien de plus que ce qui passe à’ TV, ou de c’est quoi la meilleure mar­que de froque de ski-doo ? Quand on n’a pas de programme culturel pour nos jeunes, quand y’ont jamais vu un Noir de leur vie pis qu’y chient dans leur short juste à penser au métro de Montréal… »

Or, à son avis, les jeunes de la Côte-Nord d’aujourd’hui sont moins ignorants. Grâce à Internet, Montréal est moins abstraite.

Ce qu’elle aime le plus : le sentiment de liberté.  « Quand on passe le pont, j’ai ce sentiment encore que tout est possible. »

Ce qu’elle déteste : rien ! « J’ai la liberté d’aller à Montréal quand j’en ai besoin. C’est une ville qui me fait du bien. »

Photo: Guillaume Cyr

Francis Joncas Microbrasseur
Originaire de la Gaspésie
Vit à Percé


Propriétaire de la légendaire microbrasserie Pit Caribou à Percé, Francis Joncas ouvrait, il y a un an, une succursale dans la métropole. Ce qui l’a attiré à Montréal ? Les Gaspésiens ! « C’est pas compliqué, il y en a 100 000. Il y a plus de Gaspésiens à Montréal qu’en Gaspésie. »

Bref, la demande était là, dit-il. « Chaque fois que je viens au pub, il y a des Gaspésiens. Même si je ne les connais pas, j’entends leur accent. Le pub a beau être bondé, je vais savoir qu’à la table dans le fond, ça parle gaspésien. »

Quand il était enfant, Montréal était une grosse abstraction. « C’était pas mal l’inconnu pour moi. On n’y allait pratiquement jamais. Quand on partait en vacances avec mes parents, c’était à Québec. » Ses premiers souvenirs de la métropole remontent au cégep, quand il étudiait à Sherbroo­ke. « Mes amis “ tripaient ”. On allait fêter là la fin de semaine. »

Pas question pour lui d’ouvrir une succursale à Québec, c’était à Montréal que ça devait se faire. « Je n’aime pas Québec, bizarrement. J’aime ça m’y arrêter de temps en temps, mais je n’ouvrirais pas de pub. Montréal, je trouve ça beau. Le mont Royal, la ville, ça me fait “ triper ”. »

En plus, c’est une belle ville brassicole. « Il y a une grosse scène brassicole à Montréal. Mon attachement à la ville est vraiment relié à la bière. »

Ce qu’il aime le plus : les parcs, et « le fait que ce soit une grande ville avec des Québécois, que dans une grande ville comme ça, les gens parlent français ».

Ce qu’il déteste : le trafic. « Si j’habitais à Montréal à l’année, c’est sûr que je n’aurais pas d’auto. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Ossie Michelin Journaliste pigiste inuit
Originaire du Labrador
Vit à Montréal


Pour un Inuit du nord du Labrador, la vie à Montréal est évidemment plutôt déroutante au début. Mais Ossie Michelin s’y est vite senti chez lui. C’est d’ailleurs à Montréal qu’il vit aujourd’hui avec le Québécois qu’il a épousé.

Débarqué à 19 ans dans le cadre d’une activité de Jeunesse Canada monde, il a eu une sorte de déclic. « Je suis littéralement tombé amoureux de la ville, raconte-t-il. Il s’y passe tellement de choses, il y a tellement de cultures, de langues, de gens différents. Ça m’a beaucoup impressionné. »

Un an plus tard, il est de retour, cette fois à Concordia, pour étudier le journalisme. « Je me suis installé dans un appartement au-dessus d’une pizzeria. Je ne connaissais rien de la ville, mais je me suis fait des amis à Concordia qui vivaient la même chose, alors je n’ai pas eu à m’acclimater seul. »

Dans sa ville, à des milliers de kilomètres de là, on parle de Montréal à cause du Canadien et on se raconte des histoires de peur sur ses routes. « Pour nous, la conduite à Montréal est tout simplement terrifiante. Chez nous, il y a juste une route. […] Vous roulez jusqu’à Baie-Comeau, vous tournez à gauche et ensuite c’est tout droit pendant une journée. » Une réalité très éloignée de l’autoroute Décarie avec le tunnel et le reste, dit-il en riant. « En gros, quand j’étais jeune, Montréal était pour moi une ville géante incroyable, mais un peu effrayante si vous deviez conduire. »

Ce qu’il aime le plus : les Montréalais. « Certaines des personnes que j’aime le plus au monde vivent ici et il y a un paquet de gens qui font des trucs super intéressants. »

Ce qu’il déteste : dans le contexte des inondations, cela peut sembler paradoxal, mais il trouve qu’il n’y a pas assez… d’eau. Ayant grandi près d’un lac, il en a besoin. « Même si Montréal est une ville près du fleuve, ce n’est pas une ville d’eau, déplore-t-il. J’habite dans Saint-Henri, alors au moins, j’ai le canal de Lachine. »

Photo: Christian Blais

Geneviève Pettersen Auteure
Originaire de Chicoutimi
Vit à Montréal


Adolescente, Geneviève Pettersen fréquentait un certain Sébastien, dont le père vivait à Montréal. Le chanceux passait donc ses étés dans la métropole. « Pour moi, c’était d’un exotisme sans nom. Je le trouvais hot parce qu’il avait un contact avec la grande ville. »

On ne l’avait pourtant pas éduquée comme ça. « Quand on allait à Montréal avec mes parents, c’était pour aller au Biodôme et au Stade olympique, puis on barrait les portes quand on traversait le pont. »

Était-ce un attrait de l’interdit ? Chose certaine, elle a vite rêvé d’y vivre. « Je me sentais différente, alors pour moi, Montréal, c’était un monde de possibles. J’avais l’impression que c’était l’endroit où j’allais pouvoir être moi-même, réaliser tous mes rêves. Que ça allait être facile. C’était un peu mon rêve américain à moi. »

Elle voyait dans la ville la porte d’entrée à la culture. « Quand j’étais jeune, il n’y avait pas encore Internet, alors la culture globale ou montréalaise ne nous parvenait pas aussi facilement que maintenant. » Des amis plus cool qu’elle « revenaient de Montréal avec des vêtements ou des cheveux qu’on n’avait jamais vus, avec de la musique qu’on n’avait jamais entendue, des drogues qu’on n’avait jamais essayées ».

À 18 ans, elle débarque avenue du Parc, dans le quartier des juifs hassidiques, et c’est le choc culturel. « Je me rendais compte que c’était très différent de ce que j’imaginais, mais en même temps, c’était hyperstimulant. Je capotais. »

Ce qu’elle aime le plus : la bouffe. « Il y a un monde de possibilités pour la bouffe à Montréal. Tout le métissage de la cuisine. Je trouverais ça difficile de me passer de ça. À mon dépanneur, je peux trouver des Joe Louis, mais aussi des produits chinois étranges. La nourriture, c’est la porte d’entrée de la culture d’une ville. »

Ce qu’elle déteste : les transports. « J’en fais une maladie de me promener en auto dans cette ville-là. C’est mal fait », dit-elle, avant d’ajouter que le réseau de transport en commun est tout aussi nul.

2 commentaires

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  • Jacques Patenaude - Abonné 20 mai 2017 08 h 48

    Intéressant

    Cet article est très intéressant. Pourquoi maintenant ne pas faire le contraire: "Les régions vu de Montréal".

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 mai 2017 09 h 34

    … cé où ?!? …

    « Quand on grandit en région ou au-delà, la métropole est associée à toutes sortes de mythes, de malentendus et de rêves. De la Côte-Nord à l’Abitibi, quatre natifs des régions » (Isabelle Porter, Le Devoir)

    De ce regard sur ou concernant Montréal, mythe d’un natif (A) :

    Du temps des crèches, et des enfants qui, de naissances et vivant emmurés de ciment, de terrazzo et de fleurs plasitifées montréalais, et ne sachant pas d’où ils provenaient ni se retrouvaient, allaient domicilier et prendre enfance en pleine zone rurale dont Mtl en serait le centre d’attraction-activité par excellence !

    De ce centre réputé, et de cette enfance placée en milieu agricole ou forestier, et rural, la vision de Montréal lui demeure comme une éternelle mystérieuse question : « Cé où Montréal qui l’a vu naître et bercer, sauf paître ? »

    De ce mythe, Montréal ou …

    … cé où ?!? … - 21 mai 2017 –

    A : Anecdote d’auteur