Montréal, du murmure des ruelles à la turlute du métro

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le son des bâtons de hockey sur l’asphalte est associé à Montréal.

Toutes les villes possèdent leur rumeur urbaine, mais certaines notes résonnent plus fort que d’autres à Montréal. Les carillons de la ville aux cent clochers se sont tus et d’autres échos ont remplacé le ballet quotidien des bourdons. Côté son, la ville se révèle aujourd’hui plurielle, à en croire nos Montréalais.

« Un son typique de la métropole, c’est celui de la rumeur des ruelles. Le son des bâtons de hockey qui claquent sur l’asphalte, c’est infiniment associé à Montréal, à l’enfance, à cet espace de liberté et à cette vie parallèle qui grouille dans les ruelles », affirme Sylvain Bellemare, oreille aiguisée, récemment couronné pour le meilleur montage sonore aux Oscar à Hollywood.

 

La clameur de la foule

Unique, aussi, la clameur de la foule qui émerge des estrades du stade Molson lors des matchs de football et qui va se percuter sur les flancs du mont Royal.

« En plein coeur de la ville, on sent tout à coup qu’il se passe quelque chose d’unique et d’exaltant, avec le bruit de cette foule à l’unisson », ajoute le monteur.

Singulière également, la clameur qui émerge du centre-ville lors de la brochette de festivals qui saucissonnent l’été en rendez-vous collectifs, affirme le muraliste Stikki Peaches, urbain jusqu’à la moelle.

« Les vibrations du Festival de jazz et des nombreuses fêtes de rue, notamment du festival Mural, ça donne une ambiance sonore unique à la métropole. C’est le son d’une ville où les gens ont vraiment besoin d’être dehors et de profitert de chaque journée d’été. »

Grondement du Montréal souterrain, le métro ajoute à la signature sonore de la métropole. « Le fameux “vou-dou-dou” du métro, fa, si bémol, fa. Ces notes-là, je les reconnais entre toutes. Même si tu fermes les yeux, tu sais que tu es à Montréal », insiste le bédéiste Michel Rabagliati, musicien et choriste à ses heures.

 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Grondement du Montréal souterrain, le métro ajoute à la signature sonore de la métropole.

Le concert des souffleuses

Pour une oreille non avertie, le grondement des déneigeuses et des grattes qui avalent des bancs de neige entiers relève aussi de l’expérience sonore totale. « Le bruit des souffleuses, c’est quelque chose de tellement impressionnant que j’ai découvert enfant, moi qui suis née dans un pays sans neige, raconte la chasseuse d’épices Ethné de Vienne. C’est un spectacle, c’est même un concert. »

Un seul son suffit pour rappeler à Anaïs Barbeau-Lavalette sa condition de Montréalaise insulaire. Celui du cri constant des goélands. « On oublie que Montréal est une île. Ça me frappe chaque fois que je reviens de l’étranger, cette rumeur qui vient du ciel. »

L’écrivaine fond aussi pour le chant des outardes, ce marqueur des saisons qu’elle guette au printemps. « Même en ville, on les entend. Elles sont comme des métronomes qui annoncent le retour d’un cycle. C’est le son de l’été à venir, le signal d’un immense soulagement après un hiver de force. Ça m’émeut, ma fibre identitaire vibre. »

Cette gamme sonore ne serait pas complète sans ajouter à ce registre le son de Montréal, le son né de l’undergound local et qui résonne aujourd’hui aux quatre coins de la planète, affirme le rappeur Socalled.

« Le son de Montréal, c’est aussi les partys after hours des années 2000 avec les DJ et la musique techno,lance-t-il. C’est aussi le méli-mélo du français, du grec, du portugais, autant de langues qu’on peut entendre dans une même journée. »

Le silence mythique

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Fred Pellerin

Et pour le virtuose du verbe Fred Pellerin, fréquent visiteur du maestro Nagano et de la Maison symphonique, un des secrets les mieux gardés de la ville, c’est le silence mythique de sa nouvelle salle de concert.

« Se retrouver seul dans cette dose immense d’acoustique, c’est une expérience qui frôle le mystique, le sacré. Un silence tellement imposant que tu restes ébloui devant son ampleur. C’est comme entrer dans une cathédrale, assis seul au milieu de la salle. »

1 commentaire

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  • Jean-Guy Aubé - Abonné 13 mai 2017 15 h 50

    Ridicule

    Lex experiences sensuelles à court terme n'ont rien d'historique. C'est la contituation de la tyranie du ici et maintenant basé sur les envies et les désirs à court terme au détriment d'une vision historique à long terme du devenir d'une ville, d'un Etat, d'un pays. De Gaulle avait une certaine vision de la France, Coderre n'as aucune vision de Montréal a part la gestion des pitts bulls.