Des sinistrés de Pierrefonds se disent déçus des autorités qui n’ont pas su prévenir les inondations

Mariane Fournier et Oscar Lozano ont été réveillés vers 6 h du matin dimanche dernier lorsqu’une digue a cédé, inondant complètement leur maison. Les pompiers ne leur ont laissé que 15 minutes pour récupérer leurs effets personnels et évacuer leur résidence.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mariane Fournier et Oscar Lozano ont été réveillés vers 6 h du matin dimanche dernier lorsqu’une digue a cédé, inondant complètement leur maison. Les pompiers ne leur ont laissé que 15 minutes pour récupérer leurs effets personnels et évacuer leur résidence.

Des sinistrés de Pierrefonds sont reconnaissants de l’aide des militaires venus jeudi solidifier des digues pour faire baisser le niveau de l’eau. Ils déplorent toutefois que, encore en 2017, les villes et gouvernements se contentent de réagir plutôt que de faire de la prévention.

« J’apprécie ce que l’armée fait pour nous, mais malheureusement, c’est trop tard. Le mal est fait. Il aurait fallu prévenir plutôt que guérir », lance Marcel, un résident de la rue Dauville qui ne souhaitait pas donner son nom de famille.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Un résidant de Pierrefonds constatait la gorge nouée par l’émotion  l’étendue des dégâts sur son terrain. Un sentiment de déjà-vu l’habitait puisqu’en 1974, lorsqu’il venait de construire sa maison, une montée des eaux lui avait fait craindre le pire.

Jeudi, quelque 400 soldats ont été déployés dans le secteur de l’avenue du Château-Pierrefonds et des rues Boulogne et Dauville au nord du boulevard Gouin pour renforcer un mur d’environ 26 500 sacs de sable faisant plus de 350 mètres de long.

En pleine nuit dimanche dernier, une soixantaine de résidants de ce secteur avaient dû être évacués après que cette digue a cédé, inondant complètement leurs maisons.

Dès 8 h, les soldats ont travaillé d’arrache-pied, si bien qu’ils ont même terminé plus rapidement que prévu. « La prochaine étape sera l’installation des pompes pour commencer à assécher les rues pour permettre aux sinistrés de regagner rapidement leur résidence », explique le lieutenant-colonel Alain Cohen.

Le pompage de l’eau du secteur devait débuter en début de soirée, jeudi.

Aide tardive

L’intervention des militaires a été suivie de près par les sinistrés. « On est déçus parce que des pompiers étaient venus samedi et nous disaient que tout était maîtrisé. C’est gentil, l’aide qu’on nous apporte, mais il aurait fallu agir lorsqu’on voyait que le niveau de l’eau ne cessait de monter, pas après », se désole Mariane Fournier, qui habite sur la rue Dauville depuis deux ans.

Elle et son conjoint, Oscar Lozano, viennent tous les jours vérifier l’état de la rue.

« On a hâte de commencer le nettoyage pour passer à autre chose. On espère que la rue s’assèche cette fin de semaine avec l’intervention des soldats », souligne M. Lozano.

Le couple a de la difficulté à cacher sa déception. Lundi, il a pu accéder à sa maison à bord d’un kayak pour constater les dégâts.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que l’eau monte dans ce secteur. « En 1974, il y avait eu une inondation sur la rue. Ça faisait à peine deux mois que j’avais terminé de construire ma maison », se souvient leur voisin Marcel.

L’homme s’explique mal que, 43 ans plus tard, la Ville ne soit prête lorsqu’il y a des risques d’inondation.

« Il faudrait qu’ils comprennent que c’est la prévention qui rapporte. C’est la recette pour réussir dans n’importe quelle sphère de la vie », fait-il valoir.

À Rigaud, des sinistrés refusaient toujours jeudi de quitter leur résidence. La Ville a annoncé qu’à partir de vendredi, elle leur donnera des contraventions allant jusqu’à 5000 $.

Revoir l’aménagement

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a mandaté jeudi la commission de l’aménagement pour dresser un portrait des inondations printanières de mai 2017.

La commission devra également formuler des recommandations en matière d’aménagement du territoire dans une perspective d’adaptation aux changements climatiques.

« Il faut tirer des leçons des événements des dernières semaines et mieux se préparer collectivement aux conséquences imprévisibles des changements climatiques », dit Denis Coderre, maire de Montréal et président de la CMM.

Bilan au Québec

4485 résidences inondées
3641 citoyens évacués
187 municipalités touchées
552 routes touchées
 

Révision des programmes

Les sinistrés s’inquiètent également pour leurs finances. Ils espèrent que les montants du programme d’aide aux sinistrés seront bonifiés.

De passage à Gatineau jeudi, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a réitéré que son gouvernement est prêt à revoir les calculs pour les programmes d’indemnisation.

« On est en révision notamment des seuils, des critères d’admission et des plafonds de remboursement, on regarde tout ça », a déclaré M. Couillard, qui ne s’attend pas à ce que cette révision suffise à tout le monde.

« Il faut être conscient qu’il y aura un autre plafond. Alors, la personne qui va être au-delà de l’autre plafond va trouver que le plafond n’est pas assez élevé. Ce qu’on veut faire, c’est actualiser ça pour les coûts réels qu’on a aujourd’hui », a ajouté le premier ministre.

Son homologue canadien, Justin Trudeau, aussi présent à Gatineau, a pour sa part de nouveau parlé de la nécessité de s’adapter aux changements climatiques.

« Si on a des événements qui sont censés arriver tous les 100 ans seulement et qui arrivent toutes les décennies, ou tous les deux ou trois ans, il va falloir qu’on repense à comment on bâtit nos villes », a avancé M. Trudeau.

« Il va falloir reconstruire mieux pour qu’on ne soit pas en train de faire face à la même situation dans cinq ans, dans dix ans, dans vingt ans », a-t-il ajouté.

Les deux premiers ministres ont pu constater du haut des airs, à bord d’un hélicoptère, l’étendue des dégâts à Gatineau, où la crue printanière a débuté à la mi-avril. Ils ont ensuite fait quelques pas dans les rues des secteurs affectés.

2,9 millions

Somme des dons recueillis en date de jeudi pour le Fonds de secours pour les inondations au Québec. Pour faire un don: www.croixrouge.ca ou 1 800 418-1111. Source: La Croix-Rouge

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 mai 2017 07 h 28

    ho, ho, qu'elle question embêtante

    Au Québec il semblerait que de la prévention on ne connaisse pas, il semblerait que nos élus ne s'intéressent qu'a ce qui rapporte, il serait intéressant de connaitre les argents qui vont a l'investissement et ceux qui vont a la prévention

  • Bernard Terreault - Abonné 12 mai 2017 08 h 33

    La prévention

    « Il faudrait qu’ils comprennent que c’est la prévention qui rapporte. C’est la recette pour réussir dans n’importe quelle sphère de la vie ». La personne qui dit cela a déjà été inondée en 1974. La prévention aurait consisté à s'installer ailleurs. Faisons des bords des cours d'eau des parcs.

    • André Labelle - Inscrit 14 mai 2017 19 h 38

      Je suis riverain de la rivière des Mille Îles depuis 1974 et ma conjointe depuis 1948. Grâce à notre expérience des lieux, celles de ses parents et les souvenirs datant du début des années 1900, disons vers 1910, nous avons établi notre demeure en fonction des hautes eaux historiques.

      Vers 1974 une inondation qualifiée de centenaire par les experts et les anciens résidents des lieux a été observée. Nous n'avons eu, en '74 et en 2017, aucun domage. Statistiquement l'inondation de 2017 aurait dû se produire en 2074 seulement.
      Vous voulez faire des parcs des rives des cours d'eau. Alors serez-vous disposés à acheter, au prix du marché, avec vos taxes, nos résidences riveraines ? Il serait beaucoup plus intelligent de prendre des mesures concrètes pour permette aux citoyens de vivre en sécurité à proximité des cours d'eau. Il y a d'autres solutions plus intelligentes que de raser toutes les maisons aujourd'hui aux prises avec les cycles raccourcis des inondations.