Les inondations créent l'état d’alerte en Mauricie

Pierre Côté, résidant de Nicolet, croise les doigts pour que sa maison devant le fleuve soit épargnée par la montée des eaux prévue au cours des prochaines heures.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pierre Côté, résidant de Nicolet, croise les doigts pour que sa maison devant le fleuve soit épargnée par la montée des eaux prévue au cours des prochaines heures.

La Mauricie se prépare au pire. Les grandes marées, conjuguées à de fortes pluies attendues et aux chutes de neige records de l’hiver, menacent d’inonder des milliers de résidences situées le long du fleuve Saint-Laurent.

Mercredi, c’était le calme avant la tempête pour des milliers de riverains du fleuve, entre Batiscan et Maskinongé, près de Trois-Rivières. Des centaines de militaires des Forces canadiennes aidaient les résidants à empiler des sacs de sable pour protéger les maisons situées en bordure du fleuve et de ses affluents.

« On essaie de protéger notre petit paradis », dit Pierre Côté, rencontré chez lui à Port-Saint-François, un quartier de Nicolet qui longe le Saint-Laurent. Normalement, on trouve ici une plage de sable fin de plusieurs dizaines de mètres. Mais mercredi, l’eau du fleuve venait lécher son terrain, à quelques pas de sa maison.

« On croise les doigts pour que tout se passe bien. Personne n’est à l’abri de la force de la nature », ajoute-t-il.

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le niveau d'eau continue de monter en Mauricie.

En matinée, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, a prévenu les résidants de la Mauricie que les prochains jours seront difficiles, « particulièrement aux abords du lac Saint-Pierre ».

Entre 20 et 40 millimètres de pluie sont attendus d’ici dimanche. Les responsables de la sécurité civile prévoient que le niveau du fleuve, déjà critique, montera de 25 centimètres.

Calme et préparation

Une équipe du Devoir a parcouru la région des deux côtés du lac Saint-Pierre mercredi. Partout, les riverains se préparent à la hausse importante du niveau du fleuve. Et partout, le calme règne.

La présence fort visible de militaires canadiens (à bord d’hélicoptères et de chars blindés, notamment), de policiers, de pompiers et de responsables de la sécurité civile rassure les gens. Dans le quartier Pointe-du-Hameau, à Nicolet, les voisins s’entraident : certains distribuent en chaloupe des dizaines de sacs de sable préparés par les militaires. Un résidant et sa voisine pêchent la perchaude à partir de leur balcon. Le fleuve a envahi leur rue.

Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Des militaires canadiens sont venus en aide aux sinistrés.

La mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois, a recommandé l’évacuation des résidants de 17 rues situées près de l’eau. Mercredi, tous les résidants rencontrés dans ces zones préféraient rester tant que l’eau n’atteindrait pas un seuil critique.

« On est en alerte. On souhaite que les gens quittent [leurs résidences] avant que les accès routiers ne soient plus praticables. On ne sait pas à quelle hauteur l’eau va monter. Pour l’instant, il n’y a personne au centre d’hébergement qui est ouvert », a-t-elle dit.

Les militaires ont rempli 2000 sacs de sable à l’aide d’un camion normalement utilisé pour étendre du sable ou du sel sur la chaussée, mercredi à Nicolet. Les municipalités voisines peuvent joindre la sécurité civile pour commander des sacs en fonction de leurs besoins, a précisé Geneviève Dubois.

 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les milliers de riverains dans la région de Trois-Rivières se préparaient au pire avec un calme déconcertant, à l'exemple de Stéphanie Rouillard et Jacques Hamel, de Nicolet, qui ont pris le temps de taquiner le poisson.

Des membres de l’armée canadienne ont distribué 4000 sacs de sable dans la municipalité de Batiscan au cours des dernières heures. Onze pompiers de Québec sont venus aider à construire des digues. « Pour le moment, c’est tranquille, mais on se prépare à une hausse du niveau de la rivière Batiscan et du fleuve », dit la mairesse Sonya Auclair.

La routine

Près de là, à Yamachiche, les Forces canadiennes ont offert des bras pour distribuer des sacs de sable, mais la Ville n’en avait plus besoin. Les résidants des 75 maisons ou chalets du secteur du chemin Louis-Gatineau sont bien préparés pour la hausse prévue du niveau du fleuve, explique Jacques Pellerin, coordonnateur des mesures d’urgence.

« Les gens sont habitués à ça. On fait ce qu’il faut pour les aider, et ils sont déjà prêts. On a eu l’aide de l’armée depuis quatre jours », dit-il.

Gérard Paquin, qui vit depuis 30 ans sur la rive du fleuve, n’est pas du tout énervé par la montée des eaux. « Y’a rien là, dit-il. Ce n’est pas la première fois que ça arrive. On sait comment se préparer. Et l’eau va bien finir par s’en aller. »
 

Des marées qui inquiètent

En plus des importantes quantités d’eau drainées par les rivières et le fleuve Saint-Laurent, les citoyens de la Mauricie redoutent l’effet des marées attendues au cours des prochains jours. Il faut savoir que l’effet des marées sur le fleuve Saint-Laurent se fait ressentir jusqu’au lac Saint-Pierre, près de Trois-Rivières. Celles-ci, lorsqu’elles atteignent leur portion « haute », deux fois par jour, agissent comme une sorte de mur qui a pour effet de ralentir l’écoulement de l’eau qui descend le fleuve, explique Christian Fraser, professionnel de recherche en géoscience côtière à l’UQAR. Dans un contexte de fort débit, ces marées peuvent donc aggraver les situations d’inondation. Heureusement, précise M. Fraser, les grandes marées du printemps ne sont pas attendues avant le 27 mai. C’est à ce moment que l’effet des marées sera le plus fort.

Au Québec

4141 résidences inondées;
3033 citoyens évacués;
173 municipalités touchées;
554 routes touchées 
Source : Urgence Québec

Campagne de la Croix-Rouge

2,4 millions 
Somme des dons
recueillis par la Croix-Rouge en date de mercredi grâce aux dons des citoyens, des municipalités et des entreprises.

1 million 
Montant
ajouté par le gouvernement fédéral

500 000$
Montant
offert par le gouvernement du Québec

250 000$
Montant
offert par la Ville de Montréal

100 000$
Montant
offert par la Ville de Québec

La collecte servira à aider les sinistrés lors du retour à la maison entre autres pour le nettoyage, l’achat de meubles et l’hébergement. Les gens qui souhaitent faire un don au Fonds de secours pour les inondations au Québec peuvent le faire au www.croixrouge.ca ou par téléphone au 1-800-418-1111.
Source : La Croix-Rouge
3 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 mai 2017 04 h 10

    Deux petites questions en passant comme ça !

    a) Si la CAQ avait mis en oeuvre son "plan St-Laurent", où en seraient les investissements après cette saison d'inondations ?

    b) Et si le pipeline de "ÉnergieEst de TransCanada" de 4500 km de long traversait le Canada et était en fonction, quels effets pourraient avoir les inondations sur cette longue tuyauterie dégoulinante et qu'elles pourraient en être les conséquences sur l'environnement, sur la qualité de l'eau qui approvisionne les municipalités le long du St-Laurent, et sur les terres agricoles de la vallée du St-Laurent ?

    TransCanada peut-il nous fournir une analyse environnementale concernant cette variable "inondation" ?

    • Linda Dauphinais - Inscrit 11 mai 2017 07 h 55

      Tellement raison madame Ste-Marie... Énergie Est ne doit pas passer, ni au Québec, ni ailleurs... Nous ne voulons pas et nous ne voulons plus JAMAIS d'exploration de gaz et de pétrole de schiste sur notre territoire et nous serions heureux de voir le gouvernement en place donner des millions de dollars non pas à ces compagnies et à ces lobbyistes bien connus (Bouchard, Caillé)... Et quel fouillis n'est-ce pas causé dans les années Charest... http://iris-recherche.qc.ca/blogue/ceux-qui-veulen

  • Robert Morin - Abonné 11 mai 2017 05 h 59

    Et pourtant, au barrage de Cornwall...

    Je veux bien que l'on répète ad nauseam que la décrue du Lac St-Pierre tarde à venir, mais dans les facteurs aggaravants habituellement cités, comme « les grandes marées, conjuguées à de fortes pluies attendues et aux chutes de neige records de l’hiver », on oublie systématiquement de mentionner que le débit du barrage de Cornwall, qui a un effet direct sur le niveau du Lac St-Pierre, a été augmenté il y a deux jours, par suite ds pressions des riverains du Lac Ontario, tant aux É.-U. que dans la région de Toronto. Le porte-parole du comité conjoint de gestion de ce barrage l'a admis du bout des lèvres en entrevue, mais depuis, dans les médias, c'est silence radio. J'aurais aimé que l'on compare l'ampleur des inondations que l'on prétend vouloir ainsi «soulager» aux É.-U. et en Ontario avec l'ampleur du sinistre que vivent les Québécois de la Mauricie... juste pour constater s'il y a véritablement équité dans cette décision.