État d’urgence et patience pour lutter contre les inondations

«C’est du jamais vu en 55 ans, depuis qu’on compile des données au gouvernement», a dit le ministre de l’Environnement, David Heurtel. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «C’est du jamais vu en 55 ans, depuis qu’on compile des données au gouvernement», a dit le ministre de l’Environnement, David Heurtel. 

Il faudra patienter. Le niveau de l’eau cessera de grimper entre lundi et mercredi, estiment les autorités alors que deux villes, Montréal et Laval, ont décrété dimanche l’état d’urgence pour se doter de pouvoirs spéciaux et composer avec une crise que le Québec n’a pas vue depuis des années.

Entre les efforts acharnés de citoyens exténués, le travail spontané des bénévoles et l’arrivée de centaines de militaires dans le corridor Outaouais-Mauricie, Québec a indiqué qu’environ 1000 personnes ont jusqu’ici été évacuées, soit cinq fois plus que vendredi. Dans la mesure où près de 130 municipalités sont touchées, jusqu’en Gaspésie, tout le monde est sur les talons.

Les autorités surveillent notamment le niveau de l’eau de la rivière des Prairies, dont la hausse compliquera une situation déjà difficile. « Il va y avoir une recrudescence de 20 centimètres des eaux », a dit le maire de Montréal, Denis Coderre, lors d’une conférence de presse. « Alors, on est en mode prévention. […] Les 48 prochaines heures vont être déterminantes. »

En plus des centres d’hébergement de la Croix-Rouge qui voient le jour pour recevoir des sinistrés, Québec a mis sur pied quatre centres de coordination régionaux à l’intérieur desquels on retrouve tous les intervenants liés à la sécurité civile : autorités municipales, services d’incendie, policiers et forces armées canadiennes. Ces centres — situés à Montréal, en Montérégie, en Mauricie et en Outaouais — ont pour mission de faire le tri des demandes qui proviennent des municipalités.

« Le niveau des eaux atteint des zones qui sont normalement du zéro à 100 ans. Ce sont des inondations qui sont exceptionnelles, ici à Laval. Comme elles le sont dans l’ensemble des régions touchées, que ce soit l’Outaouais, la Mauricie, ou dans certains secteurs de la Montérégie comme Rigaud », a dit le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, en fin de journée dimanche. « Les citoyens sont durement éprouvés. Il faut qu’on leur prête toute l’aide nécessaire. Il y a d’ailleurs énormément de gestes solidaires à travers le Québec. C’est apprécié des citoyens. […] Je suis convaincu qu’on va passer au travers. »

Forces armées

Quant au nombre de militaires déployés dans les municipalités touchées, il devrait atteindre 1200, trois fois plus que ceux envoyés sur le terrain dans un premier mouvement samedi. Selon le lieutenant-colonel Pascal Larose, 400 d’entre eux ont pris la route de Gatineau et Rigaud. Par ailleurs, on en dénombre 550 dans la région montréalaise, 75 à Trois-Rivières/Nicolet et 200 sur la Rive-Sud. L’aide comprend aussi des bateaux et des appareils permettant de produire des sacs de sable.

La ville de Montréal a indiqué que l’augmentation du niveau de la rivière des Prairies « aura pour effet d’affaiblir les digues, les murets et les barrages d’eau installés aux endroits névralgiques pour freiner l’infiltration d’eau ».

L’état d’urgence permet à une municipalité de poser un certain nombre de gestes consistant à contrôler une situation exceptionnelle. Ce faisant, Laval a indiqué, par exemple, qu’elle peut « contrôler l’accès aux voies de circulation concernées, ordonner l’évacuation des personnes et veiller à leur hébergement et leur sécurité, requérir l’aide de citoyens en mesure d’assister les effectifs déployés, réquisitionner des moyens de secours et engager toutes les dépenses et contrats nécessaires ».

« C’est du jamais vu en 55 ans, depuis qu’on compile des données au gouvernement », a dit le ministre de l’Environnement, David Heurtel, en rappelant la combinaison puissante que sont les pluies incessantes à la suite d’un hiver enneigé. Le débit de la rivière des Outaouais est « particulièrement rapide » et atteint presque 9000 mètres cubes par seconde. Ce débit sera également en vigueur lundi, après quoi il commencerait à diminuer.

Secteurs à Montréal

Les arrondissements montréalais touchés par l’état d’urgence sont Ahuntsic–Cartierville, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, Pierrefonds-Roxboro, Sainte-Anne-de-Bellevue et Senneville. En raison de la fermeture de plusieurs rues, la circulation était extrêmement difficile et des bouchons importants paralysaient les rues de plusieurs secteurs en périphérie des zones touchées.

Quant à l’île Mercier, accessible seulement par l’île Bizard, on y dénombrait encore une vingtaine de personnes dimanche, réparties dans huit maisons, selon le service d’incendie rencontré sur place. Le pont qui y mène est complètement submergé. Au total, l’île compte une cinquantaine de maisons.

Lors de la crise du verglas, en janvier 1998, c’est la police de la Communauté urbaine de Montréal qui avait décrété l’état d’urgence pour accélérer ce qu’on appelait à l’époque « Opération survie ». Cela avait permis de mettre 1000 policiers sur les rues d’un seul coup. Au sommet de la crise, 1750 policiers travaillaient sur chaque quart de 12 heures, en plus des 600 employés municipaux mobilisés pour la cause.

Plus récemment, la crue des eaux à Saint-Jean-sur-Richelieu en mai 2011 avait là aussi nécessité un appel aux Forces armées canadiennes. Environ 600 soldats avaient mis à contribution le 5 mai. On comptait alors 3000 résidences coincés par l’eau. À ce moment-là 1000 personnes avaient déjà été évacuées.

La crise chiffrée

146 villes sinistrées

2429 résidences inondées

1520 personnes évacuées

427 routes touchées
 
Source : Urgence Québec, vers 22h dimanche
4 commentaires
  • Yvon Beaudoin - Abonné 8 mai 2017 06 h 05

    Le MDDELCC et les municipalites

    Quiconque se promène au Quebec remarquera que l'on déboise et construit le long des berges des lacs et rivières comme jamais auparavant. On fait fi des risques pour assouvir l'appétit des promoteurs et des maires pour le développement économique et de nouvelles entrees de taxes foncières. Aujourd'hui nous allons payer pour ce laisser-faire par nos impots et taxes et bientot surtout sur nos primes d'assurance-habitations. Au moins, on pourra se consoler avec la belle photo du troupeau de liberaux mouillées pour la pause et affublés de leurs beaux manteaux fournis par la sécurité civile...

  • Denis Paquette - Abonné 8 mai 2017 09 h 07

    que des poussières dans le cosmos

    encore une preuve que notre destin est quelque chose qui nous échappe et qui va souvent au delà de notre volonté, que notre monde ne nous sera jamais totalement soumis, certains croient que notre destinée est cosmique, j'ai tendance a le croire, combien de civilisations et d'espèces sont disparues, sous le choc provoqué par des masses venues du fin fond du monde, arrêtons de croire a notre super puissance et acceptons que nous ne sommes que des poussières dans le cosmos

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 mai 2017 12 h 02

    Au Québec,il est inconcevable

    que les poussieres comme l'incurie,l'inconsistance,les magouilles,la corruption et l'
    incompétance soient balayés sous le tapis recouvert par des mensonges.On tente par tous les
    moyens frauduleux et publicitaires de berner la population non informée et endormie avec l'appui de certains médias,hélas.

  • Colette Richard-Hardy - Abonné 8 mai 2017 12 h 55

    375e

    C'est tout un rappel dans le temps. Maisonneuve plante une croix pour que l'inondation cesse de monter sur Ville-Marie l'ancêtre de Montréal.
    Est-ce que les historiens savent de quelle ampleur était cette catastrophe?
    Soyons courageux et nous nous en sortirons.