Pasteur de la diversité

Le pasteur David Lefneski officie à l’église protestante de la rue Clemenceau à Verdun.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le pasteur David Lefneski officie à l’église protestante de la rue Clemenceau à Verdun.

Le pasteur protestant David Lefneski est ouvertement gai, côtoie des imams et accepte de marier les gens sans égard à leur confession ou à leur identité sexuelle. Rencontre avec un homme d’Église qui a foi en la diversité.

Quand le pasteur David Lefneski a entendu l’histoire de ce fondamentaliste de la Floride qui menaçait de brûler un Coran le 11 septembre 2010 pour dénoncer la « menace islamiste », il a voulu poser un geste clair d’ouverture religieuse.

Le dimanche suivant, il a invité des leaders musulmans dans sa petite église protestante de la rue Clemenceau, à Verdun. « L’imam a chanté des passages du Coran. Nous avons échangé bible et coran. C’était le début d’une belle relation avec la mosquée et la communauté musulmane du quartier. »

L’ouverture du pasteur ne s’arrête pas là : il assume publiquement son homosexualité, marie des couples LGBT, tient des messes bilingues, en plus d’avoir été huit fois famille d’accueil.

C’est que le pasteur Lefneski, qui officie pour la SouthWest United Church à Verdun, place la diversité au coeur de son engagement religieux. Sa philosophie : « Quand le voisin cogne à ma porte, explique-t-il en entrevue, je n’ai qu’une question : de quoi as-tu besoin ? »

Si David Lefneski a aujourd’hui les coudées franches à 57 ans, il n’en a pas toujours été ainsi dans sa vie. Ce grand gaillard à lunettes, toujours affable et souriant, a grandi au sein d’un culte fondamentaliste de Guelph, en Ontario.

« Chaque fois que j’ai changé d’Église, c’était pour des raisons d’exclusion. Lorsque j’ai embrassé un homme pour la première fois à 27 ans [il était alors pasteur pentecôtiste à Montréal-Nord, marié et père de deux enfants], j’ai été expulsé de la paroisse le dimanche suivant. Après huit ans de travail dans une paroisse que j’avais fondée. »

Même sort dans l’Église presbytérienne Saint-Luc, à Rosemont, où il officie les 10 années suivantes. Son statut de père divorcé est accepté, mais pas celui de pasteur gai. « Quand j’ai assumé que mon amour pour un homme gai était un bon amour, j’ai dû partir. Encore une fois. »

C’est l’Église unie du Canada, reconnue pour accepter l’homosexualité, qui est venue à sa rescousse. « Ils m’ont dit : homme divorcé, papa gai, ce ne sont pas des empêchements pour nous. David, tu es un bon pasteur. C’est tout ce qui compte. »

Un culte pour tous

Fort de cet appui, le pasteur maintenant dépêché dans Verdun ouvre progressivement les portes de son église aux « réfugiés spirituels » qui sollicitent ses services. Chacun arrive avec son histoire, parfois dramatique.

« Le premier mariage gai que j’ai célébré est celui de deux soeurs catholiques ayant choisi de vivre leur sexualité hors de l’Église. C’était un geste d’amour très puissant. Pendant la cérémonie, j’ai pleuré. »

Au fil des ans, les demandes ont afflué : mariage d’une chrétienne et d’un musulman qui attendent un enfant, de catholiques divorcés, de couples de la communauté LGBT.

En mars dernier, Katherine et sa conjointe, un couple de lesbiennes de Verdun, ont fait baptiser leur fils rue Clemenceau. Jointe par téléphone, la femme d’origine américaine partage sa surprise d’avoir trouvé un culte si accueillant.

« Quand j’ai ouvert le dépliant, c’était écrit noir sur blanc qu’ils acceptaient de célébrer les mariages et les baptêmes de familles LGBT. Je n’avais jamais vu ça de ma vie ! J’ai immédiatement su que notre famille recevrait un accueil inconditionnel et j’en suis très reconnaissante. »

Katherine, qui se définit comme pratiquante, reconnaît avoir délaissé la messe ces dernières années. « J’étais tannée de faire des recherches et des vérifications… Car ce n’est jamais clair si une Église est pour ou contre l’homosexualité. » En fin de compte, le signal sans équivoque de l’Église unie du Sud-Ouest l’a convaincue de reprendre le rendez-vous dominical avec sa petite famille.

L’autre grande ouverture du pasteur Lefneski est envers le fait français. L’histoire d’amour part sur les chapeaux de roues, lors de son arrivée à Montréal avant le référendum de 1980.

« Je suis dans la rue Sainte-Catherine et je vois une nuée de drapeaux bleus qui va du Métropolis jusqu’au centre-ville. Les gens étaient venus écouter le prédicateur René Lévesque. C’était ça, pour moi, le Québec : fervent, passionné ! Je me suis aussitôt senti chez moi. »

Après un an d’études à l’Université Laval, il prêche en français à Montréal-Nord, puis à Rosemont. On le retrouve plus tard à Verdun, où il tente de jeter des ponts entre les anglophones et les francophones.

Les efforts sont là : site Web partiellement traduit en français, liturgie francophone à la demande, célébration d’une messe communautaire bilingue une fois par mois à la mission. Tout cela, soulignons-le, dans une communauté principalement anglophone.

Vivre la diversité à l’ère de Trump

Face à un président américain qui méprise les femmes, les Noirs, les Mexicains, les immigrants et les handicapés, on se demande bien comment réagit le pasteur. « Écoutez, on a assez de problèmes chez nous », répond-il avec détachement.

En fait, David Lefneski agit là où il peut avoir un impact : en organisant un « Mini-Marché » et une cantine de fin de mois dans le quartier, en aidant une famille musulmane menacée d’expulsion, en hébergeant un jeune réfugié.

Quand la tuerie de Québec a eu lieu, le pasteur s’est empressé de communiquer avec l’imam du Centre islamique : « Est-ce qu’il y a quelque chose que l’on peut faire ensemble qui serait aidant ? » a-t-il demandé. Le résultat a été une vigile de 150 personnes dans le parc du Souvenir, devant la mairie de Verdun.

« Après la vigile, tout le monde s’est réuni à la mosquée. C’était beau. C’était vrai. Du bon voisinage. » On imagine le pasteur à son aise dans la foule bigarrée. « Avec le recul, dit-il, je m’aperçois que j’ai toujours été habité par une soif d’hospitalité radicale. » On ne peut mieux résumer son parcours.

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