Le coût de la décontamination du terrain aurait été fixé sans étude complémentaire

La contamination du site du Faubourg Contrecoeur était un problème, a expliqué le témoin René Séguin au tribunal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La contamination du site du Faubourg Contrecoeur était un problème, a expliqué le témoin René Séguin au tribunal.

Le coût de la décontamination du site du Faubourg Contrecoeur a été fixé à 11 millions. Mais, selon le témoin René Séguin, ce prix a été lancé lors d’une réunion de travail alors qu’une étude complémentaire aurait été nécessaire pour obtenir une estimation plus juste.

Ancien président de la firme de génie-conseil Groupe Séguin (devenue Genius en 2010), René Séguin a témoigné jeudi au procès du Faubourg Contrecoeur, présidé par le juge Yvan Poulin.

 

Au moment où le projet immobilier se préparait, René Séguin avait déjà laissé les rênes de l’entreprise à Michel Lalonde. Il continuait toutefois de s’occuper de dossiers techniques. Il avait d’ailleurs pris en charge certains volets des études préliminaires que devait réaliser le Groupe Séguin pour la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM).

La contamination du site Contrecoeur était un problème, a-t-il expliqué au tribunal. Un sous-traitant, Claude Marcotte, de LVM Fondatec, avait fait une évaluation de l’état du terrain. Mais en juin 2006, M. Marcotte a avisé M. Séguin qu’une étude complémentaire serait requise pour faire une estimation précise des coûts de décontamination, a indiqué M. Séguin. Selon, Claude Marcotte, cette étude devait coûter 250 000 $ et nécessiter trois mois de travail.

Cette étude supplémentaire allait immanquablement retarder la réalisation du projet, a signalé M. Séguin. Mais, convaincus de la nécessité de la réaliser, les deux hommes se sont présentés à une réunion pour expliquer la situation à l’entrepreneur Paolo Catania et à Daniel Gauthier, de la firme Groupe Gauthier Biancamano Bolduc (GGBB), qui travaillait étroitement avec la SHDM.

Chiffre final

 

« On est arrivés comme deux innocents », a lancé M. Séguin lors de son témoignage. Rapidement, les deux hommes ont réalisé que la perspective de retards supplémentaires ne plaisait pas à leurs interlocuteurs. Pressé par M. Catania de donner une estimation des coûts de décontamination, Claude Marcotte a lancé « 11 millions », a expliqué René Séguin.

Selon M. Séguin, aucune discussion n’était plus possible. Catania a retenu ce chiffre, qu’il a intégré dans sa soumission à la SHDM.

Rappelons que la question de la décontamination du terrain est l’un des enjeux centraux de ce procès. Lorsqu’elle a vendu le terrain à Construction F. Catania, la SHDM avait soustrait de la facture les coûts de décontamination, soit 11 millions, et le montant d’autres travaux, ce qui a fait fondre le prix de vente à 4,4 millions.

Disant en connaître peu sur la décontamination, René Séguin s’est porté à la défense de Claude Marcotte. « Je veux le protéger. […] Marcotte était un professionnel », a-t-il assuré, faisant valoir que M. Marcotte avait peut-être perçu une menace dans l’attitude de Paolo Catania. « C’est sûr qu’il n’a pas planifié ça pour que ça coûte plus cher », a-t-il dit.

René Séguin a précisé que la Ville avait adopté une résolution spécifiant qu’elle assumerait seulement le coût réel de la décontamination. Quand Construction F. Catania a obtenu le contrat, l’entreprise a réalisé l’étude qui manquait, a souligné M. Séguin.

René Séguin poursuivra son témoignage mardi.

 

Rappelons que les six accusés, parmi lesquels Frank Zampino, ex-président du comité exécutif de la Ville, sont soupçonnés d’avoir eu recours à un stratagème visant à favoriser Constuction F. Catania pour la réalisation du projet immobilier.

Des nouvelles de Trépanier

 

Le juge Yvan Poulin n’a pu fixer une date pour le procès séparé que doit subir Bernard Trépanier, aussi accusé dans cette affaire. L’état de santé de l’ancien collecteur de fonds d’Union Montréal, qui est atteint d’un cancer, se détériore, a expliqué son avocat, Me Daniel Rock, indiquant que son client n’était pas en mesure de subir son procès dans les circonstances. Me Rock devra revenir en Cour le 15 juin prochain pour déterminer la suite des procédures.

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