L’accusé relâché en vertu de l’arrêt Jordan conteste son expulsion

Sivaloganathan Thanabalasingam a été accusé du meurtre de sa femme en août 2012.
Photo: Améli Pineda Sivaloganathan Thanabalasingam a été accusé du meurtre de sa femme en août 2012.

L’homme accusé du meurtre de sa femme qui a évité la prison en raison de l’arrêt Jordan conteste son expulsion du Canada mais reste détenu au moins jusqu’au 13 avril, a tranché lundi la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR).

Sivaloganathan Thanabalasingam, originaire du Sri Lanka, est visé par un avis d’expulsion, mais espère que son statut de résident permanent lui permette de rester au pays.

L’homme de 31 ans a échappé à son procès pour meurtre la semaine dernière en raison des délais déraisonnables. En contestant l’avis d’expulsion, il vient de retarder le processus d’environ quatre ans.

Après avoir passé cinq ans derrière les barreaux, M. Thanabalasingam souhaitait aller vivre chez son frère, à Montréal, le temps de se trouver un travail et de reprendre une vie normale.

Arrivé au Canada en 2004, l’homme n’a plus de famille au Sri Lanka. Son père, sa soeur et ses trois frères habitent au Québec.

Violence conjugale

En raison des nombreux antécédents qu’il a cumulés en matière de violence conjugale quelques mois avant la mort de son épouse le 11 août 2012, la CISR veut expulser M. Thanabalasingam puisqu’il n’est pas citoyen canadien.

L’homme avait plaidé coupable à des accusations de voie de faits et de non-respect des conditions pour s’être approché de sa femme alors que la Cour lui avait interdit de le faire.

Lorsqu’il a écopé de cinq mois de prison dans ces dossiers, il était déjà détenu pour le meurtre de sa femme, Anuja Baskaran.

La commissaire doit notamment évaluer si M. Thanabalasingam représente un danger pour la société ou s’il risque de fuir le Canada.

« Pas violent »

Devant la CISR, M. Thanabalasingam a répété à la commissaire Dianne Tordorf qu’il n’est pas un homme violent.

« C’est arrivé une fois [d’être violent], c’est correct. Ce n’est pas tous les jours et avec tout le monde. C’était à cause d’une personne et cette personne n’est plus là », a-t-il fait valoir.

Il a souligné que durant les cinq années passées en détention préventive, aucun incident l’impliquant n’a été rapporté.

L’homme prétend qu’avant d’être marié, il n’avait jamais eu de problème. « Je menais une belle vie. Je travaillais, j’avais acheté une maison, une auto, je payais mes taxes et mes impôts, c’est après mon mariage que tout a changé », a expliqué calmement en anglais M. Thanabalasingam.

La commissaire Tordorf a souligné son caractère impulsif, lui rappelant que les accusations auxquelles il a fait face sont graves.

« Oui, c’est une erreur, je me sens mal, c’est pour ça que j’ai été en prison pendant cinq ans », a-t-il mentionné la tête basse.

Le frère de M. Thanabalasingam est prêt à se porter garant de lui et à l’héberger s’il est libéré par la CISR.

Même s’il est conscient de la gravité de l’accusation de meurtre à laquelle faisait face son frère jusqu’à tout récemment, il dit être certain que celui-ci ne représente pas un danger pour la société.

La commissaire a toutefois préféré suspendre l’audience puisqu’elle souhaite entendre la belle-soeur de M. Thanabalasingam avec qui il cohabiterait également.

Il reviendra devant la CISR jeudi pour déterminer s’il pourra être libéré le temps que son dossier d’expulsion soit réglé.

Jeudi dernier, le juge Alexandre Boucher a tranché que les délais écoulés depuis l’arrestation de M. Thanabalasingam, il y a 56 mois, étaient déraisonnables et a conséquemment arrêté les procédures.

Il est le premier accusé de meurtre au Québec à être libéré grâce à l’arrêt Jordan.

En juillet 2016, la Cour suprême a fixé la durée maximale d’un procès à 18 mois à la Cour du Québec et dans les autres tribunaux provinciaux, et à 30 mois à la Cour supérieure.

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