Procès de Robert Gillet - «J'mens pas tout le temps», dit la jeune prostituée

La Couronne entretenait des doutes sur la véracité du récit de NSG jusqu'au 19 février dernier et a même interrogé la présumée victime de Robert Gillet en présence des policiers de Québec et du substitut en chef du procureur général, André Vincent, pour enfin apprendre que sa deuxième version de l'agression sexuelle qu'elle aurait subie aux mains de l'animateur de radio était fausse.

Les représentants du ministère public semblaient excédés lors de cette rencontre et ont prié NSG de se brancher une fois pour toutes. La jeune fille de 17 ans s'est exécutée en revenant à sa première version des faits pour le procès!

Or c'est précisément parce que son récit initial était truffé d'invraisemblances que NSG a dû élaborer une deuxième version devant l'insistance des policiers qui l'ont confrontée en juillet 2002. À l'époque, NSG a soutenu que Jean-François Guay était allé la chercher chez sa soeur et l'avait menée à un hôtel de Sainte-Foy, où Gillet l'aurait agressée. Elle portait une camisole verte ce soir-là et a fait la description d'un hôtel qui ne correspondait à aucun établissement connu. En outre, elle a donné cette camisole à une amie pour son anniversaire, le 30 novembre 2002. Comme NSG a rencontré Gillet pour la première fois de sa vie lors d'un souper au Postino, le 28, l'agression a nécessairement dû se produire le 29. Or Gillet a un alibi pour cette soirée. Il se trouvait à l'île d'Orléans en compagnie de sept ou huit amis.

Lors de la rencontre du 19 février, la procureure responsable du dossier, Geneviève Lacroix, a demandé à la plaignante si elle avait vraiment été agressée par Robert Gillet, ce qui a déchaîné la colère de la jeune fille. NSG a suggéré que Gillet avait aussi acheté la Couronne. Dans son esprit, l'accusé a soudoyé des compagnies de téléphone pour effacer toute trace de communication entre elle et lui, et il a même payé les amis qui lui ont fourni un alibi pour le soir de l'agression.

NSG n'était guère plus avancée à l'issue de la rencontre du 19 février. Elle a choisi de revenir à la première version, dont elle a reconnu la fausseté en juillet 2002 dans une déclaration assermentée sur vidéo. Une déclaration vidéo dont elle a aussi reconnu la fausseté, d'abord devant Me Vincent et son équipe, puis devant le tribunal hier.

En ce qui concerne la première version, elle ne devient plausible que si Robert Gillet a soudoyé Bell pour obtenir de faux relevés de téléphone et s'il a payé ses amis pour se forger un alibi. Et encore. Le soir du 29 novembre, NSG ne se trouvait pas dans les environs du boulevard Hamel, où l'agression se serait produite. L'écoute électronique démontre en outre qu'elle a pris rendez-vous avec un certain Mourad ce soir-là. C'est le genre de détail que les enquêteurs avaient signalé à NSG en juillet 2002...

NSG consommait du GHB, une «drogue du viol» reconnue pour ses effets sédatifs, à l'automne 2002. «J'ai des problèmes de mémoire. J'ai de la misère à replacer les gens et les événements», a-t-elle dit hier. «Quand on fait des clients, on ne cherche pas à se rappeler des lieux. Je ne cherche pas à me rappeler de l'événement. J'essaie d'oublier le plus vite possible», a-t-elle ajouté.

Selon NSG, les nombreuses incohérences dans son récit ne changent rien au fait que Robert Gillet l'a véritablement agressée. La jeune femme, qui se décrivait en 2001 comme «une menteuse compulsive» dans son journal intime, arrive mal à expliquer son attitude. «J'mens pas tout le temps. Il y a plusieurs bouts de vérité. Je suis dans ma crise d'adolescence, j'ai des comportements inexplicables.»

Son contre-interrogatoire devrait se terminer aujourd'hui.