Quand le confident devient l’agresseur

Lorsqu’elle a été acceptée à McGill, Nina rêvait d’une nouvelle vie. Née en banlieue de Chicago, la jeune femme, alors âgée de 18 ans, était fière de « quitter [son] petit bled ». Après avoir visité le campus, elle a hâte, bien que l’idée de vivre seule en résidence la rende nerveuse.

Dès les premières semaines, en plein party d’Halloween, elle subit une agression. Un étudiant, très costaud, en état d’ébriété avancé, l’agrippe, l’embrasse, la touche contre son gré. Nina a figé sur place.

Elle a tenté de se convaincre que rien ne s’était passé et de poursuivre sa vie. Mais un malaise, qu’elle peinait à nommer, persistait quand elle se retrouvait en présence de garçons physiquement imposants.

Voyez le témoignage de Nina Hermes​

 

Plusieurs mois plus tard, lorsqu’un autre jeune homme tente de l’embrasser dans un bar, elle est victime d’une attaque de panique. « Je courais comme une folle dans la rue Saint-Laurent, mon coeur battait la chamade, je revoyais en boucle l’image de mon assaillant de l’Halloween. Je n’arrivais pas à me calmer. Soudain, ça m’a frappée comme une tonne de brique : oh, my God ! C’est ça, une agression sexuelle. C’est ça qui m’est arrivé. Je suis cette fille-là. »

Viol

En détresse, Nina se tourne vers un étudiant plus âgé de sa résidence, en position d’autorité, formé pour conseiller les victimes de violences sexuelles. Au fil des mois, l’ami devient un confident. Puis un amoureux, avoue Nina. Et cela, même si ce dernier l’avise qu’un règlement interdit toute relation entre cette personne et les étudiants.

« Pour la première fois, j’avouais à quelqu’un avoir été victime d’une agression sexuelle. Je pleurais sur son épaule, puis soudain, il m’a embrassée, a retiré mes vêtements. Mon cerveau n’arrivait pas à traiter l’information. Je ne pouvais pas bouger, je ne pouvais rien faire. Il a eu un rapport sexuel avec moi pendant que je gisais par terre comme un animal mort. »

Pendant des mois, Nina est hantée par cette scène dégoûtante et l’image du drapeau américain, accroché au-dessus du lit, qu’elle fixait pour ne pas voir son visage. « En quelques secondes, je suis passée d’une fille en amour à une autre fixant un monstre me donnant envie de vomir. »

Son cerveau a refusé d’admettre que c’était un viol. « C’est un mécanisme d’autodéfense de merde. Ton cerveau te dit : tu as deux choix. Soit tu admets que le gars en qui tu as la plus confiance a tout détruit, soit tu te dis que tu es OK avec ce qui s’est passé. C’est ce que j’ai fait.

« Mon cerveau a travaillé si fort pour me convaincre que j’ai oublié de grands pans de ma vie dans les mois qui ont suivi. J’étais incapable d’avoir des relations sexuelles sans penser que j’étais en train de mourir. Émotionnellement, j’étais comme un mur, incapable d’entrer en relation. J’étais en stress post-traumatique. »

Pas de plainte

Pendant des mois, elle a habité dans le même édifice que l’agresseur. Elle le croisait presque tous les jours. Chaque fois, cette envie de vomir refaisait surface. Lui agissait comme si rien ne s’était passé. Puis un jour, il est parti.

Nina n’a jamais porté plainte, méfiante envers son université et la police. Pire, elle ne se faisait même plus confiance.

« Des années plus tard, je me demande encore si j’aurais pu faire plus. À l’époque, dans le doute, je savais que le fait de porter plainte ne donnerait rien. Dans un monde idéal, j’aurais accepté sur le coup que c’était un viol, je serais allée voir le recteur pour lui demander de l’expulser de l’école. Ça aurait été parfait. Mais dans la réalité, ça ne se passe pas comme ça. »

Nina travaille aujourd’hui comme surveillante d’étage dans la résidence même où elle a été violée. Elle accompagne de jeunes femmes agressées et se heurte à toutes sortes d’obstacles administratifs. Et ce, malgré les nouvelles politiques contre le harcèlement sexuel adoptées par l’université. « Sur papier, c’est une bonne politique. Mais il y a un énorme fossé entre le papier et la réalité. »

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