La descente aux enfers d’une étudiante modèle

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Paniz Khosrochahy: «C’est moi la victime, mais c’est moi qui dois partir pour éviter de le croiser.»

Paniz était en deuxième année en informatique à l’Université McGill quand elle a rencontré l’étudiant chez une amie. Après une soirée bien arrosée, elle se retrouve chez lui. « J’ai dû perdre connaissance, raconte-t-elle. Je me suis réveillée, il était sur moi et bougeait mon corps dans toutes sortes de positions pour faire ce qu’il avait à faire. J’ai eu mal pendant une semaine. »

Quelques semaines plus tard, elle accepte de le revoir pour trouver un semblant de réponse à ce qui s’était passé. « Cette fois-là, je n’étais pas saoule, mais c’était pire. Il m’a sauté dessus, a fait ce qu’il avait à faire et m’a dit que je pouvais partir. Il a vu à quel point j’étais vulnérable.

« Sur le chemin du retour, je suis passée devant un hôpital. J’aurais dû aller chercher une trousse médicolégale, mais je n’y ai jamais pensé. Tu ne penses pas à ça quand la seule idée que tu as en tête, c’est de te lancer sous l’autobus. »

Confusion extrême

Pendant des semaines, des mois, Paniz a été dans un état de « confusion extrême ». Elle arrête de parler à ses parents, est incapable de leur confier son histoire et « vit dans un gros mensonge ».

Elle boit de plus en plus, a des relations sexuelles avec plusieurs hommes « pour reprendre le contrôle sur [son] corps ». Incapable de se concentrer en classe et de faire ses travaux, l’« étudiante avec des A partout est passée à une étudiante qui n’arrivait plus à faire grand-chose. J’étais dans un état lamentable. »

Échecs

L’automne suivant, elle se retrouve dans la même classe que son assaillant. C’est la catastrophe. « J’étais tellement nerveuse avant d’aller en classe que je me brûlais. Je passais mon temps à tenter de passer inaperçue. » La peur, omniprésente, l’incite finalement à demander de l’aide à la direction de l’université, mais personne ne l’informe des possibilités qui s’offrent à elle.

Son premier contact est horrible. « Il m’a demandé pourquoi j’avais attendu si longtemps pour parler, pourquoi je n’avais pas appelé la police, et [m’a dit] que l’université ne pouvait rien faire puisque ça s’était passé à l’extérieur du campus.

« Puis [quelqu’un en autorité] m’a promis qu’il ferait quelque chose, qu’il allait lui parler. Il avait l’air si rassurant, je lui ai fait confiance. “On prend ça très au sérieux”, m’a-t-on dit. Jamais je ne pensais entendre cette phrase si souvent. »

Paniz voulait qu’on la change de classe, qu’on prévoie des horaires pour éviter qu’elle croise son agresseur aux laboratoires d’informatique. Mais elle échoue finalement à son cours — où elle a cessé d’aller par crainte de le croiser — et demande qu’on l’annule sans échec pour préserver sa note globale.

Des aménagements ont été faits, mais tout a été long, laborieux. Et c’était insuffisant pour Paniz, qui ne se sentait plus en sécurité sur le campus, abandonnée par son université, réduite au silence. « Je voulais savoir s’ils l’avaient confronté, pourquoi rien ne s’était passé, pourquoi ils refusaient de répondre à mes questions. »

Fuite

Puis Paniz a abdiqué, changé de programme. Mais ça n’allait pas mieux. « Je survivais. J’avais peine à m’extirper du lit. Je voulais juste m’échapper. »

La session dernière, elle est partie un échange de quelques mois à Hong Kong. Son rêve a pris la forme d’une fuite.

« C’est moi la victime, mais c’est moi qui dois partir pour éviter de le croiser. C’est quand même incroyable. »

Deux ans et demi plus tard, c’est encore difficile. Finissante dans un programme en études féministes qui l’aide à accepter et à comprendre ce qui s’est passé, elle garde l’impression d’avoir été réduite au silence par trop de gens, trop souvent.

« Ça me choque de ne pas pouvoir passer par-dessus. L’université refuse de me donner l’information sur ce qui est arrivé dans ce dossier-là. Et moi, j’ai besoin de savoir. Je veux savoir pourquoi ils ont étouffé l’affaire. »

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