Ismaël Habib affirme avoir joué un «personnage»

Dans une vidéo enregistrée à son insu par des agents d’infiltration dans le cadre d’une opération de type « Monsieur Big », Ismaël Habib affirme haut et fort vouloir rejoindre le groupe État islamique en Syrie et être prêt à mourir pour la cause. Mais tout cela n’était qu’un « personnage » qu’il jouait pour convaincre le chef de la fausse organisation clandestine de lui donner le boulot qui l’amènerait à quitter le pays et aller « sauver » sa femme et ses enfants.

De retour en cours vendredi, Ismaël Habib, accusé d’avoir voulu quitter le pays pour rejoindre le groupe État islamique, a poursuivi son témoignage entamé mercredi devant le juge Serge Delisle.

Il a répété à maintes reprises que sa seule préoccupation à cette époque était de quitter le pays pour aller rejoindre sa femme et ses enfants, qui étaient soit en Turquie soit en Syrie, sous l’emprise de son beau-frère, et qu’il craignait pour leur vie.

« J’avais une urgence à partir, ma femme me faisait de la pression, elle avait peur. Je comprends à ce moment que ma famille est en danger, je n’ai pas de solution. Elle me supplie de l’aider, ça m’affecte, c’est tout ce que j’ai dans ma vie, ma femme et mes enfants. »

Scénario

Pour obtenir un faux passeport, Ismaël Habib s’est tourné vers une fausse organisation criminelle, recommandé par un ami de longue date qui s’est révélé un indicateur de la GRC.

Tout un scénario avait été élaboré par la GRC pour l’amener à croire que l’organisation était capable de le faire quitter le pays clandestinement. On lui aurait alors indiqué qu’il était le prochain à partir, mais qu’il devait amener un autre client à Dabik, un village syrien.

C’est dans ce contexte qu’Ismaël Habib s’est retrouvé, en février 2016, dans un appartement avec le prétendu chef de l’organisation criminelle. C’était sa « dernière chance » pour quitter le pays.

« Il faut que je lui montre que je peux faire la job, raconte l’accusé. C’est par la suite que je rentre dans le personnage […] J’utilise toutes les connaissances que j’ai, toutes les nouvelles que j’ai lues, mon expérience [en Syrie] en 2013 pour lui montrer que je suis le gars qu’il faut. »

Il ne nie pas avoir fourni des contacts, mais jure qu’il n’y a « rien de vrai » dans ces contacts.

Profession de foi

Questionné par son avocat sur ce qui ressemble à une « profession de foi » envers le djihad dans cette vidéo, en parlant notamment des 72 vierges, l’accusé se défend d’y croire, affirmant qu’il a dit cela pour se « rendre intéressant ».

En contre-interrogatoire, dans l’après-midi, la Couronne s’en est tenue à quelques questions sur des événements très précis.

Les deux parties reviendront devant le juge Delisle le 9 mai prochain pour leur plaidoirie finale.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 mars 2017 10 h 38

    "C'était juste pour le fun..."

    Il jouait un personnage ? Eh bien je crois qu'il aura l'occasion de le jouer à des milliers de représentations dans les salles de spectacles du milieu carcéral canadien.