La tournée de la pièce «Djihad» a été annulée

L’auteur de «Djihad», Ismaël Saidi, s’explique mal qu’on annule la présentation de sa pièce.
Photo: Elyes Ghidaoui L’auteur de «Djihad», Ismaël Saidi, s’explique mal qu’on annule la présentation de sa pièce.

Une vingtaine de représentations de la pièce Djihad ont été annulées par la Ville de Québec, les écoles dans lesquelles celle-ci devait être présentée ressentant un « malaise » par rapport à son contenu, au lendemain de l’attentat mené dans une mosquée de la capitale.

Écrite par Ismaël Saidi, musulman pratiquant, la pièce raconte le périple de trois jeunes Bruxellois musulmans partis combattre en Turquie, à la gloire d’Allah. Reda quitte sa douce pour épouser « une vraie musulmane » alors que Ben, fou de dessins, fait un trait sur ses crayons pour respecter l’islam. Sur la route, Ismaël, un admirateur d’Elvis, renie son idole, qu’il soupçonne d’être juif.

Or, dans le contexte de l’attentat perpétré par un Québécois « pure laine » contre la mosquée de Québec, ayant fait six morts et vingt blessés, la pièce ne « passe plus », s’est fait dire M. Saidi par le Carrefour international de théâtre (CIT), à qui l’administration Labeaume a confié, au cours des dernières semaines, le mandat d’organiser une tournée scolaire pour cette pièce qui connaît un grand succès en Europe.

La radicalisation « n’est pas uniquement le fait de jeunes musulmans », se justifie la directrice générale du CIT, Dominique Violette, dans un courriel envoyé à M. Saidi, qui vit en Europe. « La douleur et le deuil ont aussi été l’occasion de rapprochements sensibles avec la communauté musulmane de Québec. Des rapprochements récents, qui sont certainement fragiles, que nous avons à coeur de protéger et plus encore de faire grandir. »

Joint en France par Le Devoir, M. Saidi se dit « fasciné » par cette décision. « Je suis sous le choc. On est allés jusqu’à demander à des imams ce qu’ils pensaient de notre pièce de théâtre, alors qu’ils ne l’ont même pas vue. Je suis musulman, les comédiens également. Je ne comprends pas ce lien entre l’attentat et l’annulation. » Il rappelle que l’Europe, où la pièce fait un tabac, a elle aussi connu son lot d’attentats meurtriers au cours des dernières années. La pièce a pris l’affiche juste avant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, en janvier 2015.

Depuis, elle a été vue par plus de 65 000 spectateurs en France et en Belgique, dont plusieurs dizaines de milliers d’élèves.

Au bureau du maire Labeaume, le porte-parole Paul-Christian Nolin a soutenu que cette décision « appartenait aux écoles ». « C’est une pièce assez intense, qui parle d’une réalité qui n’est pas nécessairement la nôtre à Québec, celle des banlieues de Paris, etc. La période [post-attentat] n’est pas propice. »  

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