Eva Tanguay, Lady Gaga de l’avant-guerre

Une tornade ? Un ouragan ? Un cyclone, dira la presse. Bien avant l’heure de YouTube et de Paris Match, Eva Tanguay, petite Québécoise née en Estrie, s’est érigée en reine du vaudeville en devenant, au tournant du siècle dernier, la première superstar à vivre de sa marque en Amérique et du culte érigé dans la presse autour de sa personnalité flamboyante.

Plusieurs historiens comparent Eva Tanguay à une Madonna ou une Lady Gaga avant l’heure puisque la jeune fille, née en 1878, est passée maître dans l’art de méduser les médias de masse qui suivaient à la trace ses apparitions excentriques sur scène, ses coups de tête et sa vie conjugale. En ce sens, la diva a semé les premiers germes du star-system tel qu’on le connaît aujourd’hui, et d’une presse à grand tirage vivant à ses crochets.

Dès 1908, l’étoile de Tanguay atteint son zénith sur les marquises de Broadway. Vedette du vaudeville la mieux payée après Harry Houdini, elle reçoit des cachets faramineux de 3500 $ par semaine qui dépassent ceux versés à Enrico Caruso.

« Eva Tanguay fut la première grande vedette de l’industrie culturelle de masse, car le vaudeville fut cette première forme d’industrie telle qu’on la connaît aujourd’hui », affirme son biographe, Andrew L. Erdman, auteur de Blue Vaudeville, Sex, Morals and the Mass Marketing of Amusement.

Très vite, le style libéré et les paroles assumées de I don’t Care — la chanson à succès de Tanguay — font courir les foules. L’artiste, qui tient l’affiche l’équivalent de 14 mois à New York entre 1910 et 1921, attire autant les foules que Mary Pickford et Sarah Bernhardt. Elle devient millionnaire en tenant tête aux magnats d’une industrie peu encline à se faire dicter quoi que ce soit par des artistes, encore moins par une femme.

Plus que par son talent, Tanguay régnera pendant plus d’une décennie sur l’industrie du vaudeville, faisant de sa personnalité volontaire son principal atout. Son autonomie financière, sa sexualité assumée, ses tournées solo en feront un des premiers modèles d’émancipation féminine qui aideront à galvaniser le mouvement des suffragettes en Amérique.

Honnie par le clergé et la bonne société, Eva Tanguay se fraiera un chemin jusqu’à Hollywood, où elle produira seule son unique film. Malgré son parcours, elle demeure oubliée des livres d’histoire du Québec. Seul Jacques Robert, historien à Dudswell, a réussi à réunir quelques pièces pour lui consacrer une exposition à Dudswell, son village natal. Disparue de la carte avec l’arrivée du cinéma muet, Eva Tanguay est morte seule, ruinée, dans l’oubli général, en 1947.

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