Un appel pour plus de femmes en politique municipale

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, s’est dite fière d’avoir permis à d’autres femmes de songer à la politique, lors de l’annonce récente de son retrait de la vie politique après huit ans à son poste.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, s’est dite fière d’avoir permis à d’autres femmes de songer à la politique, lors de l’annonce récente de son retrait de la vie politique après huit ans à son poste.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 7 février dernier, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) lançait la campagne « Ça prend des femmes comme vous ». Le but est d’encourager davantage de femmes à se lancer en politique municipale. En 2005, on comptait 25 % de femmes conseillères. Huit ans plus tard, en 2013, elles étaient 30 %. Les femmes n’occupent toutefois que 17 % des postes de maire dans les 1104 municipalités du Québec. Si on cumule les deux pourcentages, on arrive à un taux de 25 %. Nathalie Simon, mairesse de Châteauguay depuis 2009 et présidente du Comité femmes et gouvernance locale de l’UMQ, aimerait hausser cette proportion à 30 % d’ici les prochaines élections.

Une présence encore faible

Le Comité travaille depuis 2004 à encourager davantage de femmes à se lancer dans l’arène municipale. À l’approche des élections municipales, prévues pour novembre 2017, le Comité a choisi des ambassadrices qui donnent des conférences partout au Québec depuis le 11 février dernier. Le Comité a aussi mis en ligne plusieurs capsules vidéo où des élues municipales expliquent les raisons pour lesquelles elles se sont impliquées.

Une de ces capsules met en scène Nathalie Simon. Comment explique-t-elle la présence encore faible des femmes en politique municipale ? « Plusieurs femmes ne se font pas confiance et d’autres croient encore que cela est une chasse gardée des hommes », dit-elle. Elle connaît d’ailleurs des femmes qui ont été élues et ont vite démissionné lorsqu’elles se sont aperçues qu’elles se retrouvaient dans un monde en majorité composé d’hommes.

La question de la conciliation travail-famille peut aussi entrer en ligne de compte. « Le travail d’élue municipale exige de nombreuses heures, et les émoluments reçus par les élus sont souvent assez faibles, surtout dans les municipalités de petite taille [il y en a beaucoup au Québec]. En outre, lorsqu’une femme tombe en congé parental, son traitement comme élue ne devrait pas lui être retiré durant cette période, car elle continue à être à la disposition de ses citoyens et à assister à des réunions. »

Des raisons de se lancer

Il peut y avoir plusieurs raisons pour lesquelles les femmes s’engagent en politique municipale. Pour Mme Simon, qui était journaliste avant d’amorcer sa carrière en politique, ce sont notamment les soupçons de corruption qui planaient au-dessus de la ville de Châteauguay et la nécessité pour elle d’assainir la situation qui l’ont incitée à se lancer. Ses soupçons se sont confirmés en décembre 2013 lorsque l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a procédé à l’arrestation de quatre hommes d’affaires. Ces personnes avaient tenté de corrompre la mairesse quelques mois auparavant. La mairesse en avait alors informé la police.

Mme Simon avait également d’autres raisons de briguer le poste de mairesse. « Je voulais redonner la place aux citoyens et j’avais la volonté de travailler pour le bien commun. »

L’une des ambassadrices de la campagne, Francine Ruest-Jutras, ex-mairesse de Drummondville pendant 26 ans, avait aussi de bonnes raisons de se lancer. « Alors que j’étais conseillère depuis quatre ans [de 1983 à 1987], j’assistais à la mise en oeuvre de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme qui prévoyait entre autres la création des MRC et l’obligation de planifier l’aménagement du territoire. C’était très stimulant, et je souhaitais participer à cela », dit-elle. Mme Ruest-Jutras a aussi été préfète de la MRC de Drummond et présidente du comité Femmes et gouvernance locale de 2004 à 2013.

Elle avait également une autre bonne raison de se lancer. « C’était l’époque où la revue Croc avait pris Drummondville comme tête de Turc affirmant qu’il ne se passait pas grand-chose dans notre ville », dit-elle. La revue L’actualité avait même titré « Drummondville une ville à l’agonie ». Mme Ruest-Jutras voulait changer cette image négative et on peut dire qu’elle a plutôt bien réussi. Lorsqu’elle est partie en 2013, elle a laissé la ville en très bonne situation économique et surtout la perception que Drummondville est une ville très dynamique.

Cette capacité d’améliorer ainsi les choses est très stimulante, selon Mme Ruest-Jutras, qui a été la première femme à Drummondville à occuper la mairie. Bien qu’elle admette qu’il est important d’avoir une bonne capacité à débattre et à faire valoir son point de vue en politique municipale, elle soutient que les décisions se prennent généralement par consensus. Mme Ruest-Jutras croit aussi que la présence des femmes en politique est un atout puisqu’elles possèdent une bonne capacité d’écoute. Comme ambassadrice, Mme Ruest-Jutras donnera d’ailleurs une conférence dans le cadre de la campagne «Ça prend des femmes comme vous» à Gatineau le 19 mai et à Longueuil le 15 juin.

Des indicateurs montrent que l’intérêt des femmes pour la politique s’est accru depuis 2005. « La proportion des élus respecte la proportion des femmes qui se présentent comme candidates, ce qui signifie qu’il n’y a pas discrimination à l’urne, et les jeunes candidates sont de plus en plus nombreuses », dit Mme Ruest-Jutras.

Une étude du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT), datant de 2009, confirmait cette tendance et d’autres. En 2009, la proportion des femmes candidates âgées de 18 à 34 ans était d’un peu plus de 35 % pour le poste de conseillère et de plus de 30 % pour le poste de maire. Dans les deux cas, il s’agissait du groupe d’âge le mieux représenté chez les femmes. Un signe encourageant pour l’avenir.

Autre donnée intéressante : de 2005 à 2009, l’augmentation générale des candidatures a été majoritairement féminine. La hausse est significative : sur 691 candidats, 422 étaient des femmes. Le MAMOT n’a toutefois pas de données plus récentes à ce sujet pour confirmer cette tendance.