Une nouvelle présidente

Martine Letarte Collaboration spéciale
Louise Cordeau
Photo: Conseil du statut de la femme Louise Cordeau

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Déjà, lorsqu’elle faisait son droit après un premier baccalauréat en relations industrielles, Louise Cordeau savait qu’elle ne passerait pas sa vie comme associée dans un grand cabinet d’avocats. Elle avait envie d’occuper des postes de gestion et de s’impliquer dans la société. Si l’ancienne éditrice et chef de la direction du Journal de Québec n’avait jamais pensé devenir présidente du Conseil du statut de la femme, poste qu’elle occupe depuis le 6 février, elle constate aujourd’hui que son parcours rempli d’expériences variées lui sera fort utile.

« Je me suis toujours impliquée partout, j’ai été représentante de ma classe pratiquement de la première année à la fin de l’université, affirme-t-elle. Toute mon enfance, la politique, les valeurs démocratiques, le travail parlementaire et l’engagement communautaire faisaient partie de la vie et des discussions. »

Louise Cordeau voyait sa mère, Yvette Perreault, préparer deux fois par semaine des repas pour les plus démunis du coin. Quant à son père, Fabien Cordeau, il a été conseiller municipal à Saint-Hyacinthe plusieurs années, puis député de l’Union nationale.

« J’étais à l’Université Laval à l’époque et je partageais l’appartement avec mon père les jours qu’il devait être à Québec », raconte celle qui a été à cette époque duchesse du Carnaval de Québec.

Pratique du droit et engagement

Louise Cordeau s’est toujours fait dire par ses parents qu’elle serait capable de tout. Elle les a pris au mot.

Après avoir fait provoquer son accouchement entre deux examens du Barreau, Louise Cordeau s’est associée avec son frère pour ouvrir son bureau d’avocats à Saint-Hyacinthe. Elle a fait du droit du travail, du droit matrimonial et de la responsabilité professionnelle.

Elle a continué à s’engager, notamment comme présidente de l’Association des avocats et des avocates du district de Saint-Hyacinthe et comme membre du Comité sur les femmes dans la profession du Barreau du Québec. Elle a également été présidente de l’Association des femmes d’affaires de Saint-Hyacinthe.

Mère de deux filles, maintenant âgées de 29 et 31 ans, Louise Cordeau a de plus cofondé avec d’autres parents l’école primaire privée La Petite Académie qui est dans sa 26e année de fonctionnement.

« Je souhaitais une école différente pour nos filles, alors nous en avons inventé une », indique-t-elle.

Puis, lorsque le collège Saint-Maurice, son alma mater, a été incendié, elle a collaboré avec les religieuses de la Présentation de Marie à sa reconstruction.

« Les premières femmes d’affaires que j’ai rencontrées dans ma vie ce sont des religieuses, affirme Louise Cordeau. Les cendres étaient encore chaudes lorsqu’elles ont décidé de rebâtir et elles sont allées de l’avant rapidement. »

Son engagement s’est poursuivi par la suite comme présidente du conseil d’administration du Collège Saint-Maurice, même si ses intérêts professionnels l’avaient amenée à Québec.

Cap sur l’Assemblée nationale

Depuis le début de sa pratique en droit, Louise Cordeau se donnait un horizon de dix ans. Ensuite, elle serait prête à passer à autre chose. Elle l’a été après huit ans. Elle avait un objectif clair : devenir directrice de cabinet du président de l’Assemblée nationale du Québec.

« Je connaissais bien l’Assemblée nationale et je voulais occuper ce poste apolitique, explique Louise Cordeau. Le président de l’Assemblée nationale représente l’institution qui gère l’ensemble des travaux parlementaires et veille sur tous les députés. Par des contacts, j’ai obtenu une entrevue, ça a fonctionné et je me suis installée pour de bon à Québec. »

Le président de l’Assemblée nationale était alors Roger Bertrand. Puis Jean-Pierre Charbonneau lui a succédé, et Louise Cordeau est restée en poste.

Lorsque Jean-Pierre Charbonneau est devenu ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement péquiste de Bernard Landry, Louise Cordeau l’a suivi pour devenir sa directrice de cabinet.

« Il avait un rôle au conseil exécutif qui relevait du premier ministre, indique Mme Cordeau. C’était une toute nouvelle expérience que j’allais chercher. »

Passage dans les médias

Travailler en politique ne vient évidemment pas avec une sécurité d’emploi.

« Je n’ai jamais cherché ça, j’ai toujours aimé sortir de ma zone de confort tout en m’entourant de gens forts », ajoute celle qui a toutefois une grande stabilité personnelle en partageant sa vie avec le même conjoint depuis 35 ans.

Après ce passage à l’Assemblée nationale, un chasseur de têtes l’a contactée pour un poste de directrice de Radio-Canada – Québec.

« C’était d’abord pour la télévision, puis la radio et le Web se sont ajoutés, explique-t-elle. J’ai travaillé à l’intégration de l’ensemble des médias de Radio-Canada. »

Elle est ensuite passée au Journal de Québec comme éditrice et chef de la direction. C’était la première fois que ce poste était occupé par une femme.

« Je n’ai pas pensé à ça quand je suis arrivée en poste, affirme-t-elle. J’ai souvent évolué dans des milieux d’hommes et j’ai toujours fait ma place. En même temps, je suis une femme d’action et de conviction et j’ai toujours posé des gestes. Par exemple, le conseil de direction du Journal de Québec était composé uniquement d’hommes, alors lorsqu’un poste s’est libéré, on a choisi une femme. Je crois que l’équilibre est important. »

L’arrivée au Conseil du statut de la femme

Si elle a travaillé de différentes façons pour le soutien et l’avancement des femmes — elle a également été membre du conseil d’administration du Y des femmes (YMCA Québec) —, Louise Cordeau n’avait jamais pensé devenir un jour présidente du Conseil du statut de la femme. Mais, le défi ne lui fait pas peur.

« Que ce soit à Radio-Canada, au Journal de Québec, ou maintenant, au Conseil du statut de la femme, je suis arrivée sans connaître personne et je crois que c’est une force, affirme-t-elle. J’arrive sans amis ni ennemis dans l’organisation. Chaque fois, j’ai découvert les employés, bâti des équipes, apprivoisé l’ensemble des dossiers et établi des axes prioritaires avec les gens en place. »

À 57 ans, elle est enthousiaste de se lancer dans ce nouveau défi.

« Le Conseil du statut de la femme apporte une pierre à l’édifice de l’égalité au Québec, affirme-t-elle. Grâce à mon parcours, à mes convictions et à mon ouverture, je crois que je pourrai apporter un point de vue peut-être nouveau. Je souhaite être capable de mener des réflexions porteuses pour la société. »