«Aidez-nous à comprendre» l'attentat de Québec

La responsabilité criminelle de l’auteur présumé du meurtre des six fidèles de la grande mosquée de Québec devrait occuper une place importante dans un éventuel procès.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La responsabilité criminelle de l’auteur présumé du meurtre des six fidèles de la grande mosquée de Québec devrait occuper une place importante dans un éventuel procès.

L’imam Hassan Guillet sollicite l’« aide » du présumé auteur de l’attaque contre la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette — qui est attendu au Palais de justice de Québec mardi —, afin qu’une telle tragédie ne se répète pas.

« Pour régler les problèmes de société, on a besoin de son aide pour qu’il nous aide à comprendre pourquoi il est allé jusqu’à cet extrême », affirme M. Guillet dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

L’imam de la Montérégie suivra à distance la comparution de M. Bissonnette mardi, puis son éventuel procès dans l’espoir de voir l’homme âgé de 27 ans accusé de six meurtres au premier degré et de cinq tentatives de meurtre expliquer pourquoi il a jeté la terreur sur le Centre culturel islamique de Québec le 29 janvier dernier. « On est tous intéressés. Ce qui s’est passé, ce n’est pas banal. On ne peut pas juste dire : on va tourner la page. Comme musulmans, comme citoyens québécois, on aimerait aller au fond des choses », fait-il valoir.

Il prie M. Bissonnette de lui donner les clés pour « comprendre » les ressorts de l’événement — qualifié d’attentat terroriste par le premier ministre Philippe Couillard« pour éviter que ça se répète ». « Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi ça s’est passé ? Est-ce qu’il a agi seul ? A-t-il été manipulé ? Toutes ces questions sont demeurées sans réponses, souligne-t-il à l’autre bout du fil. Si on ne comprend pas pourquoi c’est arrivé, le cheminement qu’il a suivi ou l’influence qu’il a subie, on risque de répéter les “patterns”… contre des musulmans ou d’autres communautés », insiste-t-il.

Hassan Guillet s’est fait remarquer au début du mois lors des funérailles des victimes de la grande mosquée de Québec, durant lesquelles il avait décrit le présumé meurtrier Alexandre Bissonnette comme une « victime ». « Avant d’être assassin, il était victime lui-même. Avant de planter les balles dans les poitrines de ses victimes, il y a des mots plus forts que les balles qui ont été plantés dans son cerveau […] Qui est responsable ? Nous tous », a-t-il lâché le 3 février dernier.

Le temps a coulé, mais il en est toujours persuadé. « Je ne veux pas que nous, comme société, nous cachions derrière lui pour cacher nos problèmes », conclut-il à l’autre bout du fil.

Le douloureux souvenir de l’attentat à la grande mosquée de Québec surgira brusquement de l’ombre médiatique mardi. En effet, M. Bissonnette comparaîtra une seconde fois au Palais de justice de Québec depuis son arrestation à proximité du pont de l’île d’Orléans le 29 janvier dernier par le Service de police de la Ville de Québec. Installation de détecteurs de métal à l’entrée de la salle d’audience, contrôle de l’identité des avocats, des journalistes et des observateurs souhaitant y pénétrer, fouille de leurs sacs… : les constables spéciaux instaureront un imposant dispositif de sécurité pour l’occasion.

Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Jacques Thomas, divulguera à l’avocat Jean Petit la preuve amassée à ce jour pour démontrer la culpabilité « hors de tout doute raisonnable » de son client Alexandre Bissonnette.

De passage au Palais de justice de Québec, Me Petit disait lundi ne « [savoir] absolument rien de la preuve du ministère ». Il lui apparaissait ainsi prématuré de demander la tenue d’une enquête sur cautionnement, qui pourrait déboucher sur la libération sous conditions de M. Bissonnette jusqu’à la fin des procédures judiciaires.

Il s’agirait d’une tâche pour le moins ardue pour la défense, en raison notamment du « caractère sensationnel de l’affaire et qu’il [M. Bissonnette] n’ait pas contesté être l’auteur des meurtres », fait valoir l’avocat-criminaliste Walid Hijazi. « C’est rare qu’un accusé y renonce, sauf que pour quelqu’un qui est accusé de meurtres ou [dans les affaires] où il y a une très forte probabilité de condamnation, c’est plus difficile », indique-t-il.

La responsabilité criminelle de l’auteur présumé du meurtre des six fidèles de la grande mosquée de Québec occupera une place importante dans un éventuel procès, prédit Me Hijazi. « On peut raisonnablement anticiper une défense de non-responsabilité criminelle vu les faits qu’on connaît », affirme-t-il.

L’équipe du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ainsi que les corps de police mobilisés dans cette affaire ont multiplié les efforts depuis la fin janvier pour parer à cette éventualité. Il s’agissait de « “la” priorité », estime l’avocat-criminaliste Jean-Claude Hébert. « Dans un dossier comme ça, ils font le tour complet du jardin, c’est-à-dire qu’ils vont tenter de repérer des confrères de classe, des amis pour savoir quelle sorte d’orientation [l’accusé] avait, qu’elle sorte de fonctionnement il avait, est-ce qu’il déraillait souvent. Plus on s’approche de la journée des incidents, plus les constatations des gens qui étaient autour de lui deviennent déterminantes et importantes », fait-il remarquer.

Luka Rocco Magnotta, Guy Turcotte, Miloslav Kapsik, Vincent Li, Gregory Despres, Francis Proulx, Elaine Campione : plusieurs avocats ont montré du doigt l’aliénation mentale de leur client pour attester de la non-responsabilité criminelle de leur client… avec des résultats mitigés.

Pour convaincre le Tribunal, Me Petit devra avoir en main « le maximum de preuves qui tendent à démontrer qu’au moment du geste, la personne ne pouvait distinguer le bien du mal », à commencer par un rapport d’expertise psychiatrique en ce sens. « Il n’y a rien d’urgent. Moi, je pense qu’il a intérêt d’abord à scruter à la loupe toute la preuve que le ministère public va lui remettre ; ensuite, il pourra choisir comment il va s’y prendre pour neutraliser [les chefs d’accusation du DPCP], indique l’avocat chevronné. Puis, on ne le sait pas, il peut très bien arriver que le jeune homme, désespéré, décide de dire : “Moi, je n’ai pas l’intention de traîner ça très longtemps. Je vais plaider coupable.” »

Image de Québec : peu de répercussions négatives

L’attentat à la mosquée n’a pour l’instant pas trop terni l’image de la ville de Québec, a fait savoir la ville lundi. « À court terme, l’équité de marque de la ville ne semble pas avoir été entachée », peut-on lire dans un rapport d’Influence Communication commandé par l’administration Labeaume. Après la tragédie, 81 % des reportages sur Québec portaient sur l’attaque. Or, la ville est rassurée, car dans la semaine du 11 février, on n’en parlait que dans 8 % des cas, loin derrière le tourisme, la bouffe et les festivals (61 %). L’attentat de Québec a été la nouvelle québécoise la plus médiatisée à l’étranger depuis le début des années 2000. Quant à savoir s’il était justifié pour la ville de faire une conférence de presse sur ce thème, le maire a dit qu’il avait voulu « le faire avant que d’autres s’y intéressent » en suggérant que des médias pourraient s’y prêter avec une méthode non scientifique. « Ça doit être fait parce que nos concitoyens se posent des questions, les travailleurs du tourisme se posent des questions sur leur emploi », a-t-il dit. Isabelle Porter
18 commentaires
  • Michel Thériault - Inscrit 21 février 2017 06 h 33

    Piste de solution

    Et si vous arrêtiez de traiter les femmes comme des citoyennes de deuxième ordre en sachant fort bien que cela nous choque profondément ?

    Et si les femmes musulmanes arrêtaient de porter ce foulard islamique ostentatoire qui est perçu ici comme de la provocation ?

    Ça fait plus de vingt ans qu'on vous le demande et vous refusez catégoriquement.

    Comprenez-moi bien, je condamne vigoureusement tous les gestes de haine et de violence à votre endroit (et à celle de toutes les communautés) mais je vous trouve bien culotté monsieur de vous poser la question.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 février 2017 09 h 02

      Michel Thériault écrit : « Et si les femmes musulmanes arrêtaient de porter ce foulard islamique ostentatoire qui est perçu ici comme de la provocation ? »

      Le féminisme de chiffon a assez duré. Ce féminisme n’est rien d’autre qu’une stratégie supplémentaire de la Droite pour diviser le peuple. Dans ce cas-ci, il s’agit de dresser les femmes contre d’autres femmes.

      Si, dans votre esprit, le voile islamique est un signe d’exploitation des femmes, cessez de casser du suce sur le dos des exploitées et attaquez-vous aux exploiteurs. Et parmi les exploiteurs, vous découvrirez ceux qui veulent leur dicter comment elles doivent s’habiller. Les forcer à porter un voile ou les forcer à ne pas le porter, c’est pareil.

      « Ça fait plus de vingt ans qu’on vous le demande et vous refusez catégoriquement.»

      Il y a plusieurs décennies, j’avais entendu la farce plate suivante : « Sais-tu pourquoi il y tant de femmes battues ? Parce qu’elles ne veulent pas comprendre, crisse. »

      Et c’est version antimusulmane de cette même farce plate qu’on trouve publiée aujourd’hui par Le Devoir.

      Quel progrès social.

      Le refus de se soumettre à la volonté de la majorité ne justifie jamais un attentat terroriste contre une minorité. Cela s’appelle du fascisme.

      «  Comprenez-moi bien, je condamne vigoureusement tous les gestes de haine et de violence à votre endroit (et à celle de toutes les communautés) mais je vous trouve bien culotté monsieur de vous poser la question. »

      Ce que je comprends, c’est que vous condamnez l’attentat terroriste du bout des lèvres mais qu’au fond, le terroriste a bien raison.

      J’ai honte de lire de telles inepties dans les pages du Devoir.

    • Donald Bordeleau - Abonné 21 février 2017 10 h 03

      Voila une parti de la réponse Monsieur Hassan Guillet.

      Le jour même de la sortie de Charles Taylor, Philippe Couillard a fait preuve d’une rare virulence à l’égard de tous ceux qui ne pensent pas comme lui !

      Avec le philosophe Charles Taylor, le premier ministre Couillard a pris la pelle pour enterrer le rapport Bouchard-Taylor. Nul n’est dupe ! M. Couillard fait preuve d’un opportunisme politique à l’égard des personnes d’origine maghrébine, musulmane ou de culture arabe.

      Égyptien d’origine, il dit à Monsieur Couillard, je suis déçu ! Vous aviez l’occasion de régler les problèmes identitaires, d’apaiser la question de l’islam dans notre société.

      En refusant d’agir, vous agitez le spectre de l’islamisme dans notre société, vous soufflez sur les braises de l’intolérance. Vous réactivez l’anxiété identitaire.

      http://plus.lapresse.ca/screens/7d54cd5a-71e2-42e9

    • Daniel Bérubé - Abonné 21 février 2017 11 h 23

      D'accord avec vous Mr. Martel. Il est complètement illogique de vouloir justifier, de façon aussi minime soit-elle, un tel geste. Retenons ici qu'il ne s'agit que du foulard !! Il arrive que des Québécoise, porte un foulard sur la tête sans n'avoir aucun lien religieux. Nous faudra-t-il alors arrêter chaque femme portant un foulard sur la rue pour lui demander: es-ce à titre religieux ou vestimentaire simple que vous porter ce foulard ???

      Il en est autrement quand le visage est masqué...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 février 2017 12 h 54

      Daniel Bérubé écrit : « Nous faudra-t-il alors arrêter chaque femme portant un foulard sur la rue pour lui demander: est-ce à titre religieux ou vestimentaire simple que vous porter ce foulard ??? »

      Tout à fait d’accord avec vous.

      En Inde, les femmes portent le voile pour des raisons ethniques et non religieuses. Même des athées portent le voile parce qu’il leur accorde, pensent-elles, une certaine dignité.

      Leur voile ne cache pas la chevelure comme le fait le voile islamique. Mais si toutes les Québécoises musulmanes présentement voilées (une minorité) adoptaient le voile indien, qu’est-ce que ça changerait ?

      La controverse autour du voile est du féminisme de chiffon. On _présume_ qu’un foulard est un signe d’exploitation et on s’attaque non pas à l’exploitation mais au _symbole_ présumé de cette exploitation.

      Comme s’il suffisait de forcer une femme battue à s’habiller autrement pour faire cesser la violence dont elle est l’objet.

      « Il en est autrement quand le visage est masqué… »

      D’accord. D’où l’idée d’interdire le port du masque sur la voie publique (portée par tout adulte, homme ou femme) à moins que ce soit pour des raisons climatiques ou médicales. Ce qui implique l’invocation de la clause dérogatoire, ce qui va de soi.

    • Michel Thériault - Inscrit 21 février 2017 23 h 28

      M. Martel, j'ose critiquer l'islam et vous faites un raccourci intellectuel en écrivant que je cautionne l'attentat. J'ai pourtant écrit que je condamne toute forme de violence.

      Vraiment, je suis sans mot en lisant votre commentaire...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 février 2017 09 h 54

      Michel Thériault écrit : « M. Martel, j'ose critiquer l'islam et vous faites un raccourci intellectuel en écrivant que je cautionne l'attentat. J'ai pourtant écrit que je condamne toute forme de violence. »

      Du bout des lèvres.

      Votre commentaire originel se résume en une phrase : Les Musulmans du Québec ont couru après; c’est de leur faute.

      Revoyons votre argumentation en détail :
      A) Les Musulmans n’avaient qu’à cesser de traiter leurs femmes comme ils le font.
      B) Les Musulmanes n’avaient qu’à cesser de nous provoquer en portant le voile.
      C) Ils s’entêtent de la sorte depuis 20 ans.
      D) Je condamne l’attentat mais je le trouve bien compréhensible.

      Si je déforme le sens de vos propos, je vous serais reconnaissant de m’expliquer comment.

      À mon avis, la propagande toxique diffusée à pleine radio dans la Vieille capitale a pour effet de convaincre la majorité qu’elle est victime de la minorité coupable. Comme le loup de la fable qui blâme l’agneau de troubler son breuvage. Et c’est cette victimisation de la majorité qui explique que le terroriste ait voulu punir des Musulmans.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 février 2017 06 h 35

    … pourquoi !?!

    « Si on ne comprend pas pourquoi c’est arrivé, le cheminement qu’il a suivi ou l’influence qu’il a subie, on risque de répéter les “patterns”… contre des musulmans ou d’autres communautés » (Hassan Guillet, Imam, Montérégie)

    Possible, mais ce doute :

    Au Québec, il est rarissime de voir ce genre de patterns se réaliser dans des milieux où s’exercent des activités dites « religieuses ».

    En effet, de ce point, il n’existe aucune forme de modus operandi susceptible d’étaler et de comprendre, ou d’excuser ?, de tel attentat, notamment sur-envers des communautés ciblées !

    De plus, la question n’est pas tant de chercher à comprendre ce qui s’est passé à Québec que de savoir « pourquoi » certains types de communautés font l’objet de telles attentions, de tels dérapages de société !

    De ce questionnement, souhaitons que, de la comparution de l’intimé, l’on va parvenir à savoir le ….

    … pourquoi !?! - 21 fév 2017 -

  • Lise Bélanger - Abonnée 21 février 2017 07 h 47

    Pour que ces tragédies ne se répètent pas, il faudrait que l'Arabie saoudite cesse de financer des terroristes qui s'implantent en Occident et au Québec par l'intermédiaire d'écoles musulmanes, de mosquées dirigées par des Cherkaoui en autre, et d'imams qui professent la haine des mécréants.

    La haine attire la haine et non l'amour.

    Le problème ne vient pas de nos sociétés mais d'un virus anti démocratique, sexiste et haineux qui tente de s'implanter ici.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 février 2017 11 h 33

      À Lise Bélanger :

      Je ne crois pas que l’attentat antimusulman de Québec ait été financé par l’Arabie saoudite.

      Donc obliger la dictature saoudienne à cesser d’être la principale source de financement du terrorisme international ne préviendra pas la répétition d’un attentat d’un ‘pure laine’ contre des Québécois musulmans.

      D'autre part, l’État islamique et Al-Qaida ne font pas que de tuer d’autres Musulmans. Afin de se créer un capital de sympathie parmi les Musulmans à travers le monde, il leur arrive aussi de venger la mort de Musulmans.

      Or l’attentat de Québec nous a mis sur la ‘map’. Il est raisonnable de penser que déjà des attentats contre nous se préparent.

  • André Nadon - Abonné 21 février 2017 09 h 33

    Couillard a déjà compris!

    Notre PM super-intelligent et médecin spécialiste du cerveau, de surcroît, sait déjà la cause de cette tuerie: le terrorisme, dès le lendemain de la tuerie, sans preuve autre que son instinct. Comme quoi les grandes études ne sont pas synonymes d'amélioration du jugement.
    La preuve sera dévoilée mardi, mais les véritables causes ne seront connues que, lors du procès, dans quelques années.

  • Gilles Théberge - Abonné 21 février 2017 09 h 34

    C'est l'envers de cet attentat en France où un prêtre dominicain a été récemment été égorgé en pleine messe.

    Qu'est ce qui explique ceci, peut très bien expliquer cela...

    Mais une fois cela résolu, il restera le problème de la ségrégation que subissent les femmes dans cette religion.

    Il faudra que les musulmans fassent leur aggiornamento pour entrer dans le 21e siècle.

    On ne peut pas comtinuer à vivre comme si on était au 7e siècle n'est-ce pas...?