Bâtir sur la tragédie de Lac-Simon

Le père du policier Thierry Leroux, mort en service dans la communauté autochtone de Lac-Simon en février 2016, Michel Leroux
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le père du policier Thierry Leroux, mort en service dans la communauté autochtone de Lac-Simon en février 2016, Michel Leroux

Dimanche, Michel Leroux a quitté sa maison du Saguenay et roulé pendant huit heures avant d’arriver à Val-d’Or. Il est venu seul dans la ville abitibienne, où il soulignera ce lundi le premier anniversaire de la mort de son fils, Thierry Leroux, avec la famille de celui qui l’a tué.

Dans la salle communautaire de Lac-Simon, il y aura aussi des policiers de partout au Québec, des chefs des communautés autochtones avoisinantes et le chef de l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard. « On partagera un repas et il y aura des allocutions », a confirmé la chef Adrienne Jérôme.

Michel Leroux échangera avec la famille d’Anthony Raymond Papatie pour une deuxième fois. Il l’avait rencontrée une première fois le 15 février 2016, deux jours après la mort de son fils, quand il était allé récupérer ses affaires à Lac-Simon, où il travaillait comme policier.

« Je n’ai pas de sentiment de vengeance ou quoi que ce soit envers les gens de la famille », a dit Michel Leroux au Devoir. Quand il parle de celui qui a tué son fils de deux balles dans le dos, avant de se suicider, il utilise toujours les mots « Monsieur Papatie ». Au fil de la conversation, la formule de politesse n’apparaît pas anodine. Malgré la douleur d’avoir perdu son fils, le père de famille comprend que le jeune Algonquin « souffrait de détresse psychologique ». Il n’excuse pas son geste pour autant. « Je ne pourrai jamais accepter le geste que M. Papatie a posé, peu importe son état d’esprit », a-t-il insisté.

Soirée noire

Le 13 février 2016, Thierry Leroux et un collègue ont été appelés à se rendre dans une maison de Lac-Simon en raison de coups de feu. Anthony Raymond Papatie, suicidaire, a abattu le policier avec une arme qu’il avait prise dans la maison. L’arme de service de Thierry Leroux est quant à elle restée dans son ceinturon. Le policier de 26 ans a senti la noirceur venir. « Chus mort », a-t-il dit dans sa radio portative, après avoir été atteint. Les détails de sa mort sont consignés dans un rapport du Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui a conclu en novembre que les policiers n’avaient commis aucune infraction criminelle.

Michel Leroux connaît ces précisions. Il est conscient de la fin cruelle qu’a connue son fils de 26 ans ; il a mis six mois à accepter qu’il ne vivait pas un cauchemar. Mais son désir de rendre la mort de son fils utile n’a pas faibli. « La personne qui a tiré, qui a assassiné notre garçon, s’est enlevé la vie. Je ne peux pas avoir une vengeance personnelle envers quelqu’un qui a perdu la vie. On peut avoir de la rancoeur, de la colère, mais avec ça, on ne bâtit rien », a-t-il avancé.

Et bâtir, Michel Leroux le fait certainement. Il travaille sur un projet d’aide aux familles de policiers endeuillés avec l’École nationale de police du Québec. Ce lundi, il parlera de la Fondation Thierry-Leroux, qui sera bientôt créée. « Ce sera pour aider les jeunes autochtones sur le plan scolaire et sportif, pour qu’ils puissent découvrir qu’ils ont un futur et que ça passe par l’éducation », a-t-il annoncé. Les premières personnes que la fondation va aider seront les Algonquins de Lac-Simon. « C’est la communauté anishnabe [algonquine] qui a permis à Thierry de réaliser son rêve. Il a sacrifié sa famille, son frère, sa blonde — qui sont restés au Saguenay — pour aller y travailler », a-t-il rappelé.

Dans l’espace public, Michel Leroux souhaite voir émerger des discussions sur l’accès aux armes à feu et la santé mentale. Selon lui, la publication au printemps des rapports des événements, qui ont été faits par le Bureau du coroner et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, relancera le débat. « Ça risque de faire des vagues », a-t-il prédit.

Mais à l’image de ses sentiments — qu’il décrit comme étant semblables au prix de l’essence, « parce qu’il y a des hauts et des bas, mais que ça monte tout le temps » —, ces vagues devront avant tout permettre de faire avancer les débats, a souligné Michel Leroux. En cela aussi, son message n’a pas changé en un an : le père de famille espère de tout coeur qu’il n’aura pas perdu son fils pour rien.