Louise Beaudoin devient grand officier de la Légion d’honneur

Louise Beaudoin avait été élevée au rang de commandeur de la Légion d’honneur en 2004.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Louise Beaudoin avait été élevée au rang de commandeur de la Légion d’honneur en 2004.

Alors qu’elle se demande qui reprendra le flambeau des relations entre la France et le Québec, l’ancienne ministre du Parti québécois Louise Beaudoin a été faite grand officier de la Légion d’honneur lundi à l’Élysée. Comme si une page se tournait pour les relations France-Québec comme pour le président à trois mois de son départ de l’Élysée, François Hollande avait tenu à décorer lui-même l’ancienne ministre de la Culture et des Relations internationales du Québec de ces insignes jusque-là réservés, au Québec, aux seuls premiers ministres René Lévesque et Robert Bourassa.

François Hollande a salué « une amoureuse de la France et une militante qui n’a jamais ménagé sa peine et son temps ». Rappelant le parcours de Louise Beaudoin, depuis son arrivée en France comme étudiante en sociologie en mai 1968 jusqu’à son rôle déterminant dans l’adoption par l’UNESCO du traité sur la diversité culturelle, il a estimé que Louise Beaudoin avait « joué un rôle irremplaçable dans l’approfondissement de la relation entre la France et le Québec. […] C’est grâce à vous qu’elle est aujourd’hui à ce niveau », a-t-il déclaré.

Fait inusité pour un tel événement, après la cérémonie, François Hollande a échangé une bonne vingtaine de minutes avec les invités parmi lesquels on remarquait l’ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin, l’écrivain québécois et académicien Danny Laferrière, l’ancien ministre français Pierre-André Wiltzer et l’ancien ministre de la Culture du Liban Ghassan Salamé, aujourd’hui candidat à la présidence de l’UNESCO. Devant ces convives, François Hollande s’est notamment ému de l’attentat qui a frappé une mosquée de la ville de Québec la semaine dernière.

Où est la relève ?

L’ancienne ministre, qui avait reçu un appel du premier ministre Philippe Couillard quelques minutes plus tôt, était visiblement touchée. Selon les informations du Devoir, c’est le député socialiste de Paris Patrick Bloche qui est intervenu auprès du président pour que Louise Beaudoin accède à ce rang prestigieux qui n’a été dépassé, chez nous, que par l’homme d’affaires Paul Desmarais, grand ami de Nicolas Sarkozy.

Plus tard, devant une trentaine de convives réunis à la résidence de la déléguée générale du Québec à Paris, Line Beauchamp, Louise Beaudoin s’est interrogée sur la relève, évoquant même une certaine « dérive des continents » entre la France et le Québec. Rappelant que les films français représentaient aujourd’hui moins de 5 % des films projetés au Québec, l’ancienne ministre a affirmé que « les Québécois décrochent ! ». Selon elle, il faut « retrouver une façon d’intéresser les jeunes Québécois à la France », car, dit-elle, « toutes les grandes avancées du Québec à l’échelle internationale se sont toujours faites avec la France ». Bref, dit celle qui fut aussi brièvement déléguée générale du Québec à Paris, « il faut que l’on retrouve cette flamme québécoise pour la France. Moi, je passe le flambeau. C’est maintenant à vous d’y voir… ».

8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 7 février 2017 03 h 08

    Relève des Québécois...

    Relève des Québécois en France !?!
    Mais comment se surprendre que nos adversaires politiques fassent d'habiles croche-pieds à celles et ceux qui en France ou ailleurs, luttent malgré tout et alors qu'ils se trouvent isolés par un manque durable de solidarité des nôtres ?
    Là où les Canadiens se font un honneur et un devoir à l'étranger de faciliter les choses pour qui portent leur message anti-québécois, même si le message n'est pas parfaitement conforme aux leurs, que font donc les Québécois pour aider celles et ceux qui tentent de faire entendre un son de cloche qui en diffère ?
    Les mots "résistance et solidarité" existent-ils dans le vocabulaire français des Québécois expatriés ?
    Y a des jours où je le demande bien, tiens...

    Enfin, Tourlou quand même !

  • Jean-Claude Hamel - Inscrit 7 février 2017 08 h 06

    UN HOMMAGE GRANDEMENT MÉRITÉ

    Madame,
    La France reconnaît l'oeuvre de votre vie. C'est un honneur hautement mérité, qui rejaillit sur tout notre peuple. Bravo!

    • Normand Thériault - Abonné 7 février 2017 10 h 45

      Au Québec maintenant de reconnaître le travail d'une vie dédiée à une cause méritoire. Félicitations Louise!!!

  • Michel Lebel - Abonné 7 février 2017 09 h 32

    Les temps ont changé!


    Retrouver la flamme québécoise pour la France? Les Québécois aiment toujours visiter en touristes la France. Le vin et le fromage y sont toujours(généralement) bons et moins chers qu'au Québec!
    Mais l'époque où les jeunes universitaires québécois complétaient leurs études supérieures en France semble bien révolue. Ces derniers vont plutôt aux États-Unis. De nos jours, c'est plutôt les jeunes Français qui viennent en grand nombre au Québec pour y étudier (HEC, notamment) ou travailler. Quant aux relations politiques entre le Québec et la France, le tout s'est normalisé avec le temps. Il faut dire que par les temps qui courent la France a bien d'autres chats à fouetter que sa relation avec son cousin! On n'est plus au temps de Gaulle!

    Félicitations à Louise Beaudoin pour cette distinction.


    M.L.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 7 février 2017 10 h 08

    Honneur aussi à la social-démocratie

    Bravo!

    Très significatif ce segment : "Selon les informations du Devoir, c’est le député socialiste de Paris Patrick Bloche qui est intervenu auprès du président pour que Louise Beaudoin accède à ce rang prestigieux qui n’a été dépassé, chez nous, que par l’homme d’affaires Paul Desmarais, grand ami de Nicolas Sarkozy." Amusant et parlant.

    J'ai relu ce matin l'article "Brexit: Louise Beaudoin s’étonne que le «50 % +1» soit contesté", par Alain Martineau, Le Devoir, 9 juillet 2016, ce qui m'a amenée à la réflexion suivante qui déborde l'honneur actuel, mais explique peut-être pourquoi on le lui a fait.

    En lisant, je me disais que quelle que soit son opinion personnelle sur la valeur de l'UE, avec ou sans GB, Mme Beaudoin est restée branchée sur le principe démocratique. Je suis personnellement alarmée par la tendance lourde de la post-démocratie galopante, grande marée inséparable de la mondialisation dans laquelle les économies locales risquent fort de devenir des sous-traitances si rien n'est fait pour gérer ensemble le processus. La mondialisation apporte une forme indéniable de prospérité économique... sauf si la gestion du monde se concentre dans les mains des oligarchies. Le risque est réel.

    En ce sens le populisme, péché fondamental du Brexit selon plusieurs, est certes une menace comme le montre l'exemple américain, mais en profiter pour réduire les votes populaires aux seules manipulations de démagogues ou aux manœuvres post-factuelles de franges politiques trop ciblées pour être honnête, en humiliant surtout la capacité des gens ordinaires à penser et à choisir leur destin, est tout autre chose. Un esprit néoféodal grandit un peu partout, lequel est bien plus pernicieux qu'un complot unique. Sans paniquer, il faut retomber sur terre et ne pas se perdre de vue.

    Mme Beaudoin incarne cette social-démocratie menacée et résistante, et je crois que c'est à ce titre aussi que ce grand honneur lui est accordé.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 février 2017 10 h 27

    Les jeunes Québécois

    ceux dans la quarantaine aujourd'hui, "savent" le Québec ...mais réagissent moins parce qu'ils on baigné dans un Monde où tout était remis en question et ne trouvant plus les points d'ancrage nécessaires à une bonne arrivée au port, ils sont restés sur le bateau laissant à d'autres... le soin de trouver la solution à leur désarroi...Nous en avons deux,dans la quarantain, qui "savent" le Québec pour avoir "bourlingué" avec nous.... Nous leur avons ainsi donné l'amour du Québec et aussi celui de la France d'où viennent nos ancêtres ...Ils "savent" donc...Ils ont maintenant des enfants (nos petits-enfants)...et pour ces derniers, le Monde numérique a tout chamboulé encore une fois...Ce sera à eux maintenant de réclamer...ces grandes avancées toujours nécessaires à la naissance d'un Pays: le "savoir" et la "souvenance".