Jakarta cible les islamistes hostiles à son gouverneur chrétien

Des musulmans ont manifesté dimanche à Jakarta en soutien au Front des défenseurs de l’islam.
Photo: Adek Berry Agence France-Presse Des musulmans ont manifesté dimanche à Jakarta en soutien au Front des défenseurs de l’islam.

L’Indonésie commence à prendre des mesures pour museler l’organisation islamique radicale à la tête des manifestations contre le gouverneur chrétien de Jakarta. Mais il sera difficile de faire rentrer dans le rang un réseau jouissant de liens rapprochés avec l’establishment, préviennent les analystes.

Le Front des défenseurs de l’islam (FPI) est devenu ces dernières années le porte-drapeau d’un islam pur et dur. Son influence dans le pays musulman le plus peuplé du monde augmente alors même qu’il s’agit d’une organisation marginale, dont les vues extrémistes sont rejetées par la plupart.

Le groupe a mené des descentes dans des bars vendant de l’alcool pendant le ramadan, a obtenu l’annulation d’un concert de Lady Gaga, qualifiée de « messagère du diable », et manifesté contre le concours de beauté Miss Monde lorsqu’il s’était tenu en Indonésie.

Le FPI est dirigé par un fauteur de troubles, Rizieq Shihab, qui a effectué deux courts séjours en prison. Le groupe a largement contribué aux manifestations de masse réunissant conservateurs et musulmans modérés, organisées contre le gouverneur de Jakarta, Basuki Tjahaja Purnama, chrétien issu de la minorité chinoise actuellement jugé pour blasphème.

Sans précédent

Le combat contre M. Purnama, accusé d’avoir proféré des insultes contre l’islam en faisant campagne pour sa propre succession à l’élection du 15 février, a placé le FPI au centre de la scène politique, suscitant l’inquiétude des observateurs et de certains membres du gouvernement.

Les autorités ont réagi en cherchant à limiter l’influence du groupe. La police a intensifié ses efforts pour enquêter sur Rizieq Shihab, avec, selon les observateurs, le soutien du président Joko Widodo et de son gouvernement.

« C’est sans précédent, c’est la première fois que le président et le gouvernement défient ouvertement ce groupe islamiste », souligne Tobias Basuki, analyste au Centre des études stratégiques et internationales (CSIS) de Jakarta.

Certains bureaucrates et certains hommes politiques opportunistes aiment [le Front des défenseurs de l’islam], car ils peuvent s’en servir comme arme, tout en affirmant agir au nom de l’islam

La semaine dernière, la police a annoncé considérer Shihab comme un suspect, pour diffamation supposée du père fondateur de l’Indonésie, Sukarno, et de l’idéologie de l’État lors d’un discours prononcé il y a plusieurs années. Cela signifie que les autorités estiment disposer de suffisamment de preuves pour le renvoyer devant un tribunal.

D’après M. Basuki, les gouvernements indonésiens successifs s’étaient abstenus de toucher au groupe de peur d’être accusés d’attaquer l’islam. Mais le gouvernement actuel a décidé de « prendre position » à cause des inquiétudes croissantes sur l’influence de ces tenants de la ligne dure, explique l’analyste à l’AFP.

Manifestations

Les intéressés ont réagi avec colère. Des centaines de personnes manifestent leur soutien à Shihab dès que les policiers l’interpellent pour l’entendre.

Les autorités « veulent étouffer un mouvement islamique du peuple qui exige la justice face au blasphème », a dit à l’AFP le porte-parole du FPI Slamet Maarif.

Le FPI fait souvent les gros titres avec ses manifestations hautes en couleur, mais le groupe n’a pas une audience énorme dans ce pays de 255 millions d’habitants.

Il revendique quatre millions de membres, mais Ian Wilson, spécialiste du FPI à l’Université australienne de Murdoch, estime qu’ils sont au maximum 200 000.

Les deux principales organisations musulmanes, Nahdlatul Ulama et Muhammadiyah, des formations modérées, ont elle des dizaines de millions de partisans.

La lutte contre le FPI est cependant handicapée par ses relations anciennes avec certains membres de l’establishment, qui ont utilisé le groupe par le passé pour effectuer leur sale travail, juge Guntur Romli, militant d’un islam progressiste.

« Certains bureaucrates et certains hommes politiques opportunistes aiment ce groupe, car ils peuvent s’en servir comme arme, tout en affirmant agir au nom de l’islam », ajoute Guntur Romli, également membre de l’équipe de campagne du gouverneur Purnama.

Le FPI fut fondé en 1998 au moment de la transition entre dictature et démocratie. Les spécialistes estiment que l’armée comme la police ont aidé à le lancer afin de s’en servir contre leurs ennemis en cette époque trouble.

Les policiers ont souvent été vus en train de prêter main-forte aux opérations du FPI, ou alors d’y assister sans rien faire. Des membres de l’élite ont été accusés d’embaucher des hommes de main pour faciliter leurs transactions d’affaires les plus douteuses.

La campagne de répression actuelle ne devrait pas permettre de démanteler le groupe pour de bon, estiment les analystes. Elle est plutôt destinée à calmer le jeu durant l’élection de Jakarta et le procès du gouverneur sortant.

Mais une fois le tumulte passé, « on va certainement revenir aux bonnes vieilles habitudes », prévient M. Basudi.


 
1 commentaire
  • Sylvain Rivest - Inscrit 6 février 2017 06 h 42

    Couillard devrait en prendre note

    Et ici, nos politiciens, veulent les laisser s'installer et transformer notre environnement social et moral. Et on comprend mieux pourquoi, car l'islam représente des votes pour nos liberaux. C'est un gain facile, comme passer à TLMEP pour faire la morale au bon peuple.