Au tour de Québec d'honorer la mémoire des victimes de l'attentat

La cérémonie s'est déroulée au Centre des congrès de Québec.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La cérémonie s'est déroulée au Centre des congrès de Québec.

Québec — Les politiciens et personnalités publiques doivent se rendre compte du tort que leurs mots peuvent causer, a lancé le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, vendredi après-midi, alors que de nombreux Québécois en deuil étaient réunis pour une deuxième journée consécutive, afin de rendre un dernier hommage à des victimes de l’attaque contre le Centre culturel islamique de Québec.

Ce pouvoir des mots et l’importance de bien réfléchir à la parole publique ont pris une grande place au cours de la cérémonie au Centre des congrès de Québec, lors de laquelle fut dit un dernier au revoir à Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry et Azzeddine Soufiane.

M. Trudeau a ajouté que « c’est à chacun d’entre nous que revient la responsabilité de mener la lutte contre l’injustice et la discrimination au quotidien, à nous de poser les gestes qui sont à l’image de qui nous sommes, du Canada, de ce pays qu’aimaient tant Mamadou, Ibrahima et Azzeddine ».

Le premier ministre Philippe Couillard y est allé dans le même sens, prenant soin de prononcer plusieurs phrases arabes entendues au début de la cérémonie — telles « Allaouh akbar » (Dieu est grand), suivies de leur traduction française — afin de montrer ce que signifient véritablement ces mots, trop souvent associés dans la parole publique au terrorisme et à la violence.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a créé un moment de grande émotion en s’adressant au fils adolescent d’Azzeddine Soufiane pour lui dire : « Nous t’aimons. » Il a également annoncé que la communauté musulmane de la région de la capitale aurait son cimetière musulman.

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau et le maire de Québec, Régis Labeaume

Les funérailles avaient été précédées d’une séance de prières, présidée par l’imam Hassan Guillet.

« Nous n’avons pas pu choisir ce pays pour naître, mais nous avons pu le choisir pour vivre. Et comme nous avons choisi ce pays-là, nous aimerions beaucoup que ce pays nous choisisse », a lancé l’imam Guillet.

Hassan Guillet a également tenu à parler des victimes : les morts, les blessés, les témoins, les Québécois et Canadiens, qu’ils soient musulmans ou non. Il a aussi tenu à parler d’une autre victime, « dont on n’a pas parlé ».

« Cette victime s’appelle Alexandre Bissonnette », a-t-il soutenu, faisant référence au suspect de la fusillade, qui a été arrêté.

« Avant qu’il soit assassin, il était victime lui-même. Avant de planter les balles dans les poitrines de ses victimes, il y a des mots plus forts qui avaient été plantés dans son cerveau », a-t-il dit.

Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, l’ambassadeur de Guinée et les consules générales du Maroc et de la France font partie des autres intervenants de la cérémonie.

Les six victimes de la fusillade, âgées de 39 à 60 ans, ont été tuées dimanche soir lorsqu’un tireur est entré dans la mosquée et a ouvert le feu sur les hommes qui priaient. De nombreux hommes ont aussi été blessés.

Avant qu’[Alexandre Bissonnette] soit assassin, il était victime lui-même. Avant de planter les balles dans les poitrines de ses victimes, il y a des mots plus forts qui avaient été plantés dans son cerveau.

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