Pour être Américain, il faut…

À New York, des gens marchent dans la rue. Une enquête montre comment les Américains définissent leur identité, mais aussi comment le font les Canadiens et les Européens.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse À New York, des gens marchent dans la rue. Une enquête montre comment les Américains définissent leur identité, mais aussi comment le font les Canadiens et les Européens.

Alors que les États-Unis sont plongés en plein tourbillon identitaire depuis les décrets bloquant l’entrée de citoyens de sept pays à majorité musulmane, une étude lève le voile sur ce qui forge l’identité des Américains. Plus que d’être « né au pays », ils jugent crucial de parler anglais et d’être chrétien pour devenir « one of us ». Une vision à mille lieues de celles évoquées par les Canadiens.

Le sondage mené par le Pew Research Center sur les fondements de l’identité nationale dans 14 pays tombe à point nommé. L’Europe se relève à peine du repli identitaire soulevé par le Brexit, des montées nationalistes observées en France et en Allemagne, et l’Amérique, des séismes provoqués par Donald Trump avec ses décrets sur l’immigration et son mur projeté aux frontières du Mexique.

Bien que le débat qui agite les États-Unis se cristallise sur les « gens nés ailleurs », seulement le tiers des Américains jugent ce facteur très important dans les fondements de l’identité américaine, indique ce coup de sonde. « À l’heure actuelle, le coeur de ces politiques porte sur la nationalité des personnes. Or seulement 32 % des Américains considèrent qu’être un “natif” est essentiel pour être “un des leurs” », observe Bruce Stokes, expert et directeur des enjeux globaux au Pew Research Center.

N’en déplaise au nouveau président, plus de 70 % des personnes consultées pensent plutôt qu’il faut parler leur langue, l’anglais, pour être un véritable enfant de la nation. « Parler anglais définit les Américains interrogés, plus que les valeurs ou le fait d’être né au pays. L’histoire récente nous démontre qu’après une génération, les immigrants finissent par adopter la langue anglaise », souligne cet analyste.

Dans les 14 pays sondés, maîtriser la langue majoritaire reste la pierre angulaire de l’identité nationale, avec des taux d’approbation variant de 84 % aux Pays-Bas à 77 % en France. Curieusement, ce facteur n’importe qu’à 59 % des Canadiens, soit le plus faible taux enregistré avec l’Italie.

« Speak white, pray white »

Un fossé monstrueux se creuse entre le Canada et les États-Unis en matière d’identité et de religion. Pour le tiers des Américains, être chrétien est essentiel à leur identité. Cela est « très important » pour 15 % des Canadiens. Cette proportion dégringole à 5 % chez les Canadiens de 18 à 34 ans. Seuls les répondants de plus de 50 ans et 21 % des gens associés à la droite (Parti conservateur), francophones comme anglophones, placent la foi au coeur de l’identité nationale.

Ceci expliquant peut-être cela, jusqu’à 58 % des protestants évangélistes jugent la religion fondamentale dans ce qui doit définir leurs compatriotes. La question a été posée bien avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’adoption du décret anti-immigrants et l’ouverture des portes aux seuls réfugiés de confession chrétienne. Doit-on s’étonner que l’hyperactif président s’en prenne aujourd’hui aux ressortissants de confession musulmane ?

« Si on regarde tous ces chiffres, on remarque que plus de la moitié des Américains relient fortement la religion à leur identité propre. Au moment du sondage, on ne savait pas que ces politiques allaient être adoptées, mais on sait que les protestants évangélistes sont les plus forts partisans de Trump et ceux qui relient le plus leur nationalité à la religion », explique le chercheur du think tank américain.

Au Canada des valeurs

Sur la question des valeurs et des coutumes, le sondage révèle que 54 % des Canadiens se définissent davantage en fonction de valeurs et coutumes communes. Le plus haut taux après la Hongrie, la Grèce et la Pologne. Valeurs communes ? Bien malin qui saurait donner une définition unique, la perception fluctuant au gré des pays. Mais seulement 45 % des Américains et des Français pensent ainsi, suivis loin derrière par 29 % des Allemands et 26 % des Suédois. « Il est clair que, pour les Canadiens, le fait d’accepter leurs us et coutumes est perçu comme une façon d’adhérer au pays », soutient Bruce Stokes.

Fait à noter, les Canadiens et les Australiens font bande à part par rapport au reste du monde, restant convaincus que la langue, la religion ou le pays d’origine ont peu à voir avec le fait d’être « un vrai Canadien »ou« un vrai Australien ». « Les Américains sont beaucoup plus “nativistes” que certains pays d’Europe, ajoute M. Stokes, mais surtout beaucoup plus que les Canadiens. »

Fossé générationnel

Tous pays confondus, un fossé immense se creuse entre les « milléniaux » d’une part et la génération X et celle du baby-boom d’autre part. Au moins 20 points les séparent quant à l’importance du lieu de naissance, des traditions ou de la langue, au Canada comme aux États-Unis. Seul un jeune Américain sur cinq, contre 44 % des plus de 50 ans, croit qu’il faut être chrétien pour être un vrai Américain.

La génération des « milléniaux » a grandi dans une ère de mondialisation où la diversité est moins perçue comme une menace, estime Bruce Stokes. « Il faudra voir si cette perception va changer avec le temps. Il se peut aussi que le courant nativiste observé chez les 50 ans et plus meure avec cette génération », précise le chercheur.

Cette vieille Amérique, frileuse à la diversité ethnique et religieuse, est encore celle qui a le plus voté lors de la dernière élection. « Ils ont les taux de participation au vote les plus élevés. C’est clair que cela finit par influencer les programmes politiques. »

Au coeur de l’identité

La langue

Europe 77 %

Japon 70 %

États-Unis 70 %

Canada 59 %

Des valeurs communes

Canada 54 %

Europe 48 %

États-Unis 45 %

La religion

États-Unis 32 %

Canada 15 %

Europe 15 %

L’origine ethnique

États-Unis 32 %

France 25 %

Canada 21 %

Suède 8 %
7 commentaires
  • Michel Thériault - Abonné 2 février 2017 06 h 42

    Pour être Américain, il faut…

    ...vivre en Amérique. L'Amérique (ou Les Amériques) étant un continent, pas un pays.

    Quant au reste de l'article, il est risible de constater que, pour les États-Uniens, être chrétien est crucial. Ils n'ont vraiment pas peur du ridicule.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 2 février 2017 14 h 33

      Je vois que je ne suis pas le seul a parler de Etats-Uniens.Pourquoi les habitants se nomment-ils ou on les nomme 'Americans" alors les Chiliens,les Mexicains,les Manitobains sont tous Américains.
      Alors Mme Isabelle Paré,svp parlez des Etats-Uniens meme si la coutume veut ...Soyez précise.

    • Gilles St-Pierre - Abonné 2 février 2017 16 h 33

      Tout à fait d’accord avec vous M. Thériault, tout comme il existe l’Europe, l’Afrique, l’Asie sans compter que nous avons l’Amérique du Nord et celle du Sud qui comportent tous plusieurs pays et nations. Il y a des gens qui à force de se regarder le nombril, se croient ainsi être celui du monde.

  • Denis Paquette - Abonné 2 février 2017 06 h 53

    et espérant que son regne soit court

    pour etre méricains il faut parler anglais etre chrétien,nous somme revenus a l'époque d'Henri VIII sous des autres cieux et un autre dirigent, en esperant que son regne soit court

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 février 2017 11 h 32

    C'est le temps que le Canada adopte une Charte de laïcité!

    Heureusement que l'enquête révèle que seulement 15 % des Canadiens pensent que la religion est essentielle à la citoyenneté. Tout ce brouhaha que l'on fait à l'égard de la religion est mal placé. C'est le temps que le Canada adopte une Charte de laïcité.

  • David Huggins Daines - Abonné 2 février 2017 14 h 10

    Les É-U en théorie et en réalité

    Ironiquement, les États-Unis n'ont aucune langue officielle et leur constitution est si laïque que le mot "Dieu" n'y apparaît même pas.

    On se demanderait si ce pays est un projet inachevé, ou s'il est tout simplement hypocrite et ignorant de ses propres actes fondateurs.

    • Gilles Racette - Inscrit 3 février 2017 00 h 06

      pourtant ,leur devise qu'on voit, ou tout au moins voyait partout est:' In God we trust'