L’extrême droite québécoise au centre de l’attention

Sitôt connu l’attentat contre une mosquée, le groupe Atalante Québec s’est empressé de s’en dissocier.
Photo: Atalante Québec sur Facebook Sitôt connu l’attentat contre une mosquée, le groupe Atalante Québec s’est empressé de s’en dissocier.

Des groupes d’extrême droite se sont empressés de se distancier de l’attentat de Québec dimanche soir. Pourquoi les regards se tournaient-ils vers eux, se sont-ils demandé ? Pour le moment, rien ne lie le suspect principal de l’attentat à ces groupes.

Pour Herman Okomba-Deparice, le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, il ne suffit pas que ces groupes se dissocient d’actes violents pour masquer le fait que la violence germe aussi à partir de leurs discours. « La violence de l’extrême droite s’est située jusqu’ici dans l’espace du discours. Mais ces groupes ne contrôlent pas leurs membres. Le fait qu’ils se dissocient d’une action particulière ne change rien au fait qu’ils charrient des messages de haine, des théories complotistes, un discours de rejet de l’autre qui en appelle à la violence. »

Sitôt connu l’attentat contre une mosquée, le groupe Atalante Québec s’est empressé de s’en dissocier. Il a pour ce faire repris à son compte un message publié plus tôt par la Fédération des Québécois de souche, une autre organisation d’extrême droite : « Alors qu’ils hésitent si longuement avant de relier terrorisme et islamisme même lorsque les faits sont flagrants, les médias n’hésitent pas, déjà, à faire des amalgames en associant ces actes à des organisations nationalistes. »

Au lendemain de l’attentat, Atalante Québec ajoutait sur sa page Facebook que le fait que le gouvernement et des institutions « placent au même niveau de dangerosité des organisations identitaires avec des groupes terroristes prônant le Jihad » avait conduit « certains membres de nos familles à croire que nos militants auraient pu être impliqués ».

Le directeur du Centre de prévention de la radicalisation soutient pourtant qu’« il y a bien des raisons de se questionner » au sujet de ces militants.

Fascisme

Atalante Québec affiche pour symbole un éclair stylisé semblable à celui des Schutzstaffel, les troupes du régime nazi vouées à ses plus basses oeuvres. La British Union of Fascists l’utilisait aussi à l’époque où elle était une inspiration pour le leader fasciste canadien Adrien Arcand. Dans l’histoire des groupes fascistes, ce symbole est un des plus connus, rappelle pour sa part la Gendarmerie royale du Canada dans son Guide de sensibilisation au terrorisme et à l’extrémisme violent.

Une vidéo en ligne du groupe Atalante Québec montre une trentaine de ses membres vêtus de noir défiler dans les rues de Québec en portant à bout de bras des drapeaux fleurdelisés. La fin de semaine du 21 janvier, Atalante Québec a tapissé de tracts les campus de Québec pour enjoindre aux étudiants de rejoindre « l’alternative identitaire » au nom de leur devise : « Exister, c’est combattre ce qui me nie ».

Le jour de l’attentat, la Fédération des Québécois de souche saluait les récentes décisions du président américain, Donald Trump, en matière d’immigration, au nom « des valeurs » et « des traditions » de l’Occident. Pour sa part, le groupe de métal hardcore de Québec Légitime Violence a mis en ligne le soir de l’attentat une chanson qui, sur la tonalité de la lutte identitaire aux accents fascistes, invite à s’insurger contre ceux qui veulent « effacer tes racines ».

Pour Herman Okomba-Deparice, observer les dangers réels d’une radicalisation islamiste ne doit pas conduire à éviter de considérer aussi le caractère corrosif et dangereux de gens situés dans la nébuleuse formée par des groupes comme Atalante Québec, Pegida Québec, La Meute, Table Rase ou encore la Fédération des Québécois de souche. « Tenir des conférences pour dire que l’identité québécoise est en danger, que cela justifie une rupture du vivre ensemble et que le chômage s’explique par l’immigration, on s’entend qu’il ne faut pas être la tête à Papineau pour réaliser que c’est un problème. »

Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) évalue les risques pesant contre le Canada dans ses rapports annuels. Le plus récent, publié en mai 2015, affirme que « le terrorisme demeure la principale menace qui pèse sur la sécurité du Canada ». Dans ce rapport, le terrorisme apparaît essentiellement lié à des groupes comme al-Qaïda, El Chabaab, Boko Haram ou encore le groupe armé État islamique.

Un seul paragraphe du rapport fait mention des autres extrémismes présents au Canada. On y lit néanmoins que, « même s’ils sont peu nombreux, les extrémistes motivés par une idéologie ou une cause politique au Canada sont capables d’orchestrer des actes de violence graves. » Pour le SCRS, les milieux extrémistes de droite « semblent morcelés » et « constituent principalement une menace pour l’ordre public plutôt que pour la sécurité nationale ».

10 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 31 janvier 2017 08 h 34

    Face à un discours haineux, la dissidence s'impose.

    Grand merci pour ce texte parce qu'il nous rappelle, faits récents à l'appui, que la raison d'être d'un discours haineux est de semer la haine dans le coeur et l'esprit de celui qui l'entend et que plusieurs personnes et groupes le font actuellement au Québec. Bien que la meilleure réplique à un discours haineux en soit un autre démontrant sa fausseté, nous n'avons pas toujours le temps, les connaissances et l'énergie pour manifester notre désapprobation à une personne en tenant un. Cependant, dans notre vie quotidienne, nous avons le devoir de respectueusement souligner le caractère haineux d'un discours formulé en notre présence, et ceci même, et surtout, si le problème avancé est d'une complexité extrême. Même notre silence doit être éloquent!

  • Jean-François Trottier - Abonné 1 février 2017 07 h 36

    De simples questions

    Combien d'attentats terroristes sont le fait d'immigrants au Québec sur une génération ?
    Et au Canada ?

  • Raymond Lutz - Inscrit 1 février 2017 07 h 57

    M. Arès et les propos haineux

    Dans ce commentaire sur le triste personnage de Richard Martienau, M. Arès se «demandait bien qu'est-ce qui peut être des propos haineux».

    http://www.ledevoir.com/societe/medias/486373/rich

    Alors en voici un bel exemple (avec une rime en prime!): «TERRORISTES A MORT! ISLAM DEHORS!»

  • Jacques Patenaude - Abonné 1 février 2017 10 h 22

    Ne pas laisser le discours identitaire au main de l'extrême droite.

    Diversité et identité ne sont pas opposées, c’est lorsqu’on tente de les opposer que cela devient toxique. On a trop longtemps laissé le discours identitaire aux mains des extrémistes de droite en opposants ces termes. La bonne diversité contre la mauvaise identité trop souvent représentée comme cela a poussé trop de gens dans les bras de ces groupes.

    Pourtant, on ne s’insurge pas de voir les autochtones défendre leur identité. Il est normal que les Arabes, les musulmans, les asiatiques, etc. se définissent par une identité propre et, comme on le voit maintenant, tout en s’étant créé une identité québécoise.

    L’identitaire a aussi été associé à un sentiment progressiste. Le nationalisme des années 1960-1970 en est la démonstration. La situation actuelle, la montée de cette droite xénophobe, est aussi liée au manque d’écoute par l’élite intellectuelle et à son incapacité à lier le discours identitaire aux enrichissements des apports du monde. Pour cela, il faut réapprendre le sens de la collectivité où chaque groupe est invité à contribuer.

    Le discours philosophique libéral ambiant divise la collectivité en minorités nécessairement opprimées par une « majorité » nécessairement oppressive. Pourtant, le sens de la collectivité, c’est de se réunir pour un intérêt commun, une organisation commune ou des sentiments communs. Bref, définir ensemble un bien commun qui va au-delà de « droits fondamentaux » élevés au rang de dogmes sanctionnés par des juges.

    Seul un dialogue collectif peut nous protéger contre l’extrémisme: les juges ont démontré leur incapacité à le faire.

  • Gilles Théberge - Abonné 1 février 2017 11 h 06

    Qu'est-ce que c'est que ca...?

    La Fédération des Québécois de souche serait une organisation de droite?

    Monsieur Nadeau, vous avez écrit ça... Et vous maintenez ça...

    Je regrette, mais c'est une organisation qui s'intéresse à la généalogie et elle n'a pas de position politique, à ma connaissance du moins. Je trouve que vous avez la devoir de rectifier les fait le cas échéant.

    Parce qu'il y a beaucoup de Québécois «de souche» qui participent aux activités dès association de familles, en toute bonne foi.

    Ça va faire les amalgames!