Un plein d’affection après la haine

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le maire de Québec, Régis Labeaume, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ainsi que leurs conjointes respectives, Suzanne Pilote, Louise Vien et Sophie Grégoire, ont déposé des gerbes de fleurs près de la mosquée en hommage aux victimes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le maire de Québec, Régis Labeaume, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ainsi que leurs conjointes respectives, Suzanne Pilote, Louise Vien et Sophie Grégoire, ont déposé des gerbes de fleurs près de la mosquée en hommage aux victimes.

Après avoir été accablée de haine, la communauté musulmane de la ville de Québec a été inondée lundi soir de témoignages d’affection. En effet, des milliers de personnes ont pris part à la veillée aux chandelles tenue lundi soir à proximité du Centre culturel islamique de Québec, où six personnes sont mortes « debout, en train de prier » sous les balles d’un homme 24 heures plus tôt.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, faisait partie du lot. D’ailleurs, toute la classe politique canadienne faisait bloc derrière lui. « Nous n’acceptons pas cette haine », a-t-il déclaré avant de réciter le nom des six victimes devant une foule nombreuse, mais parfaitement silencieuse. Seules des affiches, qui émergeaient à différents endroits de cette marée humaine, brisaient le silence. « Nous sommes toutes québécoises », pouvait-on lire sur l’une d’elles.

Un froid mordant

En dépit du « choc » causé par l’attentat terroriste duquel elle ne s’est pas encore relevée, Farida se disait lundi soir « très contente » de faire partie du « peuple québécois ». « On n’est pas surpris que tout le Québec soit avec nous », a-t-elle affirmé au Devoir, tout en balayant du regard les milliers de personnes ayant déambulé malgré un froid mordant dans les rues du quartier de Sainte-Foy pour témoigner de leur affection.

La fusillade de dimanche soir a arraché la vie à six de ses « amis ». « Il y a des enfants qui ne savent pas encore qu’ils ont perdu leur père », a-t-elle souligné dans un entretien impromptu avec Le Devoir. « [Cela dit], ça ne se reproduira plus », a conclu la Québécoise, qui avait « fui » son pays d’origine, l’Algérie, qui était gangrené par le terrorisme, pour gagner une terre paisible, le Québec.

Réponse forte

La ville de Québec a réussi à opposer une « réponse solidaire forte » à la haine, constatait avec satisfaction Marie Noël, accompagnée de ses deux enfants, Marguerite, cinq ans, et Cécile, quatre ans. « Une grande violence s’est abattue sur la ville. Il faut dire “non” à la violence », leur avait-elle expliqué avant de les emmitoufler dans des vêtements chauds. La résidante du centre-ville de la capitale québécoise ose croire que l’attaque de la mosquée « réveillera des gens » et les convaincra d’« arrêter [de créer des] divisions dans la communauté ». Des coups politiques comme l’adoption d’une charte des valeurs québécoises ou encore l’assujettissement du burkini à un test des valeurs : « Il faut que ça cesse », a-t-elle lancé dans un échange avec Le Devoir.

Non loin, trois étudiantes de l’Université Laval brandissent des pancartes — « L’Islam déteste le terrorisme », « Tous unis contre l’islamophobie » — en bordure de la rue. Parmi elles, Stéphanie se disait choquée par la violence qui s’est abattue sans avertissement dimanche soir sur la communauté musulmane. « Ça m’a profondément touchée. Il faut crier haut et fort ce [lundi] soir notre amour à l’égard de la communauté », a fait valoir l’étudiante en études internationales et langues modernes. La ville de Québec a certes perdu « une partie de son innocence » dimanche soir en étant la cible d’un acte terroriste. Grâce aux milliers de personnes de tous âges qui ont afflué vers la « grande mosquée de Québec », elle a retrouvé l’« espoir en l’humanité », est persuadée Stéphanie.

Des personnes ont planté dans la neige des dizaines de bougies et de gerbes de fleurs entre l’église Notre-Dame-de-Foy et la « grande mosquée de Québec », entourant un fleurdelisé au centre duquel « ouvert » avait été écrit au feutre rouge. Des cartes posées ici et là passaient du rouge ou bleu au gré des gyrophares des véhicules de police. Une passante a lu les inscriptions — « amour », « solidarité », « entraide », « tolérance », « empathie » — avant de regagner la foule les yeux embués de larmes.

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 31 janvier 2017 06 h 07

    peut- etre est-ce , ce que nous sommes

    le peuple en connait souvent la solution mais hélas il est souvent trop tard, n'est ce pas ce que disait les soldats lorsqu'ils revenaient de la guerre, quel large tribut qu'il faut payer pour avoir le droit d'exister ,faut il continuellement en laisser sur le champ de bataille et oui, peut etre est-ce, ce que nous sommes

  • Denis Paquette - Abonné 31 janvier 2017 06 h 07

    peut- etre est-ce , ce que nous sommes

    le peuple en connait souvent la solution mais hélas il est souvent trop tard, n'est ce pas ce que disait les soldats lorsqu'ils revenaient de la guerre, quel large tribut qu'il faut payer pour avoir le droit d'exister ,faut il continuellement en laisser sur le champ de bataille et oui, peut etre est-ce, ce que nous sommes

  • Michel Lebel - Abonné 31 janvier 2017 11 h 32

    L'amour vaincra!

    Devant la haine, il y a l'amour. Et l'amour finit toujours par l'emporter. Cela peut prendre du temps, mais il est toujours victorieux. Merci aux gens de Québec pour leur témoignage de solidarité et d'amour.

    M.L.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 31 janvier 2017 12 h 11

    "Après avoir été "accablée" de haine..."...???

    @MBC votre propos: "...Après avoir été "accablée" de haine...etc etc", votre propos, dis-je, fait dans l'exagération...dans le populisme de masse...dans la zizanie. Vous faites, comme certains de nos politiciens (ex:Denis Lessard), oeuvre de politicaillerie journalistique.

    Le peuple Québécois est un des plus chaleureux au monde...Ce n'est pas le fait d'un jeune (loup ou pas) solitaire qui changera mon avis...et celui de mes concitoyens. Nous sommes évidemment navrés,choqués et outrés du geste de ce dernier.

    Mais parler d'islamophobie... et y faire référence en rapportant les propos d'un autre intervenant qui perroquette à qui mieux mieux... relève d'un concept nébuleux et d'une certaine gau-gauche régressive. Voir les propos de Maajid Nawaz, dans le Huffington Post du 26 janvier 2017, sur le sujet.

    PS : Quand on ne maîtrise pas la langue officielle du Québec: la langue française ...on se garde une petite gêne.

    Dernière réaction de ma part: le communautarisme et le multiculturalisme sont
    des mots de même racine...celle de la zizanie.

    • Christiane Gervais - Inscrite 31 janvier 2017 15 h 47

      Quand je termine la lecture d'un article dans lequel on demande aux médias de bien évaluer le poids des mots, et que je lis ensuite : "Après avoir été accablée de haine (...)" je me dis que décidément c'est passé dans l'oreille d'un sourd.

      Faut-il rappeler que la haine est le fait d'une personne, et non des citoyens de la ville de Québec ou même du Québec, qui a semé la mort?

      On prouve encore une fois que le populisme est de droite et de gauche et qu'il se camoufle souvent sous les bons sentiments.